20/11/2016

Au fort de Cognelée, Camille Marion gravement brûlé lors du bombardement

Le fort de Cognelée n'ayant pas servi en 1940, on peut encore se rendre compte

des dégâts occasionnés par les obus de 305mm et 210mm.

régiment de forteresse, garnison, artilleur

Le fort de Cognelée subit de plein fouet l'offensive allemande lancée pour percer les lignes de défenses de la PFN. Bien que les obus de 305mm écrasent le massif, la garnison tient bon et se défend avec ses moyens. Un bombardement incessant, intensif,  2000 coups sont recensés. L'assaut final se dessine. Les coupoles cèdent une à une, une brèche entame le massif central. Le feu se déclare à l'intérieur, des munitions explosent tuant et blessant des soldats....

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Un extrait du journal La Nation belge du 22 août 1919. La défense héroïque de Namur du 19 au 24  août 1914. 

"Le bétonnage fissuré de toutes parts laissant passer des flammes qui brûlèrent de nombreux soldats..."

 

  

août 1914, les fort, la ceinture de Namur

Un article du journal Vers l'Avenir du 19 juillet 1919

"L'agonie des forts de Marchovelette et de Cognelée"

Deux de nos concitoyens ont vécu ce calvaire, l'abbé Raymond Istasse comme aumônier et  Camille Marion, comme artilleur, gravement blessé.

 

Un bref aperçu de l'histoire de ce fort.

Alors que les derniers rappelés gagnent la forteresse, des lignards aidés par des soldats du génie sécurisent les abords du fort aidés en cela par de nombreux villageois réquisitionnés. On creuse des tranchées entre les forts. Une dizaine de maisons doivent être détruites afin de dégager les lignes de tir. Ce n'est pas sans contestation de la part de certains  propriétaires...

Ainsi le général Collot n'admet-il pas que son habitation soit vouée à la destruction....

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"si vous brûlez ma maison, je vous brûle la cervelle", gronde-t-il en menaçant  l'officier de son revolver.

Après délibération, la maison sera quand même dynamitée..

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Les journaux semblent trahir quelque peu la vérité.

 

Les arbres qui bordent les routes sont abattus ainsi que les arbres fruitiers, nombreux dans le coin.

Jeudi 20, l'ennemi est signalé approchant de la position, les hommes du 10ème régiments de ligne prennent position dans leurs tranchées. Les premiers échanges de feu entre les Allemands et nos défenseurs ont lieu à Franc-Waret. Quelques blessés reviennent se faire soigner au village. Le soir, le fort tire sur les concentrations ennemies qui se seraient retranchées dans le bois du Tronquoy.

 

église, dommages de guerre, batterie mobile

Le vendredi 21, alors que l'attaque se précise sur le secteur Cognelée-Meuse, la pression se fait de plus en plus forte sur les intervalles. Le village est bombardé, 23 obus pleuvent autour de l'église, là où une batterie mobile avait pris position. L'édifice est endommagé.

Samedi 22, Les premiers obus atteignent le fort de Cognelée. Toute l'après-midi, les obus écrasent le fort, heureusement sans trop de dommages.  Une coupole est néanmoins mise hors service pendant quelques heures.  Les hommes la dégagent. Les impacts se succèdent mais le moral de la garnison reste excellent. « à la louange des soldats, le calme régnait » raconte un témoin. Plusieurs servants sont brûlés par le dégagement des gaz. Le fort répond encore avec certaines pièces.

Dimanche 23. C'est la fin.  .

doc samedi 22 projectiles.jpgLa nuit du samedi au dimanche a apporté un peu de répit aux défenseurs mais, dès 3h.30,  le pilonnage du fort reprend, intense, d'une violence extrême. Une pluie continuelle d'obus s'écrase sur les masses bétonnées et vers 11h.15, un obus crée une brèche dans le massif central. Seize hommes sont tués, d'autres sont blessés, plus ou moins grièvement. Parmi eux, Camille Marion de Arbre

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"qui occasionne la mort de 16 soldats et qui en blesse d'autres plus ou moins grièvement". 

 C'est le désarroi dans le fort.

 

 

"Les soldats non blessés,qui  essayent comme ils peuvent de porter secours à leurs camarades, trébuchent en pleine obscurité sur des cadavres ou des blessés".

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Le fort a encaissé un coup mortel. et est réduit au silence. Que peut-il encore opposer comme défense à l'ennemi? . "Rendre le fort ou le faire sauter". Pour épargner la vie de ses soldats, le commandant fait hisser le drapeau blanc. Le fort se rend. Immédiatement des soldats allemands s'approchent, les défenseurs sortent et déposent les armes.

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 Regroupés dans le fossé, les prisonniers, encadrés par des sentinelles rentrent dans le fort pour y prendre leur équipement. Ils sont fouillés afin de vérifier s'ils sont bien désarmés. Une fois, les rangs par quatre reformés, la colonne prend la direction d'Eghezée où les captifs passeront la nuit. Le lendemain, ils reprendront la route vers Huy et seront embarqués dans des trains, direction l'Allemagne.

 Les blessés et les morts? 

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 La liste des soldats tués lors de l'attaque est dressée par le desservant de la paroisse de Daussoulx. parmi les noms, quatre victimes qui reposent au cimetière militaire de Marchovelette.

 

Chaignaux"Les 16 tués sont retirés des décombres du fort et portés à côté du fort". Et c'est ainsi que le père Strackes, desservant la paroisse de Daussoulx, bénit une tombe "creusée sur la route de Daussoulx à Cognelée, à 200m du fort où étaient placés, ensevelis dans leur capote ou dans une couverture, les soldats belges tués lors de l'accident causé par l'obus"...  "Quelques jours après le 23, quatre soldats du fort étaient retrouvés dans les terains avoisinants le fort. Ils furent déposés au cimetière de Daussoulx, placés dans des cercueils et enterrés l'un à côté de l'autre". Vingt tués et combien de blessés!

La sépulture du Joeseph Chaignaux, artilleur de forteresse.

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La liste des 16 victimes  retrouvées après la reddition du fort de Cognelée.

cognelée, fort de cognelée

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Deux aspects de la fortification de Cognelée

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Après les combats, la population s'est rendue sur les lieux des combats. Dans les tranchées, il restait de malheureuses victimes.... 

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Ce qui nous amènera à relater ce qui s'est passé dans ces tranchées occupées par des compagnies des 10ème et 8ème de ligne de forteresse. Plusieurs de nos  concitoyens y étaient et y ont connu des sorts divers.  

Nos concitoyens dans le fort

canonnier, artillerie, ceinture de Namur, PFN

Marion Camille de Arbre, canonnier, Extrait de son  dossier militaire:

"est resté à son poste malgré ses blessures, brûlé grièvement à la main, à l’œil et à la jambe par l'explosion. Est évacué, le 23, vers l'ambulance située dans le couvent de Champion, puis au collège Notre-Dame de la Paix jusqu'au 10 octobre 1914".

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Il confirme les informations contenues dans son dossier militaire. Son handicap à l’œil augmente après son retour de captivité. Le médecin Lefebvre de Wépion pose un diagnostic confirmant l'aggravation.

 

 

 

  

ambulance de Champion, lazaret, blessé en 1914

 

 

 

 

 

 

Les blessés des forts de Marchovelette et de Cognelée sont soignés dans l'ambulance installée dans le couvent des soeurs à Champion. Ils seront transférés vers le collège Notre-Dame de la Paix lorsque les troupes allemandes se rapprocheront de Namur.

 

 

Deux artilleurs  brûlés et  soignés aux mains et à la tête, La photo aurait été  prise dans l'ambulance de campagne de Champion.

Les Allemands embarqueront les blessés  vers les lazarets en Allemagne.

C'est le cas de Camille Marion emmené dans le  convoi du 9  octobre.

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croix rouge,  lazaret, ambulance de campagne

La fiche du prisonnier Camille Marion dans les archives  de la Croix-Rouge Internationale à Genève.

Transféré de l'ambulance de Champion vers celle de Namur, Camille Marion y reçoit encore des soins jusqu'au 9 octobre 1914. Puis il est emmené dans le lazaret de Münster, puis envoyé dans le camp de Minden, le camp où il restera captif jusqu'au 6 décembre 1918.

"Disparu le 9 octobre" 

Comme la plupart des familles, Emila Marion est sans nouvelles de son époux, et lance des recherches avec l'aide de Monsieur Van Rijckevorsel,  vice-consul des Pays-Bas à Dinant. La Croix-Rouge répondra à sa requête et le 27 février 1915, date à laquelle  la famille apprendra le lieu d'internement de Camille Marion,

Camille Marion et Emilia Clobert, jeunes mariés.

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prisonnier belge en 1914, camps allemands en 1914

 

Un extrait les liste dressées le 28 septembre 1915 à Munster.

 Raymond Istasse, de Bois-de-Villersaumônier.

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L'abbé Raymond Istasse, originaire de Bois-de-Villers, est ordonné prêtre le 10 août 1912. Lorsque la guerre éclate, il est désigné comme aumônier au fort de Cognelée.

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L'aumônier Istasse. " .... Après quelques jours passés au campement de Flawinne, ses chefs l'appelèrent à une mission bien délicate, bien difficile. Ils l'attachèrent en qualité d'aumônier à l'un des forts qui défendaient la position fortifiée de Namur. Il accepta cette fonction humblement, simplement, fort de sa bonne volonté et de sa confiance en Dieu. Le 8 août, il partit pour le fort de Cognelée. promptement il organisa son service religieux, aménagea sa petite chapelle dans les galeries souterraines et y célébra plusieurs fois la sainte messe. J'ai appris, de la bouche de ses camarades de fort et des prêtres du voisinage chez lesquels il se rendit parfois, combien il était dévoué à sa charge, estimé de ses chefs et aimé de toute la garnison.

Le calme fut de courte durée. Les armées allemandes avaient décidé d'assaillir Namur par le front Nord-Ouest et de diriger l'attaque principale sur les forts de Cognelée et de Marchovelette. Jeudi 20 août, le général Von Gailwitz installait ses batteries lourdes près de Noville-les-Bois, Hingeon et Vezin, les abritant derrière la IIIème division (régiment?) d'infanterie de la Garde.

Vendredi 21, le fort de Marchovelette fit la première expérience du feu ennemi. Samedi 22, ce fut le tour du fort Cognelée qu'attaquèrent, dans l'après-midi, les obusiers autrichiens.

A Namur, nous attendions les événements  avec une fiévreuse  impatience. Or quelques jours après la chute de Namur, je vis venir l'abbé Istasse, encore sous l'impression des événements qu'il avait vécus. Il me raconta alors dans le détail, les dramatiques incidents de ces journées. Pendant 24 heures, à intervalles réguliers et presque chronométrés, les coupoles furent assaillies par des rafales de gigantesques obus. De formidables explosions secouaient jusque dans leurs fondements, les masses de pierre, de bronze et de béton, les ébranlaient, les désagrégeaient et remplissaient les salles d'une fumée épaisse et irrespirable.  Nos petits soldats couraient d'une place à l'autre, ne sachant quel endroit choisir pour échapper à l'affreuse mort qui les guettait. Ils récitaient le chapelet, ils entouraient nombreux leur aumônier qui luttait intérieurement, gardait son calme, les réconfortait les confessait.... . L'un d'eux, un jeune namurois, dont je

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regrette de ne pas  avoir noté le nom lui dit:" M. L'aumônier, je vais mourir, voici l'adresse de mes parents, voudriez-vous aller leur dire que je meurs en bon chrétien". A un moment donné, l'un des soldats qui se trouvait à ses côtés s’affaissa, mortellement atteint par un éclat. Quatorze hommes périrent ainsi en quelques heures. Lui-même aida à les ensevelir dans les linceuls et à les déposer dans une fosse commune. Quarante-cinq autres furent blessés. Après la reddition du fort, dans la journée du 23 août, il les conduisit à l'ambulance de Vedrin, où il continua à les soigner jusqu'à  son licenciement. Une partie du personnel militaire, quand elle put se rendre compte de l'inutilité de la résistance  s'était décidée à partir. Comme je demandais à l'abbé s'il n'avait pas songé à mettre sa vie en sûreté, il répondit bien simplement "je préférais mourir à ma besogne, ma présence était utile, le devoir avant tout"!

C'est ainsi que l'abbé Istasse fur rendu, dès la fin août, à son ministère. je puis dire qu'il en éprouva du regret, sa pensée se reportait sans cesse vers ceux qui avaient pu suivre l'armée. Que de fois durant l'occupation, vint-il trouver ses supérieurs, leur demandant si son séjour en pays occupé n'était pas incompatible avec ses devoirs envers la patrie. Chaque fois que fut soulevé la question du départ des médecins ou des ambulanciers, il revint à la charge, multiplia les démarches pour se faire inscrire et obtenir l'autorisation de rejoindre le front. En désespoir de causes, il aurait voulu tout au moins un écrit de l'occupant pour faire la preuve du refus opposé à ses instances. Quand vint l'armistice, plus rien ne sut l'arrêter. malgré la saison rigoureuse, les difficultés des voyages et le manque d'organisation qui régnait, disait-on, au camp  de triage, il partit. Le 11 janvier, il arriva à Furnes et y fut reçu très confraternellement par le curé de l'église du Saint-Sauveur. Au camp où il se présenta le lendemain il fut désigné pour l'hôpital de La Panne

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 Quelques jours après, il était détaché à l'hôpital militaire de Bruxelles où il fut chargé du service de nuit à la salle N°4. C'était une fonction très pénible, très fatigante, jamais une plainte ne sortit de ses lèvres. les malades aimaient tous leur "petit abbé" comme ils l'appelaient , tant il était doux, patient généreux et dévoué. Ses collègues prêtres estimaient aussi " ce prêtre très pieux" sans prétention qui aimaient sincèrement Notre Seigneur et voulait le faire aimer aux autres, qui célébrait si dévotement la sainte messe et faisait journellement son oraison.

L'abbé Istasse m'écrivait le 17 février: "je trouve ici beaucoup de consolations surtout en communiquant avec les malades de ma salle. ils sont  pour moi, polis respectueux, aimables même. C'est ainsi qu'aux milieu des épines, on trouve des roses. je m'estimerai très heureux si je parviens à faire quelque bien à leur corps et par là, à leur âme. Je me résigne facilement à la volonté du bon Dieu, répétant le fiat de la très sainte Vierge et la parole du Sauveur: Faites que ce calice s'éloigne de moi, cependant que votre volonté se fasse et non la mienne".

La salle 4, affectée jusque là aux malades opérés, reçut alors des malades grippés car cette terrible épidémie avait, tout à coup, gagné l'établissement. Hélas, après trois jours, il devait lui-même en être atteint. C'était le 22 février. Il était attendu l'après-midi à Bousalle car il utilisait ses jours de congé pour regagner le dimanche, sa chapellenie, qui était restée sans titulaire. Ce voyage lui fut fatal,mais il fut permis par Dieu pour le ramener dans sa maison, au milieu de ses ouailles et lui assurer les soins de ses proches. le mal révéla, d'un coup, une exceptionnelle gravité. il voulut encore dire la sainte messe le lendemain. Trois jours après, le 27 février, il était dans l'éternité.

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Lors du pilonnage du fort, le village de Boninne fut constamment bombardé. Les tranchées furent retournées par les obus de gros calibres. Parmi les morts, un jeune homme de 20 ans... engagé volontaire au 10ème de ligne..

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Il allait avoir 21 ans le 20 septembre! 

 

Sources 

Merci à F-E. Duchêne, sacristain de la cathédrale Saint Aubain à Namur, pour m'avoir donné l'occasion de reproduire la photo en uniforme de l'abbé Istasse

Archives du Comité de la  Croix-Rouge Internationale à Genève, fiches des prisonniers blessés.

 J. Schmitz et N. Nieuwland: Documents pour servir l'histoire de l'invasion allemande dans les provinces de Namur et de Luxembourg, pages 202 à 214.

Archives des paroisses de Daussoulx, Cognelée, (archives de l'Evêché) Fond Schmitz. Les témoignages recueillis par le chanoine J. Schmitz , extraits.

Voir également, le livre d'or du clergé namurois

Les forts d'Emines et de Cognelée:  Maison de la Mémoire Rurale La Bruyère Journée du patrimoine 2007.

Archives de familles Marion et Delvigne (photos de la collection de M. Delvigne).

Dossiers militaires des deux soldats Evere Notariat.

Journaux Vers l'Avenir juillet 1919 et La Nation Belge 1919

Photos personnelles prises durant la visite du fort de Cognelée et au cimetière de Marchovelette.

Voir également

La défense de la position fortifiée de Namur,

La vérité sur le défense de Namur

Namur, la défense, la retraite op cit pour les autres forts..  

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