11/07/2014

La position fortifiée de Namur face à l'artillerie lourde ennemie

Un combat inégal mais combien courageux de nos troupes. Mettant à profit les leçons tirées des combats de Liège, les Allemands modifient leur tactique et optent pour un bombardement d'artillerie préparatoire à toute intervention de leur infanterie. Un pilonnage systématique visant à détruire toutes les positions belges par des canons d'un calibre jusqu'alors inconnu sur un champ de bataille est entrepris. Les terribles 420 et 305 dont les projectiles pèsent près de 900 kilos. Que faire face à une telle force ? La Ivème division d'armée de campagne et les troupes de forteresse opposeront une vive résistance. Malgré des moyens limités. L'artillerie belge use encore de canons à tir accéléré, qui sont déclassés depuis quelques années. Les plus nouveaux, ceux à tir rapide ainsi que ceux des forts, ne peuvent rien face aux 305 et 420mm ennemis qui sont installés hors de portée, Impossible de les contrebattre. La poudre à canon belge étant de mauvaise qualité, chaque départ de feu laisse une trace de fumée, ce qui permet aux artilleurs allemands de repérer nos batteries dans les plus brefs délais. Mais malgré la disproportion des moyens.... Namur tiendra du 18 août, premier jour de l'investissement jusqu'au 23 août commencement de la retraite mais restera néanmoins menaçante pour les troupes allemandes jusqu'au 25 août avec la reddition du dernier fort.

La mise en défense de la position.

À peine les régiments sont-ils constitués qu'ils quittent la ville de Namur pour gagner leurs positions sur la ligne de défense. Si les forts sont déjà en état de réagir, il n'en est pas de même pour les intervalles qui sont à peine mis en défense. Un travail énorme reste à faire. Avec l'aide de la population réquisitionnée dans les environs immédiats, de nombreux travaux sont entrepris. Des zones de tirs sont dégagées entre les différents forts, des obstacles sont créés sur les axes routiers, des maisons sont dynamitées car elles représentent un obstacle pour l'artillerie, de nombreux déboisements ont lieu devant les lignes de défense.

a01.jpg

« Tous les hommes de la localité sont réquisitionnés afin d'aider le commandement militaire et notamment pour les travaux d'approche et, en particulier raser toute végétation qui puisse gêner le champ de tir. On défriche tout, bois et vergers ». Il en est de même pour les autres forts. Le génie détruira également des maisons et même le château de Marche-les-Dames qui empêchent une grande lisibilité du champ de bataille.

0 destruct.jpg

 0 destructi.jpg

0 destruction.jpg

0 carte 1 la defenseabcdddd.jpgA l'heure de nos derniers dépouillements, nous avons retrouvé plusieurs de nos concitoyens, dans les secteurs 

Rouge secteur IV

a) chez les lignards du 8ème et 10ème régiments de ligne et dans la garnison du fort de Cognelée

Bleu, secteur I

a) chez les lignards du 13eme de ligne et du 13ème de forteresse, le 1er chasseurs à pied et les garnisons des fort d'Andoy et de Dave. 

 

Vert secteur II (une partie du)

a) chez les lignards du 13ème régiment de ligneezt au 13ème de forteresse ainsi que dans la garnison du fort de Saint Héribert.

En ce qui concerne les Lanciers, les Géniaques et les artilleurs , nous les rencontrerons dans de prochaines pages. Vu leur mobilité, on ne peut les fixer dans un ou l'autre secteur. Par contre deux de nos concitoyens, brancardiers de leur état, seront présents pour transporter les blessés depuis Champion jusque Namur.

0 pont de wépion.jpg

Chaque arme a sa spécificité.

Les soldats du 4ème bataillon du génie outre que d'apporter leur soutien pour la création d'obstacles dans le périmètre de défense, minent les ponts sur la Meuse « on les voient à la lueur de leurs falots qui dansent dans la nuit noire, s'agitent auprès des piles des ponts, entassant des kilos d'explosifs »(1) et construisent des ponts de circonstances qui serviront lorsque les ouvrages civils auront sauté.

Trois ponts seront construits sue la Meuse, l'un entre Beez et Lives sur Meuse, un second entre le faubourg Saint-Nicolas et Jambes et le troisième entre Amée et Wépion. Ce dernier est protégé par les forts de Dave et de Saint-Héribert que l'on devine sur la carte. Il servira au passage des troupes du secteur I.

0 position devant andoy.jpg

 Les lignards des régiments de ligne (8ème,et 28ème, 10ème et 30ème et 13ème et 33ème) ainsi que ceux du 1er chasseurs à pied creusent de nombreuses tranchées qu'ils appuient sur des redoutes, aménagent des points d'appuis, tendent des réseaux de fils barbelés et disposent des champs de mines aux endroits les plus vulnérables.

Les fantassins des régiments de forteresse (1er chasseurs à pied, 8ème, 10ème et 13ème) s'intègrent dans la défense rapprochée des forts

 

Le 1er chasseurs à pied de forteresse aménage ses positions entre Andoy et La Meuse.

0 pour travail en tranchée.jpg

 

0 poste d'artillerie.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 Sur la route de Marche, à Andoy Wierde, près de la ferme de la Perche, placement d'une batterie de 7,5 tir accéléré. On devine les lignes de tranchées les barbelés et les mines.

Le régiment des Lanciers pour sa part, patrouille devant l’estrade de la position, poussant des reconnaissances bien loin de ses lignes , surveillent les mouvements ennemis. Leurs informations permettront à l’état-major d'adapter sa tactique en prenant les dispositions adéquates. Ils seront aidés dans leurs missions par les différentes compagnies cyclistes des différents régiments. Quant à l'artillerie, qu'elle soit de campagne ou de forteresse montée, elle se placent en appui des fantassins prête à appuyer une attaque ou contrebattre une batterie ennemie trop proches de nos lignes. Grâce à leur mobilité ces batteries peuvent se déplacer dans tout le périmètre pour porter un soutien à un secteur qui en aurait besoin. 

0 l'attaque.jpg

L'attaque

Les colonnes ennemies abordent la position de Namur par les deux rives de la Meuse. Andoy, Maizeret sur la rive droite, Marchovelette et Cognelée sur la rive gauche font face au front ennemi.

Le 19 août, les troupes allemandes sont en position. La pression sur les postes avancés belges se précise, Quelques escarmouches ont lieu entre les avant-postes et les les reconnaissances ennemies. Nos soldats attendent l'assaut.

Le 20, Les grands gardes se replient à l'intérieur des lignes et les forts concernés par l'approche ennemie ouvrent le feu. La réplique ne se fait pas attendre, l'ennemi bombarde le secteur et durant toute la nuit, les obus pleuvront sur les positions de défense. Avec d'une précision effroyable, une pluie de projectile s’abat sur les intervalles, les tranchées et autres défenses accessoires. L'ennemi prépare le terrain avant d'envoyer son infanterie. Cependant, comme le relief du secteur IV (Maizeret, Andoy, Dave) n'est pas favorable à l'assaut, les Allemands accentuent leurs efforts entre Cognelée et Marchovelette et, après ce premier pilonnage, l' état-major allemand y lance une attaque d'infanterie , un assaut vite repoussé par les canons des forts.

o blessé march o.jpg

0 tombes.jpg

 Dès les premiers combats, les brancardiers et les infirmiers sont sur la brèche. Les blessés affluent dans les ambulances de campagne puis sont transférés dans les hôpitaux, les morts quant à eux seront enterrés provisoirement par la population.

 Les brûles du fort de Marchovelette

sont soignés

à  l'ambulance installée chez les Jésuites à Namur et

une tombe d'un soldat tombé au combat.

 

 

 Le 21, les défenses belges étant encore trop efficaces, les bombardements reprennent. Un déluge de feu et de fer. Les tranchées sont retournées, les abris sont détruits, les ouvrages fortifiés commencent à souffrir. Marchovelette et Cognelée encaissent de nombreux coups au but. Les grosses bertha écrasent les massifs bétonnes, pulvérisent les coupoles, éventrent les ouvrages défensifs. Les fantassins se terrent dans leurs tranchées, ceux des forts ne se sentent plus en sécurité vu la puissance de feu des gros calibres ennemis. Bien que l'assaut ne se donnera pas sur cette rive de la Meuse, Maizeret et Andoy n'échappent pas au déluge. Les coupoles sont atteintes, le bétonnage se lézarde. 

0 bomb 01.jpg

0 bomb 02.jpg

0 bomb 03.jpg

 Le calibre et le nombre d'impacts comptabilisés sur les forts concernés par l'attaque. 

4500 obus sur Maizeret, 3300 sur Andoy, 2000 sur Cognelée et 6850 sur Marchovelette. De calibre allant jusqu'au 420 mm.

Les tirs d'écrasement redoublent d'intensité tout au long de la journée, une journée sans répit pour les hommes qui se terrent dans leurs abris mis à mal par les obus. Mais ces hommes tiennent leurs positions, des réserves sont engagées afin de les soutenir. La nuit, la canonnade diminue d'intensité. Faible lueur d'espoir pour les défenseurs.

Le 22, le lendemain matin, il reprend avec vigueur puis s'éteint subitement. L'état-major allemand, croyant les défenses annihilées, tente un deuxième assaut. Mais malgré la violence de la préparation d'artillerie, les défenseurs se sont accrochés au terrain et se lèvent pour repousser l'ennemi. Boninnes, Marche-les Dames, Wartet, Cognelée, Marchovelette sont le théâtre d’affrontements meurtriers. Attaques, contre attaques se succèdent coûtant tant de vies.  Les tranchées sont abandonnées, puis reprises, pour être reperdues, à quel prix! « Les fantassins allemands se ruent à l'assaut mais ils furent refoulés » disent les rapports. Un régiment d'infanterie français vient appuyer les forces belges pour se lancer dans une ultime contre attaque contre l’artillerie allemande qu'il faut faire taire. . Devant la supériorité numérique ennemie et malgré leur ardeur, les lignards doivent se replier sous les tirs des mitrailleuses : « nous sommes hachés sur place » témoigne le colonel Grumbach commandant le régiment français. La lutte meurtrière se poursuit toute la journée , sous d'effroyables mitraillages.  L'intervalle Cognelée Maizeret flanche. Les casques à pointe enfoncent un coin dans la défense. Nos troupes reculent, et reforment une seconde ligne entre Bouge, Vedrin, Champion. En vain. L'ennemi qui s'engouffre dans la brèche, menace de prendre à revers les troupes qui défendent encore Maizeret, Andoy, Loyers. Traversant la Meuse, les Allemands investissent Bossimé, Wierde, Loyers, Erpent.

Le 23, la plupart des forts sont réduits au silence, leurs garnisons ont souffert. c'est le repli qui se généralise. La décision est prise, il faut abandonner la position afin de ne pas sacrifier la Ivème division de campagne. Traversant la Sambre ou la Meuse, toutes les troupes convergent vers le sud de la position. Deux forts protègent la retraite. Dave et Saint-Héribert.. Plus pour longtemps. Direction Bois-de-Villers, Lesves, Arbre puis ce sera la France tout en combattant encore contre un ennemi qui tente un encerclement. La « moitié » de la Ivème division a pu se retirer vers la France et rejoindre le gros de l'armée pour continuer le combat à Anvers puis sur l'Yser. 

 

Une polémique

 Liège a grandi la Belgique, Namur l'a diminuée »

 

Telle était la rumeur véhiculée dans certains milieux tant militaire que civil. La polémique enfla quelques temps puis disparut au fil des différentes publications qui mettaient à mal cette fausse idée et des témoignages nombreux qui reconnaissaient à nos soldats une attitude digne d'éloges.

 

Le feu aux poudres

 

« Le mystère de Namur »

Une lettre publiée dans le Times et reprise par le journal anversois « La Flandre libérale » du 11 septembre 1914, est particulièrement sévère et suscite un vif ressentiment chez les Belges. Sous le titre accrocheur « Le mystère de Namur », un correspondant analyse les causes de la chute de la position fortifiée de Namur. A charge uniquement. Pour tous les soldats de la IVème division et les troupes de forteresse, c'est un camouflet violent.

« On avait la confiance que son siège occuperait les Allemands pendant des semaines. Au contraire, Namur tomba en fait à la première attaque » et d'écrire « que les soldats privés de leurs chefs (tués lors des combats) se démoralisèrent. D'un saut, ils se levèrent et fuirent, un sauve-qui-peut général ». N'est-ce pas un peu prématuré de lancer de tel jugement ?

 

Une première réplique

 

Rapidement des voix s'élèvent pour rendre hommage aux défenseurs belges. Le journal anversois La Métropole, 19 septembre 1914, réagit et conteste.

 

Extrait de l'article

«  De Namur, personne ne dit mot... et de ce silence beaucoup (de soldats) souffrent.{.. } parce que le mutisme prolongé peut être mal interprété {....} Ils souffrent parce qu'ils savent qu'ils ont, comme ceux de Liège, rempli leur devoir et parce que la conduite qu'ils ont tenue, les actes de bravoure qu'ils ont , eux aussi, faits plus d'une fois, les pertes qu'ils ont subies au cours de la retraite autrement périlleuse (que celle de Liège), tout en un mot, reste plongé dans l'obscurité. Ce ne sont pas les louanges, des couronnes, que désirent ceux de la PFN, c'est simplement : justice et vérité ».

 

Des articles élogieux paraissent dans divers journaux afin de sensibiliser les populations et de rendre justice aux défenseurs de Namur.

Vers l'Avenir et La Nation belge donnent le ton.

Quelques titres

 

journaux namurois, 1914

 

 

journaux namurois, 1914, Cognelée, les forts de Namur

 

t03.jpg

t04.jpg

 

français, 148ème régiment d'infanterie

 

t08.jpg

t07.jpg

 

t09.jpg

 

 

Épilogue

 

Bien vite la controverse cessa. Les historiens sur base d'éléments concrets dressent un bilan de la défense de Namur. Un bilan positif qui sera concrétisé dans plusieurs publications de références. Le Roi apporte son soutien et sa reconnaissance à la Ivème division et le journal Le Soir, du 10 novembre 1926, annonçait que le ministre français de la guerre, M. Painlevé, citait à l'ordre de l'armée, la ville de Namur ; « Place forte attaquée le 21 août 1914, violemment bombardée par un ennemi très supérieur en nombre et dont la garnison ne se retira qu'après avoir rempli pendant quatre jours sa mission d'arrêt... ». (attaquée dès le 19 août en réalité)

 

La position fortifiée de Namur avait donc bien rempli son rôle de place d'arrêt en obligeant l'ennemi a retenir une partie de ses forces vives devant les lignes de défense, l'empêchant de forcer plus rapidement le verrou de la Sambre. Les troupes allemandes fixées devant Namur auraient été plus utiles sur le front en France. Comme Liège et Anvers, Namur a ralenti considérablement la marche d'un envahisseur qui pensait traverser le pays en quelques jours.

La prise de Namur,

une comparaison avec la prise de Liège,

récits circonstanciés des faits,

l'héroïsme de nos soldats. 

 

Le cimetière militaire de Marchovelette

 

Marchovelette, cimetière militaire

 cimetière militaire, 14-18, soldat  inconnu cimetière militaire, tombe de soldat, infanterie belge, position fortifiée de Namur, cimetière militaire

 

 

 

 

 

 

 

 

cimetière militaire, nécropole militaire, soldat inconnu boninne, cimetière militaire, nécropole, soldat inconnu jager te voet, chasseur à pied, cimetière militaire

 

 

 

 

 

 

 

 

Champion, Cimetière militaire, 14-18cimetière militaire, régiment de ligne, défense de Namur

Nombreux sont les soldats dont le corps ne put être identifié. Le cimetière militaire de Marchovelette  sera leur sépulture,"Soldat inconnu, parfois militaire inconnu",

"Bien alignés, éternellement prêts

pour la Grande Revue".(J. Giono)

Combien de familles devront faire leur deuil sans savoir ce qu'est devenu leur soldatA chaque régiment est associé un combat, le 10ème régiment de ligne à Boninne, Marche-les Dames, le 8ème à Cognelée, Bouge ou Champion, le 1er chasseurs à pied à Wierde ou Andoy...

 soldats français,morts en Belgiquecimetière français, nécropole nationale, 148ème et 45ème RI

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans le cimetière, deux ossuaires contiennent les corps d'une cinquantaine de soldats français morts lors de la contre attaque contre la ferme et le château de Beauloye et contre la position d'artillerie ennemie positionnée à Wartet. Des soldats du 45ème et 148ème régiments d'infanterie français

 

Dans les pages qui vont suivre, on retrouvera les régiments

dont il est fait mention dans ce chapitre.

Sources

Namur, face aux "GROSSES BERTHA", le siège de la position fortifiée en août 1914,

Edition Les Amis de la Ciadelle, page 78

Namur la bataille, Lieutenant colonel Bujac Paris 1927

Défense de la position fortifiée de Namur en août 1914, Bruxelles 1930

La vérité sur la défense de Namur C. Merzbach et  J. Herbiet , Bruxelles 1927

Chanoine J. Schmitz et Dom N. Nieuland, le siège de Namur dans documents pour servir l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et Luxembourg , Paris 1923.

JMO du 148ème RI français, le rapport du commandant Grumbach

Les photos, collection M. Devigne

Archives de famille de M. E. Binamé et de A. Mathieux

Archives de l'Evêché Namur

Archives militaires, Cedoc, dossier IVème division d'armée de campagne.

 

16:48 | Lien permanent

Les commentaires sont fermés.