18/07/2014

Pierre Vigier, mort à Lustin, a connu l’enfer aux Chemins des Dames en mai 1918

Dans son registre de décès, le curé de Lustin note, à la date du 25 novembre 1918, le décès d’un soldat français, de retour de captivité. Celui-ci est  décédé à l’institut tenu par les sœurs hospitalières de Saint Thomas de Villeneuve. Des religieuses françaises.  Il est né à Altillac en Corrèze, le 13 novembre 1873. Qui est-il et comment est-il venu mourir chez nous ? Les archives apportent certaines réponses à notre questionnement. Que nous apprend ce document ? Il est âgé de 43 ans, ses parents s’appellent  Guillaume et Marguerite Peyroux, ce sont des travailleurs de la terre. Il aurait fait partie du 22ème régiment d’infanterie et serait de retour de captivité.

Après une première recherche le régiment est en réalité le 21ème d’infanterie territoriale.


L'acte de décès dans le registre paroissial de Lustin en 1918

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Ses origines: Il est né à Courbignac, un hameau d’ Altillac, le 13 novembre 1876, de parents agriculteurs. Lui aussi travaillera la terre.

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Acte de naissance de Pierre Cyprien Vigier. Le père ne peut signer (pour ne savoir écrire) les témoins sont l’instituteur et un agriculteur

En 1896, l’année de ses 20 ans, l’année de son service militaire. Le jeune homme est appelé sous les armes  après avoir tiré le numéro 49. Malgré qu’il travaille la terre, il est cependant de constitution faible et, de ce fait, ajourné plusieurs fois et en 1899, mis en réserves.

a 01 vigiervigier 1.jpgSa description physique dans son dossier militaire. 1,64m, yeux bleus, front haut, menton pointu , visage ovale, cheveux châtains.

1914, la guerre se déclare. 1915, Il faut puiser dans les réserves afin de combler les pertes. Il passe au conseil de réforme  de Tulle et incorporé, le 18 mars 1915, au  16ème bataillon de chasseurs, le 4 janvier 1916,   il mute au 201ème Régiment d’infanterie territoriale (RIT) pour, le 11 avril 1917,  passer au 130ème RIT et enfin au  21ème RIT à partir du 23 février 1918. Le 21ème RIT est au Chemin des Dames en 1918. Ce sera sa perte car le 27 mai 1918, une terrible offensive est lancée par les Allemands.

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Le 21ème RIT est au Chemin des Dames en 1918. Ce sera sa perte car le 27 mai 1918, une terrible offensive est lancée par les Allemands.

« Le 27 mai, à 1 heure du matin, l’artillerie allemande déclenche un tir d'une extrême violence sur tout le terrain compris entre nos premières lignes et nos batteries, en même temps que son artillerie lourde exécute un tir d’interdiction très puissant sur nos arrières. Quatre mille pièces de tous calibres hurlent en même temps, devant lesquelles les 1030 canons, que nous avons pu à grand peine réunir, se révèlent bientôt insuffisants, malgré l’héroïsme du personnel.

L'air est empesté de gaz toxiques ; l’ennemi fait surtout usage d’obus à ypérite. Nos batteries sont annihilées; les petits réduits de la première ligne sont écrasés et nivelés; les mitrailleuses sont détruites.

3h30, la fumée s'est à peine dissipée que les défenseurs survivants, hébétés, voient surgir dans le demi-jour l’infanterie allemande. Dès le commencement de la préparation d’artillerie, les régiments de première ligne de l’attaque s’étaient en effet massés en avant de leurs tranchées, avaient franchi l’Ailette au moyen de passerelles de fortune, et étaient venus se rassembler tout près de nos réseaux, dans lesquels, à l’abri du feu de leurs canons, ils s’étaient hâtés de pratiquer des brèches à la cisaille. Chacun d’eux était accompagné d’une compagnie de lance-flammes, d’un renfort de mitrailleuses et d’une batterie d’artillerie. C’est une marée qui submerge tout ».         Extrait  http://chtimiste.com/batailles1418/1918chemindesdames.htm

 

Deuxième témoignage dans Historique du 21e Régiment Territorial d'Infanterie Librairie Henri Defontaine – Rouen – 1920. « Le 26 mai, lors de l'attaque du Chemin-des-Damespar les Allemands, les 1er et 2e bataillons sont alertés en même temps que les 61e et 21e Divisions. L'ordre était de tenir jusqu'au bout. Le 27 mai, le 1er bataillon est décimé à Laffaux. Son commandant, le capitaine FAULQUE, est mortellement blessé, les survivants sont faits prisonniers. Le même jour, le 2e bataillon est submergé par les vagues allemandes. En dehors des pertes qu'il dut subir, la plupart des officiers et hommes de troupe furent faits prisonniers, dont le commandant du bataillon. Jamais le 21e Régiment d'Infanterie Territorial n'avait encore connu pareil désastre. Le peu qui restait des deux bataillons participe à la retraite jusque dans la forêt de Villers-Cotterêts ».

 

Troisième témoignage, le JMO du régiment

 

Le 27 mai vers 1 heure, l’ennemi déclenche un violent bombardement sur nos premières lignes. Vers 4 heures, la canonnade  redouble de violence et est suivie d’une attaque avec tir d’interdiction sur nos arrières. 8h30 l’ennemi s’empare des premières positions quelques combattants se dégagent après une défense acharnée, le régiment se replie. Les pertes sont sévères.

 

Le décompte se fait le 27 au soir. Les pertes sont estimées à....

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Pierre Vigier fait peut-être partie des rescapés mais deux jours plus tard, au village de Septmonts, il est fait prisonnier et envoyé à Soltau. Il y connaîtra la captivité pendant 6 mois. De juin au mi- novembre…. Et après sa libération, on pressent qu’il se hâte de rejoindre sa Corrèze natale.  Par le train, cela semble évident.

Mais comment arrive-t-il à Lustin ? Une piste :  La ligne ferroviaire passant à Lustin continue vers la France. Malade, aurait-il été débarqué dans le village vu la présence des religieuses françaises   et où une grande colonie de réfugiés français du nord de la France est installée ?

Les archives communales sont muettes à ce sujet.

Toujours est-il qu’il décède des suites de maladie. La grippe espagnole  ou bien suite à son état de santé qui se serait dégradé dans le camp de prisonniers ?   Des questions sans réponse. D'autres soldats français libérés mourront sur le chemin du retour, à Liège, à Namur….

 

L'institut Saint-Thomas à Lustin, le bâtiment au centre de la photo. Carte postale ancienne saint homas vers 1920.jpg

Un temps enterré  au cimetière communal de Lustin,  il sera transféré après la guerre dans la nécropole de Dinant avec ceux qui sont tombés chez nous en août 1914

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Sa sépulture à Dinant et sa fiche militaire

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 Sources

 

http://chtimiste.com/batailles1418/1918chemindesdames.htm

 

Historique du 21e Régiment Territorial d'Infanterie Librairie Henri Defontaine – Rouen – 1920 retrouvé grâce au site de M. Jean Luc Dron http://jeanluc.dron.free.fr/th/Bibliographie2.htm

 

JMO du régiment sur Mémoire des hommes. sga, journal de marche des régiments.

Archives de la mairie de Altillac

Archives départementales de Corrèze

Merci à Mme CH. Teulet (Altillac) et à M. J. Mendés (Tulle) pour l'aide apportée.

Archives communales de Lustin

Registre paroissial de Lustin.

Ancienne carte postale prêtée par M. Laurent de Rivière

 

 

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