31/12/2013

Les espions transmettent leurs informations par pigeons voyageurs

Pendant le conflit, les Anglais avaient mis en place un réseau d’espionnage derrière les lignes ennemies. Ce que l’on ignore, c’est que certains de nos concitoyens alimentaient cet organisme en informations diverses . Ceux de Lustin comptabilisaient le nombre de trains et leur contenu, d'autres fournissaient de faux-papiers ou bien renseignaient sur le passage de troupes. En 1919, plusieurs furent reconnus comme ayant oeuvré dans l'intérêt de ce service de renseignements.


 

page.jpg Les autorités britanniques, par le biais du Maréchal Douglas Haig, reconnaissent l'importance des actions de ces civils disséminés dans les villages occupés. Outre MM. Beaujot, «le chef des espions», Degives et Delaives de Lustin , Sorée et Colart de Profondeville, Renault etBurnonville de Bois-de-Villers, cités dans cette liste, nous avons rencontré d'autres agents informateurs dans les archives civiles ou militaires et dans les journaux locaux.

 La première page du journal The London Gazette du mardi 28 août 1919. C'est dans le supplément de ce journal officiel que paraît une liste d' informateurs. Le journal est consultable en ligne et la liste qui nous intéresse est publiée sur http://civils1418.canalblog.com

 

curé.jpg Jules Petit, curé de Lesve, a aidé plusieurs jeunes gens à gagner la Hollande en leur fournissant de faux papiers et leur donnant des itinéraires à suivre. Il a été emprisonné 10 jours à la prison de Saint-Gilles à Bruxelles en 1915 pour cela et en 1916 pour la même raison. Le prêtre était connu pour son activisme contre l'occupant. Dès les premiers jours du conflit, il avait fait montre de réactivité face à l'ennemi. "J'ai fabriqué pendant trois ans des pièces d'identité et aidé des jeunes gens à gagner la Hollande". Par contre, parfois, considérant l'âge, la situation de famille ou la santé du candidat, il le dissuadait de tenter l'aventure.

 Le déposition du curé Petit sur ses actes de résistance.

Emprisonné 10 jours à Saint-Gilles pour avoir tenté de faire passer mes frontières à des soldats belges puis un mois en 1916 pour la même raison. En 1914, consigné à domicile sous menaces de déportation pour avoir refusé de faire connaître où se trouvaient des transfuges. En 1917, traduit en justice pour refus de livrer du cuivre. Il fit de la propagande pour  journal La Libre Belgique et a servi d'intermédiaire dans plusieurs localités pour assurer le service des correspondances..

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 Dénoncé par deux paroissiennes, le curé Daische, de Rivière, fut déporté en 1917 pour avoir tenu des propos anti-allemands et poussé ses paroissiens à relever la tête. Un acte de sabotage commis sur le territoire de sa paroisse, valu à l'un de ses paroissiens, M. Defoy, le patron d'une usine locale, d'être déporté plusieurs mois dans les prisons teutonnes. Il semblerait qu'un des éléments de la ligne reliant Lustin à la cimenteriede Rivière  ait été endommagé. Faut-il y voir une corrélation entre les faits?

Prisonnier  en Allemagne,  M. Defosse s’évade et rentre se cacher dans le village.Il y remplit de dangereuses missions contre l’ennemi. Arrêté, emprisonné puis torturé, il est renvoyé dans un camp de prisonniers. Sa santé se dégradant de jour en jour, il est ramené au sanatorium de Godinne où il ne reste pas inactif, travaillant de nouveau dans l’ombre, il détruit le poste de TSF boche qui s’était imprudemment installé dans les prairies de M. Dury. Il fait encore passer la frontière à des prisonniers russes, à des évadés de Sedan leur servant de guide avec une audace dont se souviennent encore certains fermiers de Rivière et de Lustin qui ont eu aussi le courage de l’aider».

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M. Scravatte, un facteur de Profondeville qui, malgré ses responsabilités de père de famille nombreuse, fut très actif comme résistant. Un noyau de résistants s’était constitué à Mont-Godinne dans le sanatorium. Il en était, avec M. Delaives, lun des agents de liaison. Bien que les Allemands y aient envoyé des «moutons espions» afin d’infiltrer le réseau, il n’y eut jamais de défections.

 Oser s'interposer face aux exactions des soldats allemands était déjà un geste hautement risqué. Monsieur Defeld, le chef de gare de Lustin, voulant défendre les biens d'un voisin, en fit la cruelle expérience et sans l'intervention de M. Hayot, il eût été étranglé.

La déposition du curé de Lustin, extrait.

 

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Les intervenants de Lustin qui récoltent les informations sur les convois ferroviaires.

Monsieur Jules Baujot  était le chef des espions et en comptait  70 sous ses ordres. Quant à M. Félicien Degives, c'est avec l'aide  de son épouse et de ses enfants qu'il réalisait ses missions. Monsieur Isidore Delaives se chargeait des pigeons voyageurs.delaive espion pigeon.JPG 

Le témoignage de M. Delaive.Delaive c.jpg

Malgré la surveillance allemande, ces hommes ont osé agir.

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 Sources

Journal vers l'Avenir, 1919

London Gazette, en ligne

Les notes des curés de Lustin, Rivière et Lesve dans les archives paroissiales.

Document sur le curé Petit prêté par M. Valentin Malfait, auteur d'une publication sur La résistance du clergé namurois en 1914-1918

Les dossiers militaires de M. Delaive et Defosse

Archives communales de Lesve

Les références plus détaillées sont données dans la recherche publiée.

M. Alain Dubois de Valenciennes. Merci de son aide.

Liste des informateurs beges et français remerciés par les autorités britanniques. Cette liste intéressera certainement ceux et celles qui cherchent dans cette direction car des villes et villages belges sont cités. Wépion, Namur, Rouillon etc... 

 

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