24/03/2014

Les 5 et 6 août, J. Lonnoy et F. Steignier, deux villageois, sont tués à Liège

Dès le 3 août, les différents régiments prennent position dans les intervalles entre les forts. Les lignards aménagent immédiatement leur secteur, creusant des tranchées, dégageant les zones de tirs et dressant des barrages de barbelés devant leurs lignes. La mise en défense s'organise dans les différents secteurs, les régiments, à l'échelon des sections, des compagnies voire des bataillons  se côtoient, s'épaulent et se couvrent mutuellement selon les nécessités. Les premiers contacts avec l'ennemi ont lieu à Barchon, Boncelles, Herstal, Saive, des villages où se sont retrouvés les nôtres engagés dans les combats que l'histoire retient sous le nom de "combat de Rabosée". La première  bataille livrée à Liège.

Le 4 août, l'attaque se déclenche. Les Allemands lancent leurs régiments d'infanterie à l'assaut de la place. L'artillerie des forts et le feu d'infanterie repoussent dans un premier temps les vagues d'assaut, créant le doute dans les rangs ennemis. Le 12ème de ligne s'empare  du drapeau du 89ème régiment allemand de grenadiers.

Le 5 août, les offensives nocturnes allemandes se font de plus en plus pressantes, amenant  parfois des troupes jusqu'aux abords de certains forts. Les lignards, contre-attaquant, les en délogent au prix de lourdes pertes. A Herstal, le 12ème de ligne a subi de lourdes pertes, François Steignier de Bois-de-Villers est tombé, le 9ème ,quant à lui, est lourdement bousculé accusant des pertes sérieuses, J.  Lonnoy de Profondeville est parmi les victimes.

Le 6, la situation devient critique. La division épuisée par tant de combats reçoit l'ordre de de se replier sur le gros de l'armée.

 

Paroles de lignards

"L'ennemi nous lance des shrapnells, nous avons des morts et des blessés. Un cauchemar! Mais une de nos mitrailleuses vient à la rescousse. Des cris les plaintes devant nous. Le sol tremble sous l'invisible assaut des vagues sans cesse renouvelées".

"Des fifres aigrissent l'air, des clairons d'enfer cornent la mort. Et puis des voix, étranges, elles aussi::des  vorwaerts,qui mille fois répétés semblent sortir on ne sait de quelle poitrine surhumaine".

 

assaut, baïonnette, Liège, Barchon, Loncin,

Les troupes belges, bien qu'en infériorité numérique, ont repoussé plusieurs assauts allemands.

A titre d'exemple, un groupe de combat  composé des 1ère et 3ème compagnies  du 14ème de ligne avec en soutien la 2ème compagnie du 9ème régiment de ligne de forteresse  et un peloton du génie; au total 5 officiers et 500 hommes vont tenir tête toute la nuit aux 8.000 hommes de la 27ème brigade allemande appuyée par les 25ème et 53ème régiments d'infanterie, un escadron de Uhlans et un groupe d'artillerie. Un combat à 1 contre 16.

 

"Ils sont morts tellement vite qu'on se demande s'ils ont eu le temps de comprendre tout à fait pourquoi ils combattaient, pourquoi ils tombaient. Ont-ils eu le temps de comprendre que c'est la liberté du monde que leur sang achetait"

 

Les deux villageois tués

 

06.jpgJoseph Lonnoy de Profondeville

Fils de Auguste Lonnoy (originaire de Lustin) et de Lambotte Marie Catherine, Joseph est né à Profondeville, le 27 mai 1888. Il est renseigné comme ouvrier marbrier exerçant au village.

En 1908, devançant l'appel, il s’engage comme volontaire de carrière au 8ème de ligne mais passe rapidement au 9ème de ligne comme musicien. Célibataire, il proroge plusieurs fois son engagement -de deux en deux ans- dans ce régiment et quand éclate la guerre, il fait partie des défenseurs de la position fortifiée de Liège. Les musiciens se battent comme les autres soldats surtout lorsque toutes les réserves du régiment sont engagées, parfois ils sont désignés comme brancardiers. Lorsque son régiment est engagé, Joseph Lonnoy est dans le secteur de Barchon. Souvent en premières lignes, immédiatement au contact de l'ennemi, le 9ème de ligne compte de nombreuses victimes. « Le bataillon du 9ème de ligne, où il sert , exécute un feu à volonté dans le flanc de l’ennemi qui se retire en déroute. C’est avec rage que l’on bataille » écrit un défenseur. Lorsqu'on relève le nombre des victimes, Joseph Lonnoy est parmi eux.

 

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 07.jpgLes archives militaires contiennent un étonnant document. « Le témoin a-t-il la certitude que le soldat Lonnoy Joseph, du 9ème régiment de ligne, est décédé le 5 août 1914 au fort de Barchon des suites des blessures reçues à l’ennemi ? ». Il subsiste un doute sur le lieu et la date de sa mort. Il est certes mort sur le champ de bataille et mérite de la patrie mais est-ce à Saives ou à Barchon ? Le 5 août ou le 6 ?

Deux dates, deux endroits. Aurait-il été blessé à Barchon et décédé à Saives ? On le dit même disparu depuis les combats de Liège. De fait, il est enterré dans la fosse commune n° 2 à Rabosée et il faudra un certain temps avant que sa famille ne puisse récupérer son corps et ne le fasse revenir dans son village natal.

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Joseph Lonnoy est enterré momentanément dans la seconde fosse commune de Rabosée. Malgré les démarches de son papa, il ne sera transféré dans le cimetière communal de Profondeville que le 20 octobre 1924.

Extrait de son dossier d'exhumation. D'après son dossier, l'ouverture de la seconde fosse commune a pris du retard.

01.jpg La famille sera prévenue du début des exhumations.

Mais il n'est pas possible de fixer dès à présent la date à laquelle on procédera à l'ouverture de cette tombe commune...

 

 

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Ce n'est donc qu'en octobre 1923 que sont délivrés les actes d'exhumation de ces soldats et en octobre 1924, Joseph Lonnoy "reviendra" dans sa terre natale.

Acte de décès dans le registre d'Etat civil de Profondeville.

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Le cimetière de Rabosée, là où reposent momentanément les premières victimes de cette bataille.

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Tombes belges, Rabosée Wandre.

st02.jpgFrançois Steignier est né à Ligny le 23 janvier 1881. En 1901, il s’engage comme volontaire de carrière au 12ème régiment de ligne installé à Liège. En 1914, alors qu’éclate le conflit, il est marié, est papa d’une petite Adèle et son ménage est installé à Bois-de-Villers. Le 12ème de ligne a subi des pertes sévères car il a été souvent mis à contribution dès les premiers jours. Le 5 août 1914, il est tué à Herstal. Il est au nombre des 170 héros tombés pour la défense de leur secteur. Son nom est gravé sur le monument de La Rhées. Il laisse une veuve et une petite fille. 

 Le monument du cimetière de La Rhées à Herstal:

"Ici reposent 170 héros tombés pour la patrie en août 1914

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 Le nom de François Steignier inscrit sur le monument

Steignier Fr pour Adm. Herstal.jpg

                      L'extrait du dossier d'exhumation

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Marie Paquet, sa veuve tente de finaliser le dossier de son défunt mari. « Oserais-je M le Ministre vous demandez un petit renseignement, mon mari Steignier François soldat du 12ème Rgt de ligne est tombé sur le territoire de Herstal le 5 août 1914, je voudrais savoir si je recevrai bientôt son livret de combattant car il n’y a que moi dans ma localité qui ne l’ai pas encore reçu ». 

Outre la peine engendrée par le décès d'un soldat, la famille  est, en plus,  souvent plongée dans  une détresse financière.

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 Le dossier militaire de F. Steignier, extrait.

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L'acte de décès enregistré à Bois-de-Villers 

C'est la retraite. 

Les 6 et 7 août, un repli des troupes est ordonné mais c'est une retraite couverte par une arrière-garde qui livre combat. Des combats d'arrêt afin de permettre le regroupement des autres unités, pour les protéger dans leur retraite. . Le 1er chasseur à pied  porte un dernier coup aux assaillants mais est "littéralement décimé sur place. Menant plusieurs contre-attaques pour reprendre le terrain conquis par l’ennemi, le régiment compte, outre plusieurs officiers, plus d’une centaine de soldats tués en deux jours. « Après une lutte sanglante, le 1er chasseurs se retira de la lutte complètement décimé mais son sacrifice n’avait pas été inutile, l’ennemi, épuisé par ces durs combats et complément désorganisé battait lui-même en retraite ». Après la retraite de Liège, les deux régiments de chasseurs à pied , vu le nombre de leurs pertes,  furent réunis en un seul Plusieurs de nos concitoyens se replient sur Anvers et s'en sortent indemnes.. La camarde aura hélas le temps de les rattraper....  Il reste tant de mois à combattre.....

Sources

Arch. communales , registres d'Etat civil, décès.

Dossiers militaires Evere Notariat et Bruxelles Cdoc.

Dossiers exhumations au service des vétérans de guerre.

Cartes postales Wandre sur www.saive.be Merci à M. Ory.

Pour les événements des 5 et 6 août:

Baud et H. Van der Beken, la première bataille belge, Rabosée, les 5 et 6 août 1914. et www.saive.be

Historique des 1er et 4ème régiments de chasseurs à pied.

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