11/03/2014

Les sorties d'Anvers, trois villageois, des grenadiers, sont tombés

carte 01.jpgFin août, début septembre, les six divisions belges se sont repliées  sur Anvers. Barricadées dans "le réduit national", l'armée de campagne, soutenue par les troupes de forteresse, se prépare à résister à l'attaque allemande. Dans le but d'atténuer la pression allemande sur la Marne, les Français demandent aux Belges de peser sur les arrières de l'ennemi de sorte de soulager le front français. L'Etat-major belge répond favorablement et lance deux attaques qui menacent les lignes de communication ennemies. C'est ce que l'histoire retient sous le nom de "SORTIES d'ANVERS". Et de fait, afin de contrer les mouvements belges, l'envahisseur est obligé de masser plus de troupes devant la position fortifiée d'Anvers, détournant ainsi des renforts initialement prévus pour la France. Un harcèlement qui donnent donc les résultats escomptés mais au prix de très nombreuses pertes parmi les nôtres. Trois grenadiers y laisseront la vie, un quatrième sera prisonnier et un carabinier sera blessé. Des villageois de Lustin, Lesve et Arbre.

Une carte du "réduit national" archives du capitaine A. Mathieux. (Voir la page 7-15 )


Première sortie, Jules Dor est blessé et hospitalisé

Dor Jules eve.jpgLa première sortie est lancée le 25 août et bouscule les troupes allemandes. Les grenadiers et les carabiniers s’emparent d’Hofstade mais ne peuvent pousser leur avantage sur Elewijt. Les combats dans ce village sont meurtriers. Malgré l’appui du 6ème régiment d’artillerie, dont fait partie Lovigny Joseph de Bois-de-Villers, les Belges ne peuvent emporter la décision. Les mitrailleuses ennemies repoussent tous les assauts. Après deux jours de lutte, le repli est ordonné mais les Allemands sont obligés de concentrer des troupes afin de soutenir ce nouveau front, des troupes qui ne purent permettre une avance plus rapide vers la France. Un retard mis à profit par les troupes françaises et britanniques pour se regrouper. C’était le but avoué de cette attaque.

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Nous reparlerons encore de ce carabinier dans  un prochain chapitre  car il est mort dans un hôpital français en 1915, des suites d'une nouvelle blessure.

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Une première blessure  lors de la sortie d'août 1914. Il est évacué sur l'hôpital le 27 août et en sortira le 15 septembre.

 Le régiment des grenadiers lors de manœuvres

 

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La seconde sortie

J. Guéry, Romnée M et Romnée L. sont tués

La seconde sortie, fatale à trois de nos villageois, est déclenchée le 9 septembre et bien vite, profitant de l'effet de  surprise, les troupes belges avancent vers les objectifs donnés. Le canal entre Louvain et Malines. Bousculées par la soudaineté et l’efficacité de l’attaque, les troupes allemandes se replient.

 

Le 10, les Belges occupent les secteurs repris à l'ennemi et fortifient leurs nouvelles positions : le canal entre Louvain et Malines avec des avancées sur Werchter, Rotselaer et Molen.

La carte situant les positions des grenadiers lors de ce combat. Extraite de l'historique du régiment des grenadiers

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Le 11, les Allemands réagissent et, détournant des troupes initialement prévues pour le front de la Marne, se regroupent dans les environs de Louvain. 

Le 12, les Belges reprennent leur avance mais la réaction allemande est immédiate et stoppe net l'assaut belge. Les grenadiers ont pour mission de tenir la tête de pont afin de permettre les mouvements et de protéger les mouvements des autres unités belges montant en ligne. Leurs positions sont la cible d’un tir très précis de l’artillerie ennemie. La zone est littéralement écrasée sous un déluge de feu. Trois secteurs défendus par les grenadiers sont particulièrement visés. Ce sont les villages de Werchter, Molen et Rotselaer, les trois têtes de ponts défendant les passages vers le canal. Les pertes sont énormes mais les défenseurs tiennent. « A Molen, la lutte constitue un des plus tragiques épisode du début de la campagne » révèle l’historique de ce régiment. « La fusillade crépite, les obus tombent dru, les shrapnells éclatent dans le hameau autour des ponts (défendus par les grenadiers), le tir ennemi d’une précision rigoureuse environne les ponts d’une ceinture de feu, des maisons se mettent à flamber ajoutant encore à l’horreur de la situation ». Les éléments se déchaînent. Des hommes, « tourbillonnant sous la mitraille » tombent de tous les côtés, les autres tentent de se mettre à couvert dans les maisons en flammes mais précisent les officiers, le front tient malgré quelques faiblesses. Cependant la poussé allemande est trop forte. Un repli belge s’amorce.

 

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guerre 15-05-06 010 a.jpgPourtant les hommes étaient décidés à se battre jusqu’au bout. « Lorsque j’ai reçu pour la deuxième fois, l’ordre de repli, les troupes sous mon commandement étaient prêtes à se défendre à outrances » écrit le major d’Oultremont dans l’historique du régiment. On dénombre 26 tués, 130 hommes blessés et 107 disparus. « Les troupes du régiment ont bravement défendu et maintenu leurs positions malgré les rafales de shrapnels et d’obus brisants et les feux de mitrailleuses qui prenaient souvent les tranchées en enfilade. Le poste avancé de Molen a rempli son rôle de repli pour les troupes amies avec une grande énergie. La tête de pont a seulement été évacuée lorsque l’ordre de retraite a été donné » Rien qu’à Molen, on compte 2 officiers tués et 3 blessés, 12 tués parmi les hommes ainsi que 92 blessés et 53 disparus ! Etaient présents dans les deux régiments de grenadiers montés en ligne lors des sorties d’Anvers : Camus Désiré et Romnée Maximilien, de Lesve, Guéry Joseph de Arbre, le sergent major Binamé Camille et Louis Fernand de Bois-de-villers, Quinet Léopold et le caporal Romnée Léon de Lustin ainsi que Bousmanne Louis, sous-officier, de Profondeville considéré comme disparu mais en réalité capturé par les Allemands lors du repli..Quant à Quinet Léopold, malade après la première sortie sera, vu son état de santé, démobilisé et transféré en Grande Bretagne car il ne pouvait revenir dans son foyer.

La sépulture de Joseph Guéry dans le cimetière de Schoonselhof près d'Anvers. Il était le fils de Charles, carrier, et de Henuzet Adolphine. Il habitait Arbre.  Blessé grièvement aux environs d’Anvers, il décède "à l’hôpital Sainte Elisabeth, le 13 septembre à 14 heures 15", précise son dossier militaire.(Son frère fut déporté en Allemagne comme travailleur forcé).

 01 gu.jpg Joseph Guéry, Arbre"Je désirais beaucoup rester dans ma famille, où je goûtais en paix des jours pleins de bonheur, sans considération pour ma vie tranquille et ne comptant pour rien la plus vive douleur partagée par mon père et par ma mère, héroïque j'allai où m'appela la guerre.

Grand Dieu, je ne devais plus revoir mes parents, un bien noble devoir sacrifia ma vie et arrêta ma course en deçà de mes vingt ans.Rassurez-vous parents, j'ai servi ma patrie, y manquer m'eût causé des remords permanents. 

La dalle du souvenir  dans le caveau de la famille

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01 guer.jpg Guery Joseph, soldat grenadier.

Son dossier de sépulture: enterré au cimetière de Schoonselhof à Anvers, exhumé le 3 février 1928 et transféré à Arbre.

 

 

 

Deux frères et quelques mystères

a.jpgLa date exacte, le lieu même, de leur décès?

Qui est le grenadier Léon Romnée  par rapport à ce Léon Romnée mort à Lesve?

Maximilien Romnée, tué le même jour, est-il  son frère son neveu, son oncle, un cousin? 

Pourquoi la famille ignorait-elle encore  en 1919 le décès de Maximilien

Les différents documents présentés tenteront de répondre à toutes ces interrogations.

Où est enterré Maximilien?

Que de questions sans réponse définitive.

 

Léon Romnée 

  Au cimetière de Veltem où repose Léon Romnée  parmi ses frères d'armes.

Un doute subsiste quant à la date de son décès. Le 12 ou  le 13?

Une recherche sera diligentée par les autorités militaires sans pour cela définir la date exacte. Sur sa pierre tombale, il est inscrit le 12 septembre.

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Pour la famille ce serait le 13 septembre.

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Un dossier militaire contenant les deux dates. 

D'après les inscriptions portées à la matricule, le caporal Léon Romnée aurait été tué à Rotselaere,  le 12 septembre. La demande de confirmation des autorités militaires.

D'après d'autres documents de son dossier militaire, parfois le 12, parfois le 13 septembre.

 

Maximilien Romnée , de Lesve, en uniforme de grenadier.

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Pour Maximilien, il plane encore plus de doutes. Il serait mort le 12, mais sans précision de lieu "Aux environs de Malines, décédé au début de la campagne". Où est-il enterré? Son corps a-t-il été retrouvé?

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Il était célibataire et habitait à Lesve

 

 

 

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Né en 1889, il était donc de la classe 1909. Lors de la mobilisation, il a rejoint, le 1er août 1914, le régiment des grenadiers. 

 

Son dossier militaire est encore moins fourni que celui de son frère.

On ne connaît toujours pas le lieu d'inhumation, ni si le corps est revenu à Lesve.

De plus, un article nécrologique paru en 1919, n'éclaircit pas l'histoire des deux frères.

 

leon romnée (12).jpgOn annonce le décès de Léon Romnée décédé à Lesve le 19 décembre (1919), à l'âge de 21 ans.

Etrange, le soldat Léon Romnée est né en 1895.

Qui est ce Léon Romnée qui, comme le soldat Léon Romnée, mort au champ d'honneur,  a pour parents les mêmes Joseph Romnée et Marie Declaye? 

De plus, dans cet avis mortuaire, le nom de Maximilien Romnée est repris parmi la famille. Il est cité comme "soldat à l'armée belge".... en 1919, alors qu'il est mort en 1914!  

Les parents ne seraient-ils pas encore au courant de la mort de ce second fils? 

Sources

Dossiers militaires des soldats, Evere, notariat.

Journal Vers l'Avenir, 1919

L'historique du régiment des grenadiers.

Photos cartes postales

La carte de la position d'Anvers est tirée des archives familiales de A. Mathieux, capitaine en second au 13ème de ligne, mort le 9 mai 1915, lors de l'assaut de la ferme La Violette. Voir note 7-15.

Photos personnelles et pour le cimetière de Veltem, merci à  Jean Deconnink

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