28/02/2014

A l'assaut de la ferme Violette...

Dans le cadre d'une attaque combinée avec d'autres régiments (dont un français) "visant à reprendre une ligne de positions ennemies s'étendant devant le front", un détachement du 13ème de ligne reçoit pour mission de reprendre la ferme La Violette. Edmond Petudzy monte à l'assaut et fait preuve de courage.

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petudzy 13li yser puis congo (10)aa.jpgIl sera remarqué pour son audace et ses initiatives pendant le combat. Un combat d'une rare violence, un véritable carnage. Sur les 250 hommes engagés, "il n'en revint que 140".

Cette pensée de G. Chevalier pourrait illustrer ce fait de guerre. (La peur, page 98) :

"Notre avenir est devant nous, sur ce sol labouré et stérile où nous allons courir, la poitrine et le ventre offerts. Nous attendons l'heure qu'on nous mette en croix, abandonnés de Dieu, condamnés par les hommes".

Les états de service d'Edmond Petudzy et sa citation.

En 1916, Edmond Petudzy demande son affectation dans les troupes qui se battent au Congo Belge. Il suit une instruction spéciale à l'école coloniale à Honfleur et  s'embarque au Hâvre. Après 22 jours de voyage, il débarque à Boma et rejoint les troupes belges à Albertville.


 "Dès le 6 mai, les patrouilles du IIième bataillon commencent leurs reconnaissances. Par les trous d'obus dont le sol, émergeant de l'inondation, est criblé, dans l'eau et dans la boue, elles vont silencieuses et farouches, repérer les chemins possibles pour l'assaut, rechercher les points faibles de la défense adverse, l'emplacement des mitrailleuses. Trois nuits successives, nos hommes s'accrochent ainsi au terrain.

Soudain, le 9 mai à 13h30, le major Prémereur reçoit l'ordre d'attaquer le soir même à 22h30. Il désigne les 5ème et 6ème compagnies commandées par le lieutenant Vincent et le capitaine Mathieux pour mener l'assaut. Les compagnies seront accompagnées de 40 soldats du Génie pour assurer le franchissement des obstacles. A 20 heures, l'artillerie tire sur la ferme La violette et ses abords, les compagnies montent en ligne et à 22 heures, les deux compagnies d'attaque sont en place pour le départ.

"22h15, les tirs deviennent violents. Les pièces de tous les calibres tonnent sans répit. Peu nombreuses encore, elles donnent tout ce qu'elles peuvent pour anéantir l'objectif et ses défenseurs. À l'abri de ce feu, l'attaque se déclenche : les trois pelotons de la compagnie du capitaine A. Mathieux commandée par le lieutenant Harte, le sergent major Van den Straten et le sous-lieutenant Museu et une section du génie avancent en tirailleurs vers le sud de la ferme. La compagnie Vincent la suit puis se place à sa gauche pour atteindre l'objectif par le nord. Toutes deux franchissent, sur des passerelles vivement lancées, les deux larges fossés qui les séparent du terrain de La Violette". Puis l'artillerie allonge son tir.

La progression devient de plus en plus difficile. La compagnie dont fait partie Edmond Petudzy arrive à sa position d'assaut mais à l'instant ou celle du lieutenant Vincent prend sa position, un feu inouï de mitrailleuses s'abat sur elle et la cloue au sol. Pendant ce temps, le lieutenant Harte avec ses hommes et ceux du génie arrivent aux barbelés et tandis qu'ils les coupent, ils sont violemment pris à partie par de nouvelles mitrailleuses qui crachent sur eux leurs rafales saccadées et implacables.

 Une attaque à la baïonnette est lancée par le capitaine Mathieux.  Mais le nombre et la supériorité de l'armement de l'adversaire ont raison de la vaillance des nôtres. Les pelotons qui atteignent La Violette sont repoussés, à bout de forces. Le capitaine Mathieux est tué, le lieutenant Vincent est blessé une seconde fois,

 0a la violette 2.jpgLa ferme La Violette occupée par les Allemands. une ferme en ruines. "Des chefs de pelotons prennent leur place: refoulés mais plein de cran, les lieutenants Petudzy et Harte reforment leurs groupes et à deux reprises, les lancent en avant. Vers minuit, la rage au coeur, ils se rendent comptent de l'inutilité de leur audace; leurs rangs sont décimés. Ils avertissent le major de demandent du renfort pour tenter un effort suprême. Le major ordonne alors la retraite qui s'effectue avec les blessés et les morts.  

 0a la violette.jpgLes ruines de la ferme

Les attaques menées par les 8ème, 10ème régiments de ligne ainsi que par les Français n'eurent pas plus de succès. Nous étions encore trop pauvres en armement, en artillerie et en mitrailleuses pour nous mesurer avec notre puissant ennemi"

 Parmi les morts, le capitaine A. Mathieux. 

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Le capitaine Albert Mathieux a laissé un carnet de notes personnelles sur sa campagne. Du 1er août jusqu'au jour fatal, il note son quotidien, la perte de ses soldats, les étapes de son parcours... Nous lui consacrerons un chapitre particulier en hommage à son combat et à tous les lignards du 13ème de ligne, dont faisaient partie plusieurs de nos concitoyens.

 

Cette lettre fait partie des nombreux témoignages reçus par sa famille lors de son décès. Nous en reproduisons un extrait.

la suite de la page éditée"ses hommes et commande l'assaut à la baïonnette. la lutte fut terrible, ses hommes s'emparèrent de plusieurs mitrailleuses ennemies qui furent mises ensuite en action et un massacre épouvantable d'Allemands s'ensuivit... Les pertes belges furent sensibles, des 250 hommes commandés par le capitaine, il n'en revint que 140, plusieurs blessés furent noyés et le capitaine fut atteint à l'épaule droite par une grenande qui en explosant lui fit une énorme blessure au-dessus de la nuque et le tua net. Ses compagnons reprirent son corps dans la même nuit et après mille embarras le ramenèrent à Wulpen.

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 La photo du capitaine Mathieux

sources:

Photos de la ferme La Violette prêtées par Madame Loones, la petite fille des propriétaires de la ferme lors du premier conflit.

Extrait du dossier militaire de E. Petudzy, Notariat Evere.

et la relation du combat tiré de 

 Petite Histoire du 13ème de ligne « par un groupe d'officiers », 1935. pages 53 et 54.

Nous remercions le petit-fils du capitaine A. Mathieux qui nous a prêté tous les documents en sa possession.

Le capitaine Mathieux avait deux fils, devenus militaires tous les deux, dont un, alors jeune lieutenant au Génie de Jambes assura la garde technique  du pont de Lustin  avec des chasseurs ardennais lors de la mobilisation en 1939. Nous en avions parlé (sans connaître cette histoire) dans notre précédente recherche: Entre faits de vie et faits de guerre, Profondeville 1938-1945.

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