11/10/2012

"Ne soyez pas confuse, il n'y a rien d'étonnant à ce que l'on pense à vous"

a saint pay.jpgRares sont les marraines de guerre belges car, vivant en pays occupé, les jeunes filles ne peuvent correspondre avec les soldats qui se battent sur le front. Le rare courrier qui passe au travers des lignes allemandes est acheminé par des réseaux secrets qui ne peuvent absorber autant de lettres. Nous avons la chance d'avoir retrouvé, précieusement conservé,  le courrier de Renée  qui, témoigne de son histoire avec ses filleuls. Installée en France puis en Italie, elle a entretenu une correspondance avec plusieurs soldats. Issue d'une famille aisée, elle se montre très généreuse avec eux. Son histoire est faite de mille petits bonheurs couchés sur des cartes vieillies par le temps. Une longue histoire de vie malheureusement ternie par le décès d'un de ses protégés. Hector Saint-Pay avait 26 ans. Il a été tué le 3 mai 1916.

Le front s'éternise, la guerre s'enlise depuis des mois. Les soldats belges coupés de leur village, ne peuvent, à l'instar de leurs frères d'armes français ou anglais, écrire à leur famille, à une épouse, à une mère, à une fiancée. Isolés dans leur tranchée, dans des conditions effroyables, "nous vivons la vie des taupes et des canards sous terre et dans l'eau, parfois à la nage. Heureusement, l'hiver n'est pas trop rigoureux", ils ressassent sans cesse sur le vécu des leurs. Le moral s'en ressent et le moral dans une troupe, c'est essentiel! C'est en 1915 que naît cette idée de faire correspondre des jeunes filles avec les combattants. Par cette démarche, elles deviennent, épistolairement parlant, leur marraine, ils deviennent leur filleul. ils apprendront à se connaître au fil des lettres.

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" Le 6 février 1916,

Mademoiselle, j'ai bien reçu votre jolie carte et hier le gâteau que j'ai distribué aux hommes du 2ème escadron. nous l'avons trouvé excellent et j'ai l'honneur de vous remercier au nom de mes cavaliers et au mien. Encore merci pour vos souhaits. Nous avons confiance en la victoire finale. Veuillez croire, mademoiselle, en mes sentiments reconnaissants. M. Saint-Pay, Armée belge".

C'est une de ses dernières lettres.

Le rôle de cette marraine est déterminant car le soldat y trouve un soutien moral, des encouragements voire une présence affective même si elle n'est que de remplacement. Des liens se créent néanmoins, débordant quelques fois sur un courrier "amoureux". Souvent, c'est le soldat qui divague. Bien vite, il revient à la réalité et s'excuse de son égarement.

a rintintin et nénette.jpg"le 2 11 1915, Plus de nouvelles.... je suis terriblement triste.... j'ai peut-être écrit trop de bêtises dans ma dernière lettre?"

Dans la boue de l'Yser, il attend sa lettre, la lit, la relit, la partage avec ses pairs, puis dans un moment plus calme, il y répond. Un raccord à la vie civilisée. Cependant, il doit respecter certaines consignes, ne jamais dévoiler sa position, ni son régiment. A l'exemple de ce brancardier qui, le 5 mai 1916, écrit à Renée, " Pardonnez mon silence qui se prolongera peut-être mais dont je ne suis pas responsable". Une opération est en cours et Hector Saint-Pay y vient d'être tué!  Au fil des échanges, une amitié se forge. La marraine envoie quelques colis de douceurs: des sucreries, des vêtements ou  des souvenirs que le soldat gardera précieusement en guise de fétiche.

Un des souvenirs gardé par Adelin et toujours conservé dans la famille.

Ces douceurs sont appréciées car le menu au front n'est guère varié, appétissant ni même suffisant. Que dire alors des marrons glacés que l'on vient de recevoir? Pour la majorité, c'est la première fois qu'ils en mangent, peut-être la dernière! Que dire de ces belles chemises pour remplacer le linge usé? Que penser de ces beaux gâteaux que l'on partage entre copains?

"Chère marraine;

J'ai de très sérieuses inquiétudes car je constate que pour une marraine qui se pique d'être raisonnable, elle déraisonne fortement pour le moment. Vous faites des folies. Jai reçu des nougats, des marrons glacés et les officiers du 3/1 s'en lèchent les babines toute la journée. A la cie Saint-Pay, les hommes ont reçu un énorme gâteau et de plus une superbe écharpe. Comment voulez-vous que je, que nous vous remercions pour toutes ces délicieuses choses? Je vous remercie du fond du coeur et j'embrasse bien respectueusement les mains de marraine qui ont envoyé cet excellent "miam miam". Vous voyez, je retombe en enfance. mais c'est de votre faute. Vous nous avez envoyé un rayon de soleil de par-là".

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Gardez le silence sur ses positions " enfermé dans un certain secteur"

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 Lorsqu'en congél, le miltaire se rend à Paris, il n'oublie pas d'envoyer "une belle carte" à sa marraine. Une carte de luxe, brodée! Il lui racontera même son séjour à la ville lumière.

Adelin a une marraine belge réfugiée au Pays de Galles. C'est elle qui lui a envoyé Rintintin et Nénette, les deux poupées de laine. Lors d'une longue permission, il ira lui rendre visite. Le voyage au train lui est expliqué dans un courrier. Il s'y  rendra avec un copain. C'est sur le quai de la gare qu'elle l'attendra.

La carte reçue par Adelin

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 Les explications sont données au verso, Sur la carte, un tracé pour situer le voyage. Il descendra à cette gare, aujourd'hui abandonnée. Merci à M. G. Jones, historien gallois qui, avec les explications de la carte, a retracé le voyage et retrouvé d'anciennes photos sur les lieux fréquentés par la colonie belge réfugiée dans la région. 

La gare de Llannerch-y-Medd.

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