21/08/2014

Ils servaient dans le fort de Dave canonné par du 305 autrichien

La conduite de la garnison du fort de Dave lui a valu d'être citée à l'ordre de l'armée pour avoir « opposé aux attaques de l'ennemi une belle résistance faisant preuve de courage et d'abnégation sous un bombardement auquel participèrent des pièces de 305 ».

Épargné les premiers jours par l'offensive allemande, le fort constituera jusqu'au 23 août, une menace permanente  pour l'infanterie ou l'artillerie ennemies à sa portée et lorsque la retraite sera initiée, il aura encore un rôle à tenir. Protéger les troupe en repli. La garnison, sous les ordres du capitaine Manteau, est composée de 269 artilleurs et de 82 fantassins du 13ème de ligne de forteresse pour la défense rapprochée ainsi que la batterie mobile n° 3 associée au fort. Parmi eux, quelques concitoyens, le sergent Crespeigne Emile, de Arbre, les fantassins Octave Michel et Joseph  Sainvitu de  Rivière, Ernest Thonon de Profondeville et Briot Arsène de Lustin,  quant à Joseph Feraille   de Lustin, il  est artilleur et Joseph Marchal de Lustin, lui-aussi, fait partie de la 3ème batterie mobile. Ce dernier connaîtra un sort funeste.

Que disent les archives ? Plusieurs témoignages peuvent servir, celui de l'aumônier du fort, le vicaire  Lallemand, (un homonyme du curé de Lustin) et celui de l'abbé Clavier, curé de Dave. Après une mise en défense avec l'aide de la population, le fort est autonome et  les liaisons avec l'infanterie de proximité sont mises en place.

fort de Dave, défense de la position de Namur

Croix rouges: défenses accessoires (tranchées)

hachuré en rouge: zones de destruction et d'obstruction 

croix noires:  mines

canon noir: une batterie construite mais non armée

canon en rouge: une batterie construite et armée.

Lignes rouges: chemins et routes. Le long du fort, la route militaire reliant tous les forts de la position.

Le fort de Dave dans son environnement.Sur la rive droite de la Meuse, en face de la pointe Nord de l'île de Dave. On devine à gauche du plan, deux batteries, l'une armée, l'autre pas. les zones d'obstruction autour du fort, les tranchées et la ligne de mines dans le bois Brûlé. les troupes occupent les tranchées sont du 1er régiment de chasseurs à pied de forteresse (la 2ème compagnie du VI BN dans les tranchées et un peloton près du fort)

patrouille, observation, Durant les premiers jours, les troupes peaufinent la position, multipliant les observations et l'entretien du matériel. Beaucoup doivent se (re) familiariser avec l'armement, reprendre les habiudes de la vie en forteresse.

Jumelles vissées aux yeux, des soldats surveillent la vallée de la Meuse depuis le vieux château. On devine la Meuse en arrière-plan. L'un des soldats est juché sur une échelle pour augmenter son champ de vision.

La batterie n°3 de l'artillerie mobile de forteresse est associée au fort de Dave. Les différentes pièces sont positionnées au Néviau, au Tronnoi et la troisième dans l'intervalle de Dave-Andoy. Comme servant de cette pièce, un certain Joseph Marchal de Lustin.

patrouille, observation, Meuse, 1914

Avant-guerre, les soldats tirent des lignes aériennes pour les communications téléphoniques ou télégraphiques. Nul doute que ces lignes furent aménagées lors de la déclaration de guerre et furent sinon enterrées profondément, du moins camouflées.

 

Trois cartes postales anciennes prêtées par M. J. Keil. Présentation modifiée.

 

lignes téléphoniques, communication, soldats

dave1.jpgDepuis le début de la guerre, les mesures de sécurité sont prises et les travaux continuent "des travaux encombrants mais admirables et admirés" déclare l'aumônier de l'asile de Dave.  Des sentinelles sont postées un peu partout et certaines semblent contrôler les déplacements des civils.

 

 

Des observateurs sur les hauteurs de Dave. Coll. R Remacle (avec l'autorisation de la Province de Namur,) Merci à Mad. Mélodie Brassine).

Observation de la Meuse et certainement du plateau sur la rive gauche du fleuve. 

 

 

 

L'aumônier de l'Asile de Dave en fait les frais.

Dave le 11 août 1914,

"Hier soir, vers 5 heures 1/2, je sors de chez moi et le rends vers Velaine. Je m'arrête un instant auprès des sentinelles qui me connaissent; Une autre compagnie du 13ème de ligne veille sur l'autre route. Il s'en détache un sergent se disant appelé C... Après m'avoir parlé de  mille et une choses, ce sergent me demande mes papiers. Je lui montre mon laisser-passer timbré et signé de la commune de Dave. en plus un brassard timbré de l'état-major de Namur .... Cela ne suffit pas me dit le sergent. Il m'emmène et nous croisons deux postes de travailleurs qui, tous, me connaissent. Cela ne suffit pas dit encore le sergent. Nous croisons un poste où se trouve un adjudant qui me connaît. Le sergent ne veut pas me présenter à cet adjudant. A 1500 mètres, nous tombons sur un poste de soldats qui, tous, me connaissent. Rien ne fait, malgré mes papiers absolument en règle, le sergent prétend m'emmener à Dave, à environ 4 kilomètres de là.... Ce n'est que sur les attestations de tous les soldats que je suis libéré". Voilà les faits. Dans un courrier, le prêtre en appelle au général afin de ne plus subir de tels désagréments alors qu'il soigne les soldats malades.   "Ce gradé m'a l'air bête conclut-il. et il y aurait pour les civils un réel danger à voir pareils hommes gradés munis d'armes".

Ce n'est que le 15 août que les bruits de la guerre se font entendre. Cela tonne du côté d'Yvoir. Les premières rumeurs commencent à circuler. On signale la présence d'Allemands un peu partout. C'est la raison du premier tir du fort. Le commandant ordonne un tir de dissuasion avec  la tourelle 205mm sur le village de Lustin, où une présence ennemie a été signalée. "La frayeur est à son comble..." raconte le curé Clavier.

tir, artillerie, semonce, repérage, dissuasion

 Extrait du témoignage de l'abbé Clavier, curé de Dave.

La menace se précise donc, la mise en défense se renforce, de nombreuses patrouilles sont envoyées vers Dave et d'autres sont lancées dans les bois environnants. La surveillance des abords de la position est doublée, la nuit, le phare fouille le moindre recoin de la vallée et balaie les lisières  environnantes.

artilleur, sentinelle, grand garde, 13ème de ligne

Dans les intervalles, les troupes du 1er chasseurs à pied de forteresse occupent les tranchées creusées dans le bois Brûlé par les civils réquisitionnés, la 3ème batterie d'artillerie mobile, associée au fort, installe ses canons au Tronnoi, à Néviau et le troisième dans l'intervalle Dave-Andoy.. Dans le fort, les fantassins du 13ème de forteresse aménagent les banquettes de tir afin de couvrir de leur feu, le glacis et les différents fossés du fort. Une grand garde du 13ème de ligne veille entre Dave et Lustin.

Le 19, le fort s'isole.

Le canon gronde de plus en plus et se rapproche. Le 19 août, le fort tire sur la gare de Naninnes et sur des endroits où l'on renseignent des "groupements ennemis". La réplique est prompte. « Les artilleurs allemands dirigent quelques obus sur Dave pour réduire le fort.» En vain.

première escarùouche.jpgUne patrouille de 6 hommes de la grand garde envoyée en reconnaissance repousse une troupe de Ulhans et, signale le narrateur « nos brave soldats sont rentrés au poste porteur des armes, lances, carabines et casques, pris à l'ennemi au milieu de l'enthousiasme de leurs camarades ».

Deux remarques...(voir note)

Un feu nourri: Un feu nourri est-il possible avec 6 hommes armés d'un fusil d'époque, (5 coups dans le chargeur) et qu'il faut réarmer après chaque tir.

Visée à 500 m.... avec ce genre d'arme, sans lunette de visée?

Les 20 et 21,   la position de Namur est attaquée mais curieusement le fort de Dave n'est pas encore  l'objet d'une attaque précise. Encore deux journées "calmes" pour la garnison mais l'ennemi approche.

« Dans le silence de la nuit, on entend le crépitement des mitrailleuses » écrit l'aumônier du fort.

Le 22,  le fort tire de nouveau sur Lustin. Cette fois, la réplique est plus sérieuses, les Allemands règlent leurs tirs, des tirs de repérage, sur la position de Dave. .

Dimanche 23, le siège du fort commence par un premier pilonnage. Les troupes d'intervalle quittent leurs positions, Les artilleurs servant « dans les intervalles et dans les redoutes de Tronnoi. et Néviau abandonnent leurs pièces car ils ne savent plus tenir tant les obus arrivent ». La pièce de Loyers est prise à partie. Un mort parmi les servants. Un concitoyen, Joseph Marchal de Lustin.

 

La retraite est amorcée dans le secteur I

Le fort se retrouve seul.

Le 24 , observant les batteries allemandes qui bombardaient Suarlée, les artilleurs de Dave tirent quelques obus sur les pièces ennemies afin de soulager la position amie . Aussitôt l'arrosage ennemi reprend plus intense et ne cesse plus jusqu'au soir. La nuit,  l’intensité diminue grandement. De 9 heures à 4 heures, un obus toutes les heures sonnantes. 

« Le fort est soumis à partir du 24 août dans l'après-midi au bombardement violent de mortiers de 21 cm, le prenant en écharpe à revers et attaqué » lit-on dans les archives.

« Le 25, vers 8 heures, un parlementaire allemand s'approcha du fort et somma le commandant de rendre son ouvrage faute de quoi les mortiers austro-hongrois ouvriraient le feu. Le commandant du fort refusa énergiquement de capituler et ce n'est qu'après que le parlementaire fut éconduit que la menace fut mise à exécution et que les tirs de 305 commencèrent. Les pièces allemandes étaient hors de portée de toute réplique du fort. » Deux bataillons, les I/9 et II/9 attendent sous le couvert des bois, l'heure de lancer l'assaut.

Ce sera inutile.

Comme pour les autres forteresses, le bombardement est efficace. Écrasé par les 305, le fort ne peut offrir une longue résistance. La garnison étant menacée d'asphyxie, le commandant se décide à hisser le drapeau blanc vers 15 heures, « Au moment de la reddition, les grosses coupoles étaient calées et ne tournaient plus. La coupole de 12 de droite avait été atteinte à la calotte, à hauteur de l'avant-cuirasse. Les coupoles de 5,7 étaient encore en bon  état». Le fort avait  reçu environ 2000 projectiles de 105, 210 et 305 mm. 

La garnison se rend. Les hommes sont rassemblés avant d'être envoyés en captivité.

Le sort de nos concitoyens: Prisonniers.

Joseph Feraille de Lustin

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Milicien de la classe 1911, Joseph Feraille était marié à Marie Collignon. Il ne fut rapatrié d'Allemagne qu'en janvier 1919 avec une santé chancelante. 

Crespeigne Emile, de Arbre.

Arbre Besinne, 13ème de ligne, de forteresse

Emile Crespeigne sergent volontaire de carrière, affecté au 13ème de ligne de forteresse, au fort de Dave.

 

 

 

 

 

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Peu après son retour de captivité, il rejoindra la colonie et exercera les fonctions de commissaire de police à Elisabethville.

 

 

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Fait prisonnier avec les défenseurs du fort et envoyé en captivité

 

 

 

 

 

Joseph Sainvitu de Rivière

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 Un bouton de son uniforme d'artilleur.

De la classe 1909, Joseph Sainvitu fut un des derniers à tirer au sort...Avec le N° 35...Un tirage qui ne lui fut pas favorable... Dans son dossier militaire, la description physique  de Joseph Sainvitu.  1,72m, sous l'aulne, avec cette taille comment n'a-t-il pas été chez les grenadiers?

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 Son épouse  Marie-Joseph Bessegne, 24 ans, ménagère. il en a 25, il est journalier de profession.

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Il est fait prisonnier avec la garnison du fort. 

 

 

Briot Arsène, de Lustin

13ème de ligne de forteresse en 1914, prisonnier le 25 août, avec la garnison du fort, rentré le 23 septembre 1919.

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Octave Michel de Rivière

marié à Robin Marie.une tailleuse.Le ménage habitait à Bois-Laiterie.

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 Thonon Ernest de Profondeville

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Les nouvelles aux familles.

Le canon s'est tu. le fort a rendu les armes.  Bien vite, les familles accourent sur la place de la Gare, en quête de nouvelles. En compagnie de Jules Denison, le curé Clavier se rend au fort « escaladant la montagne tant bien que mal, à travers le fouillis d'arbres renversés, déchiquetés et les entonnoirs.... ». « Arrivés au glacis, je m'empresse d'agiter mon mouchoir.... deux casques à pointe sont au pied du drapeau allemand qui domine le massif... nous arrivons près de l'entrée du fort. Un sous-officier et deux soldats s 'amènent ». Le prêtre leur explique la raison de sa venue. «  comme curé de la paroisse, je viens m'informer de la situation pour rassurer les parents des soldats ».

La réponse de l'Allemand se veut rassurante. « Aucun tué, aucun blessé ».

Mais le prêtre ne se satisfait pas de cette réponse.

« Et où sont donc les autres soldats ? Car je ne voyais qu'une cinquantaine d'hommes désarmés et prêts à partir

« Déjà partis, tous prisonniers de guerre » répondit le sergent

« Je fis signe au revoir à mes soldats et leur criai « êtes-vous tous saufs ?

Oui !

Pas un ne manque ?

Non

Bon courage !

 

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Extrait du récit du prêtre de Dave, l'abbé Clavier.

 

 Sources

Merci à M. J. Keil pour ses informations et ses commentaires judicieux ainsi que pour ses photos personnelles.

Archives de l’Évêché, paroisse de Dave.

Les écrits de l'aumônier du fort, l"abbé Lallemand, du curé de Dave, l'abbé Clavier, de l'aumônier de l'asile de Dave et le témoignage du sergent du 13ème de ligne.

La défense de la position fortifiée de Namur,ministère de la défense nationale p 268, 506, 540 et 601

Schmitz et Nieuland,  Documents pour servir l'histoire.... Le siège de Namur, 2ème partie, pages 140 et sv. 

Colonel Merzbach et commandant Herbiet, la vérité sur la position de Namur p 29 et sv.

Colonel Bujac, Namur la défense, la retraite, pages 20, 27  et sv.

Archives militaires, Evere (notariat) et Bruxelles (Cdoc) pour les dossiers militaires des soldats.

Photos de familles M. Sainvitu de Rivère

 

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