11/06/2014

Août 1913, l'armée belge en manoeuvres dans notre région. Dans un an...

Des obsvervateurs parfois très intéressés.000 journal.jpg 

En août 1913, la Belgique organise des manœuvres en vue de préparer son armée à toute éventualité. Au total 25.000 hommes participent à l’exercice. Beaucoup de villageois, ceux des classes 1912 et 1913, sont présents parmi les belligérants. Nous sommes donc concernés par ces manœuvres. Nombre d' officiers étrangers viennent y assister. Il y aura des Allemands, des Français ... et même le colonel Watanabé,  un Japonais. Curieusement l'ennemi vient de l'est et les défenseurs montent de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Est-ce un hasard ou bien l'état-major belge a-t-il voulu se préparer à cette éventualié?

 

Les officiers observateurs durant les manoeuvres à Dinant. On reconnaît les officiers allemand et italien à leur coiffure.

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Le curé d'Yvoir s'étonne de ce que les Allemands connaissent si bien la région et les passages sur la Meuse. "On dirait qu'ils sont chez eux" ajoute-t-il dans ses commentaires. On peut le comprendre car en 1913, l'officiers allemand a pris quantité de notes.

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Photo extraite de Documents pour servir à l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg publiés par le chanoine J. Schmitz et Dom Norbert Nieuland:  "le sac de Dinant Fig 192".


  Cela débute le 24 août 1913. L’exercice consiste pour une armée ennemie (le parti rouge) à envahir notre pays. Elle partira de la région de Marche-en-Famenne. Notre armée, (le parti bleu) doit empêcher le franchissement de la Meuse ensuite repousser l’ennemi hors de nos « frontières ». Les forts de Malonne, Saint-Héribert et Dave défendront la Meuse en attendant l’arrivée du parti bleu cantonné dans la région de Thuin.

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  De l''infanterie, de  l'artillerie et l'état-major de passage à Arbre, sur le pont de Montigny.

À coup de marches forcées, les protagonistes se rapprochent du fleuve. Le gros de l’armée « belge », dès son arrivée sur le théâtre des opérations, fait sauter les ponts sur la Meuse, entre Dave et la frontière française  (du moins « virtuellement ») et les pontonniers du génie de la forteresse de Namur construisent un pont à Tailfer afin de permettre à l’armée « belge » de passer le fleuve et de monter à la rencontre de l’envahisseur.

Le pont construit par le génie à Tailfergénie.jpg

Le pont est gardé par les Lanciers et de l’artillerie. Le 13ème de ligne se rend sur les hauteurs de Lustin car les avant-gardes « ennemies » sont déjà signalées sur le plateau.

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Des défenseurs prennent position sur les hauteurs de Rivière, d'autres Le gros du parti bleu se positionnent le long du fleuve, jusque Dinant. Des patrouilles ennemies sillonnent le plateau mosan. Les premiers combats ont lieu dans les environs de la Meuse dinantaise et après trois jours de lutte l’armée bleue, bousculée, se replie sur Namur. Le parti rouge franchit la meuse. Simultanément, le pont de Tailfer est pris par l’ennemi qui se répand sur la rive gauche avec ses compagnies cyclistes pendant que son infanterie passe à l’aide des barques. Une tête de pont est installée en vue de foncer sur Saint-Gérard. Des affrontements ont lieu à Bioul, le parti bleu se replie sur Neffe (Arbre), les rouges poussent leur avantage et le front s’installe à Bois-de-Villers et Lesve. Le bourgmestre de Lesve prend des mesures : «  la circulation des autos, voitures et autres véhicules est interdite chaque jour sur toutes les routes qui traversent la zone où se déroulent les opérations du jour ». Une attaque se prépare sur Namur, le pont de bateaux de Lustin saute. L’armée bleue se retranche derrière la ligne Profondeville/Bois-de-Villers en liaison et avec l’appui des forts qui se préparent à subir des attaques. Et de fait, une attaque est lancée sur Saint-Héribert, dernier rempart pour la défense de Namur. La guerre cesse ! Les manœuvres sont arrêtées. Il est temps de tirer les enseignements et de dresser un bilan de l’exercice.

Les manœuvres ont occasionné des dégâts. Ceux-ci sont estimés par l'armée et des délégués des communes concernées. M. Lavis de Lesve, un des experts désignés par la Commune. Un extrait du registre des délibérations du Conseil de Lesve: "Le Conseil communal nomme comme délégués.. " Des troupes à Lesve, au repos et  en attente des ordres.

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 Les spectateurs sont nombreux à suivre les troupes. Les vicinaux organisent même des services spéciaux.

 


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 Chaque jour, les vicinaux adaptent leurs services en fonction du déplacement des "combats".

 

000 journal (2).jpgLes blessés sont pris en charge par le service de santé. L'hôpital militaire de Namur ne désemplit pas. Des blessures bénignes mais de plus graves également.

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000 journal (3).jpgAux grands maux, les grands remèdes.

 

000 journal (5).jpgLes journaux relatent les faits et entretiennent le "suspense"

 

 

 

Quelques articles de presse concernant les manœuvres dans nos villages et environs

chaleur, marche forcée, étapes,

 

Des manœuvres au mois d'août... la chaleur accablent les hommes qui doivent accomplir de longues marches avec tout leur harnachement.  Même les pneus des autos conduisant les officiers....

 

malades, blessés, manoeuvres, soldat

  

Sur les 25000 hommes engagés dans l'exercice, il y a eu environ 500 éclopés, des insolations et échauffements des pieds, des piqûres de guêpes mais on compte plusieurs accidents plus graves comme cet officier à Bois-de-Villers.

 

L'article nous informe qu'un ballon cerf-volant est en place dans les environs du village et effectue plusieurs missions d'observation par jour..

 

 

 

 

 

 

 

vélo, accident, instituteur, manoeuvre

 

Un accident à Lesve.

Un spectateur, Louis Seumoy, le frère d'un des pilote militaire engagé, sans doute pressé de voir son parent, a chuté violemment et s'est blessé sérieusement.

Jules Seumoy a volé avec notre concitoyen Albert Massaux.

 

Les avions focalisent toute l'attention des spectateurs.

farman, avion, 14-18,

En cette année 1913, l'aviation militaire n'est qu à ses premiers balbutiements. Ces machines volantes et ceux qui osent les piloter, attirent l'attention de tous.

 

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Un farman, le type d'avions de nos escadrilles. le pilote est le second dans la carlingue. En tête, l'observateur.

Lors de la guerre, le capitaine Nicod, un de nos concitoyens fut observateur de tir à bord d'un avion Farman. Nous le rencontrerons dans l'article lui consacré.

 Coll. privée

 

 

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Les avions atterrissaient souvent en dehors des pistes. un champ, une prairie voire une route....

Coll. privée

 

Chute d'aviateurs

L'appareil vint se briser sur le sol. les deux aviateurs en furent quitte pour une forte commotion.

 

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Le dernier combat sur le territoire de Bois-de-Villers

 

manoeuvres,  Albert 1er , six bras, dernier combat

On peut lire en page 2 du journal La Province de Namur du 5 septembre 1913...

"Vraiment une kermesse. Ce sera l'impression dominante ...

Il est neuf heures quand le premier combat des avant-postes s'établit entre les bleus et les rouges sur la route de Saint-Gérard, à hauteur de Bois-de-Villers.Il y a là un carrefour, les Six-Bras, où six routes se joignent en étoile. Le tramway y arrête et y verse des flots humains. il y a des cabarets dont le sac a été gaiement fait aux premiers rayons de l'aube.

Les maisons du carrefour sont habitées par Joseph et Auguste Provis, Joséphine Bacq est leur voisine ainsi que la famille de Joseph Devigne-Legros. Ces trois familles feront l'objet de sévices des troupes allemandes en août 14. Nous en reparlerons.

Carrefour  admirable.... six routes!! Vous voyez ça? Où aller? Voici les attachés étrangers. Le populaire commandant Michaux, un des héros du Congo, chemine , botte à botte, avec l'attaché allemand. Ces messieurs vont à droite vers Profondeville où l'on nous dit que se masse toute l'armée rouge. mais une auto qui porte le pavillon national, nous montre le ministre de Brocqueville (.....) qui va vers Saint-Gérard. et enfin, au loin, un cortège s'avance après deux flambants aides de camp en uniformes des guides. C'est le Roi, il va vers Malonne.

Oncques ( personne) ne vit si magnifique tohu-bohu car bécanes, autos, piétons, cavaliers, amazones, curés, moines, marchands de coco se ruent, selon leur préférence, à la poursuite, qui du Roi, qui du  ministre, qui des attachés militaires. Un aéroplane passe, venant du Sud Est, tout le monde met le nez en l'air et cela détermine une salade d'autos, de bécanes, de piétons, de curés, de marchands de coco où un ange ne reconnaîtrait pas  ses poussins; et, patatras des soldats de part et d'autres, des bleus et des rouges, agenouillés à cent mètres, en face l'un de l'autre, barrent à peu près les six routes et se canardent à travers la foule, ce qui fait glapir de grosses dames et fuir un capucin, cotte retroussée au-dessus du genou.

Canons des forts, fusils, mitrailleuses, machines poussières, trompes, cris, (....) c'est une bien belle journée. Des cavaliers surviennent, c'est très joli, tout le monde dégringole dans les fossés".

Un croquis de Léon Souguenet

 

Six-Bras, carrefour, manoeuvres, 1913

Deux cartes postales anciennes de Bois-de-Villers

Le carrefour des Six Bras

Les Quatre Bras et la ligne vicinale reliant Namur et Lesve.

tram, vicinal, manoeuvres, 1913

Sources

Journal L'Ami de l'Ordre, août 1913 et La Prvince de Namur, septembre 1913  et cartes postales anciennes sur les manœuvres.

La photo du groupe d'officiers observateurs à Dinant provient de

Arch. Eccl. paroisse de Dinant dans archives du chanoine Schmitz,

Archives communales de Lesve en 1914

boîte ausweis et registre aux délibérations du Conseil communal.

15:48 | Lien permanent

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