11/05/2017

George Depaire, 6 tentatives d'évasion avant de rejoindre son régiment sur l'Yser... mais

Georges Depaire

Né à Profondeville, le 10 octobre 1892. Le 13  octobre 1908, il n'est âgé que de 16 ans,  il signe au  7ème régiment de ligne à Anvers un engagement,  comme volontaire. Volontaire de carrière jusqu'en 1911! Lorsque son engagement se termine, il se réengage,  comme milicien cette fois, pour deux ans au 11ème régiment de ligne.

Caporal le 1er novembre 1908, il passe sergent le 1er juin 1911 puis sergent-fourrier le 6 juillet 1913. Le 29 octobre, il est démobilisé et mis en congé illimité. Il est de retour à Profondeville. Pas pour longtemps. Le 12 février 1914, il se réengage pour un terme de deux ans et passe au 12ème de ligne. C'est avec le grade de sergent-fourrier qu'il se retrouve à Liège le 1 août 1914 et prend part aux premiers combats. Il est capturé lors d’une patrouille effectuée dans les lignes ennemies


Devant le lieutenant Torrekens du 7ème régiment de ligne,  les lois militaires lui sont lues par le sergent Driesen.

Signé à Anvers le 13 octobre 1908 par le témoin, la recrue et l'officier.

George Depaire en 1908.

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L'identification et la description physique de la recrue

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Les étapes de son engagements

engagé volontaire en octobre 1908, il passe caporal dès novembre de la même année puis sergent en 1911.

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C'est la guerre.

Son régiment est déjà fortement engagé dans la défense de Visé. Lors de l'attaque de la position fortifiée de Liège,G. Depaire reçoit l'ordre de son lieutenant d'effectuer une patrouille afin de collecter des informations sur la pénétration ennemie. Il est capturé lors de cette mission.

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"Etant en patrouille aux environs de la Citadelle et aux abords de la ville de Liège (Herstal Vottem Sainte Marguerite), avoir été surpris la nuit, vers 1 heure du matin par un poste ennemi installé sur la route à la sortie  de la commune  de Ghlin.

A ce moment, je cherchais à regagner mon unité, accompagné de trois soldats dont un de l'artillerie de forteresse et dont les noms m'échappent. Les Allemands feront feu sur nous à différentes reprises voyant que nous n'obéissions pas à l'ordre qu'ils nous criaient: "HALTE". Deux de mes compagnons tombèrent mortellement blessés, le 3ème parvint à s'échapper et cerné également, je fus également blessé au genou gauche. c'est ainsi que je fus transporté par les Boches dans une ambulance civile voisine de la Place Saint-Lambert et de là en Allemagne".

 

Il rédige un rapport plus circonstancié en annexe de cette lettre. Une différence (5 ou 3?) quant au nombre d'hommes composant la patrouille.

 

Son récit extrait de son dossier militaire.

« La compagnie venait de Vottem et se dirigeait déployée vers Ans, à la chaussée Tongres Liège. Le lieutenant Beckers m’a envoyé en patrouille vers la Citadelle afin de reconnaître les forces de l’ennemi et leur direction. J’étais accompagné par 5 hommes nous nous sommes postés dans une maison sur le passage des Allemands. Ils montaient vers la Citadelle pour s’y installer et de là ils envoyaient des grands gardes dans toutes les directions. Comme nous étions entourés d’ennemis de tous côtés, nous avons attendu la nuit pour nous faufiler et rejoindre notre compagnie. Au préalable, j’avais établi 2 rapports et 2 croquis semblables que j’ai confiés chacun à un soldat avec mission de les remettre au commandant de la compagnie, le capitaine Jobé. La nuit survenue, je me dirige à travers champs vers Ans en évitant toutes les habitations qui pouvaient abriter un poste ennemi en prenant comme direction approximative le charbonnage des Français. Malheureusement les Allemands avaient déjà posté des sentinelles. Après maints détours et après, avoir essuyés- quelques coups de feu, nous sommes arrivés près du charbonnage que nous nous apprêtions à contourner par le terril lorsque nous tombons nez à nez avec une patrouille ennemie qui rentrait Surprise autant que nous, elle tire, nous ripostons mais au jugé, l’obscurité nous aide cependant à nous rabattre vers les maisons du chemin pavé où je pensais nous défendre et chercher la trouée pour regagner nos troupes. Mais les coups de feu ont donné l’alerte et un petit poste ennemi nous envoie aussi des pruneaux, l’éclair de leurs coups de feu nous guident, nous faisons un détour afin de les prendre de travers. Subitement, l’ennemi cesse son feu. Le nôtre a cessé depuis un moment afin de ne pas démasquer notre position. Nous rampons toujours avec précaution, et nous nous terrons en silence. Nous n’entendons plus rien et ce calme n’est pas sans nous donner quelque mauvais présage. Les Allemands n’ont pas relâché leur surveillance et au moment où nous passons la route, une quinzaine de boches surgissent du fossé opposé. Malgré leur nombre on se défend à coups de crosse et de baïonnettes, des coups de feu éclatent. Les boches hurlent, j’en étends deux mais je reçois un coup sur la tête qui m’étourdit. Je suis saisi et désarmé ainsi que deux de mes hommes, deux autres sont blessés, le cinquième a su se sauver…. Les boches furieux nous poussent à coups de crosses dans le dos dans une cave où nous resterons…"

La première page de son rapport de capture

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Extraits, plan et quelques lignes de son rapport

Le plan et les détails pour situer la rencontre avec les forces ennemies.

01 le plan a.jpg"approximativement à 1 kilomètre de la grande route Tongres-Liège, sur le chemin pavé allant vers Ans, près du charbonnage "des Français", dans la nuit du 6 au 7 août. la compagnie venait de Vottem et se dirigeait déployée vers Ans. A la Chaussé Tongres-Liège, le lieutenant Beckers..."

 

  

Quelques extraits de son rapport

La rencontre de l'ennemi

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Le combat

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Les articles des journaux de l'époque ne sont pas très fiables par manque d'informations des journalistes mais également par l'obligation de ne pas ébranler le moral des civils avec des compte-rendu trop négatifs. Les journalistes allant  même parfois jusqu'à l'exagération...." C'est en chantant sans relâche, en se riant véritablement du danger qu'ils s'élancent au devant de l'adversaire..." Nos soldats ont fait preuve de courage et d'héroïsme  devant l'ennemi mais l'article pousse le trait exagérément.

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"Une autre  compagnie surprise par l'ennemi".

Bien que le régiment soit différent (11ème au lieu du 12ème), on ne peut ignorer les quelques similitudes dans les deux faits d'armes.

 

 

Une injustice pour un soldat téméraire....

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Si la commission le reconnaît "dans les conditions requises" pour recevoir la Croix de guerre, et pour cause.... "s'est particulièrement distingué pendant sa longue et pénible captivité en résistant systématiquement et d'une façon continue aux oeuvres de démoralisation des Allemands", curieusement, elle lui refuse une autre décoration....car:

"Ne compte que 6 jours de campagne avant sa capture..."

décoration, médaille, évasion, tentative d'évasion, repris en force, camps de prisonniers, Allemagne, 1914-1918  Georges Depaire est donc capturé lors des premiers combats de Liège. "à peine quelques jours après le début des hostilités". C'est ce que l'administration va invoquer comme motif  pour lui refuser une décoration qu'il souhaitait recevoir pour son parcours comme prisonnier! Hélas pour lui.... Comme le dit le militaire chargé de son dossier... l'intéressé ne "compte que 6 jours de campagne face à l'ennemi"!

Quelle désillusion pour cet homme!

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Georges Depaire a gardé de terribles séquelles de sa captivité, il souhaite recevoir, comme marque de rexconnaissance, la médaille  de chevalier de l'Ordre de Léopold II. Refusé dans un premeir temps, le soldat réintroduit une demande. Il considère y avoir droit étant reconnu comlmle invalide à 100%. Comme il le fait remarquer, les termes employés dans son dossier ne traduisent pas la réalité.

Il n'a pas été rapatrié mais il s'est EVADE. Une nuance que ne semble pas saisir l'adlministration.

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 "Vous ne verrez que le mot rapatrié alors que je me suis évadé six fois des bagnes allemands à l'effet de rejoindre le front et ce n'est qu'à la sixième fois que je pus rejoindre l'armée en campagne. A ce moment, l'armistice est intervenue et mon rêve de reprendre les armes contre les Boches infâmes ne put se réaliser. Que vous dire de ma captivité et des péripéties de mes évasions, sinon que ce fut un calvaire incroyable. Des témoins peuvent d'ailleurs l'attester. je savais que je risquais ma vie, ma santé, la prison, les pires représailles sinon les balles. Qu'importe, j'avais chevillée au coeur la volonté du soldat belge qui aime son pays et son roi".

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Le calendrier de ses évasions et les témoins

1ère tentative

octobre 1915, du village de Jestebourg lez Hambourg

2ème tentative

mars 1916

du camp de Lichtenhorst, un camp de discipline pour ceux qui refusaient de travailler pour l'ennemi.

3ème tentative

décembre 1916

 du camp de Hammel (Hanovre)

 4ème tentative

 mai 1917

du camp de Hammerstadt, Souabe-Wutenberg

5ème tentative

décembre 1917

du camp de Parwinkel(??).. (Brème)

6ème de dernière tentative, réussie cette fois

par la frontière hollandaise par la province de l'Over-Yssel.

 

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Le total des jours de prison fait pour tentatives d'évasion s'élève à 2 ans environ....

Plusieurs compagnons d'infortune témoigneront de son comportement, de son refus de travailler et de sa résistance "aux œuvres de démoralisation de l'ennemi"

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 "En toute circonstance, refus de travail pour l'ennemi.

 

décoration, médaille, évasion, tentative d'évasion, repris en force, camps de prisonniers, Allemagne, 1914-1918à Soltau, les Allemands m'ayant désigné pour commander à titre définitif un groupe de 375 prisonniers belges, avoir refusé de les conduire au travail et avoir propagé parmi mes compatriotes le refus de travailler pour l'ennemi, résultat prison préventive au conseil de guerre avec nourriture un jour sur trois", de plus, il se rend coupable "d'avoir favorisé de nombreuses évasions et avoir fait disparaître deux vélos appartenant à des soldats allemands".

 

 Des soldats témoignent.

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 " mais par malheur, il ne réussit pas assez tôt pour prendre part à la victoire finale". En effet, et hélas pour lui,  Georges Depaires a dû se refaire une santé avant de rejoindre les armées.

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 "étant prisonnier et malgré mes nombreuses tentatives de passer la frontière pour rejoindre le front, je fus presque toujours détenu dans les prisons allemandes d'où je parvins cependant à m'&échapper mais hélas un peu tard, quelques mois avant l'armistice. A ce moment, le surmenage et les privations avaient ébranlé une santé au point qu'il  m'était impossible de fournir un travail quelconque. Ce n'est qu'en février 1919 que j'ai pu reprendre du service à l'armée en campagne".

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 Son ancien camarade de captivité raconte

"Depaire a toujours été un aide précieux pour ceux décidés à s'évader, a toujours fourni des objets et des renseignements nécessaires pour mener l'entreprise à bonne fin et s'est dévoué constamment aux moments critiques"

 Georges Depaire affirme avoir connu la punition du poteau pour avoir montré de la mauvaise volonté....

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décoration, médailles, camp de prisonniers, évasion, évadé, poteau, punition du poteau, soldats belges, prisonniers belges, 14-18  «J’ai l’honneur de porter à votre connaissance que le nommé Georges Depaire, maréchal des logis fourrier au 10A  ( ?) a tenté de s’évader du camp de Hichtenkort en mars 1916 pendant notre séjour au camp d’exercice. J’attire votre attention sur sa longue présence au camp des non travailleurs. Etant retourné à Soltau dans le but de s’évader avec le convoi de civils qui devaient rentrer en Belgique . Mais cette  tentative n’ayant pu avoir lieu a refusé catégoriquement de conduire au travail les hommes de sa baraque, pour ce refus  a été envoyé au camp d’exercice. En décembre 1916 a tenté de s’évader avec moi du camp de Kassel. Après notre sortie de prison, a demandé pour changer de camp et a encore effectuer une ou deux évasions ».

 

Au 10A ? ,Après la guerre, Georges Depaire a servi dans un régiment d’artillerie à Brasschaat. Le témoin ferait-il allusion à cette fonction lors de son  témoignage ?

 Un autre dépose également en faveur de G. Depaire

 

"En réponse à votre lettre du 9 courant, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance que j’ai connu le maréchal des logis fourrier Depaire Georges comme prisonnier de guerre au camp de Kassel et de Parninwinkel (?)…

Ce sous-officier sérieux, discipliné, très appliqué à ses devoirs et un patriote des plus convaincu. Depaire a accompli pluisieurs évasions avec pour localités de départ Hambourg, Stuggart, Lichtenhorst, Kassel et Parninwinkel(?)….

Elles ont toute été accomplies dans des circonstances particulièrement désavantageuses mais avec  une énergie et un esprit de décision qui faisaient l’admiration de ses camarades. Ces entreprises furent toujours organisées avec méthode et dans le but d’aller reprendre sa place auprès de ses camarades du front. Depaire aurait dû réussir car il, était particulièrement méritant.. Ces évasions successives et les peines disciplinaires qu’il a encourues après chaque échec ont altéré sa santé. L’évasion de Kassel fut entreprise pendant l’hiver rigoureux de 1916-1917 exactement le 27 décembre 1916. L’itinéraire pour atteindre la frontière comportait plus de 250 kilomètres. Les étapes se faisaient la nuit. Il s’abritait le jour en plein champ ou dans les bois par une température allant jusqu’à moins 25° sous zéro. Je n’hésite pas à signaler tout particulièrement Depaire à votre attention car il est l’un des sous-officiers le plus méritant que j’aie connu durant mon séjour…"..

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 et ils sont nombreux les témoins cités...

décoration, médailles, camp de prisonniers, évasion, évadé, poteau, punition du poteau, soldats belges, prisonniers belges, 14-18Le noms des différents chefs belges des camps où j'ai été interné. Ils sont nombreux à donner leur soutien à G. Depaire

 

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"et que faut-il pour obtenir la Croix du Feu"?

 

Georges Depaire ne sera pas le seul à être spolié lors de l'attribution de médailles ou de pensions pour invalidité. Un de ses concitoyens de Profondeville, Louis Lefort, évadé tout comme Georges Depaire, se plaindra également du traitement de son dossier.

Sources.

Dossier militaire de George Depaire, notariat Evere.

Journal L'Ami de l'Ordre en date du 8 et 9 août 1914

 La photo de la punition du poteau voir internet

17:47 | Lien permanent

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