11/09/2012

Zénon, "officier d'un mordant sans pareil et au sang-froid exceptionnel"

Les voisins de la villa Halali, située à Lustin, étaient-ils au courant du passé militaire du propriétaire du lieu? Un grand invalide de guerre qui, s'étant retiré de la vie active, coulait des jours plus calmes en bordure de Meuse. Un passé militaire, durant 14-18, qui lui fit mériter de hautes distinctions tant belges qu'étrangères, qui lui valut les éloges de ses chefs qui reconnaissaient son sang-froid, son mépris du danger, son audace et son sens du commandement. Tous ces faits lui valurent d'être cité plusieurs fois à l'ordre de la division. Un jeune volontaire qui, après une instruction en France, intégrait le 5ème régiment de ligne. Il n'était pas seul dans ce régiment. Paul, un gars de Lesve, simple soldat, était dans le même bataillon mais dans une compagnie différente. Lui aussi sera blessé lors d'un combat.


Alors que le front est stabilisé et que les belligérants s'observent depuis leurs lignes respectives, il est essentiel de pressentir les intentions de l'ennemi. Des reconnaissances sont donc lancées dans les lignes adverses. Ce travail de découverte, jugé de plus en plus indispensable par les Etats-major, se perfectionne à tel point que des groupes spéciaux " de patrouilleurs permanents pouvant se préparer et se consacrer exclusivement à des missions spéciales" sont créés. Ces unités, fortes de 12 hommes, ont donc comme objectifs: l'organisation d'embuscades, l'exécution de coups de mains sur les postes avancés ennemis et la reconnaissance des lieux lors de l'élaboration des plans d'attaques de nos régiments. Ces hommes, recrutés parmi ceux qui ont déjà fait leurs preuves sur le terrain, suivent un entraînement très particulier leur permettant de se camoufler, de profiter du relief du terrain pour se déplacer en territoire ennemi et de connaître le maniement des armes ennemies afin de s'en servir ou de les saboter. L'usage des explosifs est au programme de leur instruction. Ces unités sont confiées à des chefs "jeunes, actifs, intelligents et braves". Notre concitoyen fait partie de ces hommes remarquables. Il commande la section spéciale du IIème bataillon du 5ème régiment. Ces unités rendront d'immenses services au Q.G. en rapportant des renseignements sensibles permettant de mener à bien des attaques. Drie Grachten sera un terrain particulièrement "patrouillé" par la section de notre concitoyen.

Drie Grachten, un endroit connu de notre jeune chef d'unité spéciale.2008014119.jpg

Drie Grachten, ce qu'il reste de la maison du passeur.153_001.jpg

"Son intrépidité lui a fait effectuer des missions plus que dangereuses" témoigne un de ces chefs. Il recevra les Croix de Guerre belge et française, la Military Cross par décret spécial du Roi d'Angleterre et décoré de l'Aigle Blanc de Serbie ainsi que les médailles de l'Yser et de la Victoire. Il est fait chevalier de l'Ordre de la Couronne dès 1916.

Intrépidité....

Le 28 septembre 1917, une mission est réclamée sur le poste de Drie Grachten. Un gradé est demandé pour l'effectuer. Zénon s'est offert immédiatement. Durant cette mission, il doit s'introduire dans un poste ennemi et, muni d'un appareil Vest Pocket Kodak, il photographie les défenses accessoires et l'intérieur de la position! A son retour, le film est remis au Q.G. "Je lui reproche, conclut son commandant, de s'être trop aventuré" car repéré par l'ennemi, il a essuyé des tirs de grenades et de fusils pendant qu'il se repliait sur ses lignes.

3139041929_0843f79c0a_z.jpgUn appareil Vest Pocket Kodak datant de cette époque.

Il était coutumier du fait car à plusieurs reprises, il a, de sa propre initiative, effectué des reconnaissances aux abords de tranchées ennemies et pour ce faire "est resté toute la journée et une partie de la nuit, en terrain inondé, afin de pouvoir se rendre compte du mode d'occupation du poste et de la force de la garnison adverse".

Pour réaliser ses missions, il quittait son poste avant l'aube "de manière à gagner un point favorable à l'observation avant qu'il ne fasse jour, puis séjourner toute la journée dans un terrain inondé et de rentrer à son poste la nuit tombée".

Non content de ses missions périlleuses, l'homme se distingue chaque fois dans les combats. Ainsi lors de l'attaque de la minoterie de Dixmude, il se lance avec ses hommes et réduit quelques nids de mitrailleuses et lorsque, lançant une grenade dans la défense ennemie, il est blessé, il crie à l'adresse de ses hommes: "Je suis blessé, mais j'en ai tué plusieurs, je suis vengé". C'est dire sa mentalité de combattant. Il est emmené vers l'arrière pour y être soigné. Soigné, une fois de plus car, par deux fois, il a déjà été blessé précédemment.

Nous rendrons compte plus en détails de quatre de ses missions dans la suite de la recherche.

Des dépositions de ses chefs sur ses actions.

 

Le lieutenant est à mes yeux une des belles figures de la Grande Guerre!Vallée 5ème de ligne (29).JPG

Vallée 5ème de ligne (16).JPG

Des remerciements particuliers au Colonel BEM. e.r. Wilfried Van Hoecke  (du 5ème régiment de ligne) pour avoir répondu généreusement à toutes mes questions et de m'avoir fait profiter de ses conseils et de ses commentaires.

Merci.

Les sources complètes seront reprises dans la partie publiée de la recherche.

 

 

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