02/11/2014

A Wartet, des lignards, baïonnette au canon, montent à l'assaut des tranchées ennemies

Wartet, 45ème régiment d'infanterie, secteur IV

Plusieurs points d'appui montrent  des signes de faiblesse

« Le lieutenant général Michel ayant prescrit de profiter de l'arrivée de renforts français pour mener une contre-attaque ayant pour but de museler les batteries allemandes à l'est de Gelbressée... »

« Déclenchée à 14 heures, cette attaque est écrasée sous le feu des pièces lourdes allemandes, décimée par les tirs des mitrailleuses et de mousqueterie. Elle échoue malgré la vaillance déployée et les sacrifices énormes consentis ».

Le monument du cimetière militaire de Marchovelette, Figés dans la pierre, deux soldats, l'un français, l'autre belge, défient l'ennemi.

Parmi les unités belges engagées aux côtés des Français du II/45ème RI , une partie du 10ème de ligne et plus particulièrement les 4/I/10L. et 1/II/10L. dans lesquelles servent deux de nos concitoyens originaires de Bois-de-Villers .

Abraham Binamé et Joseph Beguin.  

lignard, régiment de ligne, Gelbressée,

 Joseph Beguin sert dans la 1ère compagnie du II/10L. 

prisonnier, captivité, camp, Cognelée

 

 

 

 

 

 

Le lieutenant Dufrane sera blessé en même temps que J. Beguin. 

 Abraham Binamé, sert dans la 4ème compagnie du I/10L.Wartet, Boninne, Gelbressée, août 14

prisonnier, août 1914, infanterie belge, lignards

 

 Sorti indemne des combats de Wartet, il a pu se retirer sur Bouge avec les débris de sa compagnie.

 

 

 Abraham Binamé sera fait prisonnier lors de la retraite, dans le village de Bioul

 

 Baïonnette au canon

Les troupes partent de Boninne, direction Wartet  par la vallée de la Gelbressée. En se dirigeant vers l'objectif, le groupe du 10ème de ligne passe devant le point d'appui de Marche-les-Dames. Parmi les défenseurs, un troisième témoin, Adolphe Léonard originaire de Arbre, voit défiler ce groupe de marche. «  Les hommes du 8ème de forteresse sont là dans leurs tranchées, ils nous regardent passer et leurs regards anxieux disent clairement ce qu'ils pensent du danger et de l'effort que nous devrons déployer pour atteindre le plateau d'où l'ennemi domine tout le secteur ».  

carte, combat de Wartet, 10ème régiment de ligne

Sur base d'une carte extraite du livre du Colonel Bujac.

En rouge, le parcours des Belges., en bleu, les troupes françaises. A la Haie du Loup, l'emplacement des batteries allemandes qu'il faut à tout prix réduire au silence. Devant les tranchées ennemies, la ferme des Dames.

 

 

 

« Les colonnes descendues dans la vallée, escaladent maintenant les pentes très raides du palier opposé ». Une partie boisée qui, si elle ne facilite pas la progression, permet néanmoins d'avancer à couvert. Arrivées en lisière, les compagnies prennent leurs positions d'assaut. La compagnie d'Abraham Binamé est au centre du dispositif, quelque peu en retrait, la compagnie de Joseph Beguin. Elle est en réserve. Avancer ! En terrain découvert cette fois. Rares sont les occasions de se soustraire aux tirs ennemis. « Nous nous glissons péniblement vers les hauteurs, nous abritant autant que le terrain nous le permet. L'ennemi n'a pas bougé, il nous a laissé venir... ».

Un terrain peu propice aux assaillants,  par contre  favorable aux défenseurs.

Le combat, lignard, 10ème régiment de ligne, baïonnette,

 Photo prise des lignes allemandes. Les Belges doivent sortir du bois et traverser ce terrain dégagé et fortement en pente au début. Tout le temps pour les  mitrailleurs allemands d'ajuster leurs tirs.

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Un ennemi qui, tirant profit d'un relief avantageant la défense , laisse donc approcher les lignards. C'est l'attaque, les compagnies tentent de franchir les derniers mètres afin d'atteindre les tranchées adverses. Une première compagnie belge « se déploie à la lisière et fonce ; accueilli par la fusillade et par des gerbes de mitrailleuses, il (le capitaine) freine puis rétrograde vers le bois, une deuxième tentative, des plus onéreuse (le capitaine est tué). Encore un troisième effort, la compagnie réduite à un officier et à une vingtaine d'hommes cherche asile dans le creux de la Gelbressée ». Dans les autres compagnies les pertes sont également sévères, une autre compagnie perd  138 hommes sur 183. « Les débris refluent vers la vallée de la Meuse ». Plusieurs officiers menant l'assaut sont parmi les victimes. La 4ème compagnie (A. Binamé), elle aussi très meurtrie, se replie vers l'arrière et rejoint la compagnie de réserve. (J. Beguin).  Sous les ordres du commandant Govaert, les derniers officiers s'activent et réorganisent l'attaque. 

ferme, bourguemestre, défense, point d'appui

  La ferme du bourgmestre à l'entrée du village de Wartet. 

« Ordre de marcher vers le village de Wartet, de le traverser, de tâcher d'atteindre les grosses pièces d'artillerie allemandes. Nous partons vers la ferme du bourgmestre à l' entrée de la bourgade.

Pour sûr qu'on nous épie ».

 

 

 

La ferme des Dames.

 

« Pour ne pas être pris nous faisons un léger détour en passant par la ferme des Dames que nous voudrions traverser. Quand nous nous trouvons dans la cour intérieure, au moment où nous ouvrons les battants de la grande porte du fond, qui donne accès à la grande allée que nous comptons suivre, voilà que des Allemands couchés en tirailleurs ouvrent le feu. Quelques soldats ripostent. Pendant ce court laps de temps, la colonne du major se retire par une issue latérale et se glisse le long des haies ayant sans doute pour objectif le cimetière de Wartet. Un officier fait appel à des hommes de bonne volonté pour protéger le mouvement de la troupe. Aussitôt les balles pleuvent, des hommes tombent, la lutte devient ardente. L'engagement se généralise. La terre tremble et la mort fauche impitoyablement. Autour de moi, des gémissements de blessés, puis il y a des morts jonchés sur l'herbe. J'en vois un qui est entré dans l'éternité agenouillé, appuyé sur son fusil, on dirait une statue de pierre. Les Allemands se sont approchés,  quelques coups de feu encore , c'est la fin ». Les Belges abandonnent la position et se replient  « en soirée, un groupe, tout au plus une centaine d'hommes (sur deux compagnies) rallie Bouge ».

 

Atteindre la ferme des Dames.

 

position fortifiée de Namur, août 1914, artillerie allemande

 

Sur cette photo. à droite la ferme du  bourgmestre, à gauche avec la tour, la ferme des Dames.

ferme des Dames, attaque allemande, artillerie allemande, grosse bertha

La ferme des Dames.

Les deux compagnies belges abordent la ferme par la droite et entrent dans la cour intérieure. Au centre de la ferme, un porche qui donne accès à un chemin menant au cimetière. Il est fermé par une large porte.

la ferme des Dames, la défense de Namur, août 1914

 

 

terrain 04.jpg

Photo de gauche. Le portail vu le l'arrière de la ferme. On devine la cour intérieure. Photo de droite, le chemin conduisant au cimetière et la porte arrière du porche de la ferme.

Deux vues du lieu du combat. C'est alors qu'ils ouvraient la grande porte donnant sur l'arrière de la ferme que les lignards essuyèrent le feu des soldats allemands postés en embuscade le long de l'allée.

Une  source donne une version quelque peu différente. Les soldats allemands seraient postés dans les greniers de la ferme,  mais alors le combat aurait eu lieu dans la cour intérieure.

 

Une carte des lieux., à gauche un détail de la vallée de la Gelbressée.

carte 002.jpg

carte 001.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

On distingue sur la carte de droite, les deux fermes dont on parle dans ce récit.(les deux bâtiments noirs sous le nom Wartet.)

 

Un autre témoignage d'un lignard du 10ème de ligne.

Germain Jeanty, soldat de la 1cie/I/10L. 

Il faisait partie de la première ligne à l'assaut de Wartet.

Son récit est édifiant de la violence de l'assaut et de la réplique adverse. Nous en extrayons un passage. Le document dans son entièreté sera analysé dans une prochaine page.

 

Wartet doc Jeantry (6).jpg  

Germain Jeanty relate la mort de son lieutenant au cours de l'assaut

Le témoignage est tellement précis que l'on peut retracer ,sur une carte au 1/20000,  le chemin  de ce soldat.

C'est ce que nous ferons prochainement.

 

Joseph Beguin gît parmi les blessés. Une balle dans la nuque. Il sera relevé par les Allemands et les premiers soins lui seront prodigués à l'hôpital allemand situé dans le couvent des religieuses à Champion. De son côté, A. Binamé a eu plus de chance, il a pu se replier avec les rescapés sur Bouge. Toutefois, blessé lors de la retraite, il sera capturé à Bioul. Tous les deux partiront vers le camp de Soltau. 

Un des témoins  entend les cris des blessés: "Moeder, Moeder" (le 10ème de ligne est en partie néerlandophone).  Que faire au milieu de la tourmente? Les blessés attendront la fin du combat avant de recevoir les soins. Quelle souffrance psychologique que d'entendre la voix d'un frère d'armes sans pouvoir lui prêter secours.

A ce sujet, René Naegelen écrit dans son livre " Les suppliciés" Paris, 1928, page 38.:

"Une voix plaintive, plus faible, vaincue, appelle sans repos, Maman, maman. Des gosses qui, las d'en appeler à l'impitoyable cruauté des hommes, se tournent désespérément vers la source même de leur vie et pleurant leur maman comme si par-delà les champs ravagés, elles pouvaient  les entendre et se pencher sur eux".

 

 Le point d'appui de Marche-les-Dames.

 régiments français à Namur, août 1914L'ennemi profite de son avantage pour s'enfoncer dans les lignes de défenses . Des renforts sont immédiatement envoyés pour « barrer le couloir entre les points d'appui » de Gelbressée et de Marches-les-Dames. « la marche est particulièrement pénible car la route est défoncée par des projectiles ennemis et toutes les maisons brûlent. { } Les hommes se portent dans les tranchées complètement détruites ».

 

Le point d'appui T

 

Situé entre La Meuse et le fort de Marchovelette, Marche-les-Dames est mis en défense. Plusieurs tranchées, entourées de réseaux de barbelés et précédées de zones minées, sont creusées. Des bâtiments sont aménagés en poste de défense. Le premier bataillon du 8ème régiment de forteresse occupe la position et sa deuxième compagnie, dans laquelle sert Adolphe Léonard défend l'abbaye du Viviers transformée en redoute. Le château est incendié et d'autres maisons détruites par le génie afin de dégager des lignes de tir. De l'artillerie renforce les défenses.

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Le château de Marches-Dames est incendié par le Génie , d'autres maisons que l'on devine sur la droite de la photo ont été détruites pour dégager des zones de tir.

Photo P. Devigne

 

 

 

"Lors de l'attaque du 23 août, le bombardement des forts ainsi que des lignes d'intervalles en face de Cognelée et de Marchovelette atteint son paroxysme. Tranchées, redoutes et abris sont battus et bouleversés vu l'intensité du pilonnage"

Curieusement dans ce tumulte, le point d'appui T situé à Marche-les-Dames échappe momentanément à la canonnade. Hélas pour peu de temps.

Un premier assaut est tenté par l'ennemi vers 14 heures mais est repoussé avec vigueur. Conformément à la tactique, les fantassins allemands se retirent et leur artillerie entre en action afin d'annihiler les défenses. Un nouvel assaut est lancé, lui aussi rejeté. Malgré la proposition allemande qui a envoyé un parlementaire, le commandant Mellaert refuse de rendre les armes. Nouvelle offensive allemande, les tranchées sont prises à revers, le combat fait rage. On dénombre une trentaine de tués parmi les défenseurs, plus de blessés encore. Abandonnant la position, les survivants tentent de s'échapper en se faufilant dans le Bois du Rocher en direction de Beez. Le village est déjà occupé. C'est la capture. Adolphe Léonard est parmi eux, sans munition, il ne peut offrir de résistance.

Extrait de l'historique du 8ème de ligne. 

« Une première attaque d'infanterie contre le point T est repoussée par les 1ère et 4ème compagnies L'ennemi constatant l'insuffisance de l’apprêt, l'artillerie reprend l’arasement. Les défenseurs se replient de la position de combat sur celle d'attente. Des postes dans les tranchées entretiennent une fusillade ininterrompue. Le capitaine Melaert est tué, le capitaine Simon est blessé. Nouvel assaut de front et manigances à l'arrière du gros des compagnies. Celles-ci s'égaillent. Un petit groupe de la 4ème compagnie sinue jusqu'au couvent de Marche-les-Dames que le capitaine Artan de Saint Martin vient d'abandonner emmenant avec lui, en direction du pont de Beez, les deux compagnies de droite. L'ennemi barre la route, les 1ère et 2ème compagnie mettent bas les armes. Un groupe s'efface dans les bois mais ne pourra éviter d'être pris le lendemain ».

prisonnier, combattant, fort de la ceinture de Namur

"En 20 jours, trois commandants nous ont commandés. Nous avons soutenu le combat après épuisement de nos munitions, étant cernés, nous avons été faits prisonniers".

 

ferme, bourguemestre, défense, point d'appui

 

 

 

"a bien été fait prisonnier au pont de Beez, près de Namur".

 

 

 

 «  J'atteste que le soldat Adolphe Léonard du 1er bataillon, 2ème compagnie en cantonnement à Marche-les-Dames a bien été fait prisonnier au pont de Beez près de Namur"a 04.jpg

Envoyé dans le camp de Soltau, il ne reviendra dans ses foyers que le 4 janvier 1919. » 

21 marche-les-dames leonard 02.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

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 L'abbaye du Viviers à Marche-les-Dames "transformée en redoute".

 

Deux autres lignards du 8ème de ligne

 

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mise 06.jpg

Jules Joseph Luwel de Profondeville. Une seule photo de famille qui permet de connaître son régiment. Le 8ème régiment de ligne. Le livre d'Or des Croix du Feu nous apprend qu'il a été blessé sur l'Yser.

 

 

 

Lucien Laffineuril est de la classe 1909. Il est donc dans la dernière classe à avoir tiré au sort. Il sert dans la 2/III/8L.  Son dossier ne nous apprend guère de choses sinon qu'il resta au 8L. jusqu'en septembre 1916 puis mutera dans une unité s'occupant des transports par eaux intérieures et ce jusqu'en 1918.

Quelques brèves informations collectées dans l'historique du 8ème régiment de ligne nous permettent de suivre le IIIème bataillon dont il fait partie. Parfois même, trouve-t-on des éléments concernant sa compagnie : la 2/III/8L. Malheureusement, Lucien Laffineur est peu prolixe quant à sa participation aux combats d'août 1914.

Extrait de son dossier militaire.

laffineur dossier militaire 02.jpg

Le 19 août, sa compagnie constitue l'arrière-garde de la 8ème brigade à Petit-Warêt. Pour peu de temps cependant car le même jour, elle se repositionne à Sclaigneaux afin de protéger les abords du tunnel ferroviaire sur la ligne Andenne-Namur. Après la destruction de cet ouvrage, le régiment reconstitué, se replie dans la PFN et constitue, à Bouge, le gros de la réserve pour le IVème secteur. Il ne devra monter en lignes que pour soutenir une zone critique.

 

 

Les circonstances font que cette réserve est rapidement appelée à la rescousse.

 

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 L'ordre d'envoyer la dernière réserve, le 3ème bataillon du 8ème de ligne.

Dès la prise de décision de renforcer ce secteur, les I et II bataillons du 8L. montent en lignes par contre, le IIIème Bn, celui de Lucien Laffineur, reste toujours sur sa position à Bouge. La situation devenant de plus en plus critique, cette dernière réserve est alors appelée en renfort. Les 1ère et 4ème compagnies se dirigent vers l'intervalle Cognelée- Marchovelette tandis que les 2ème et 3ème compagnies (la 3ème cie est celle de Lucien Laffineur)   sous les ordres du colonel Couturiaux, se positionnent en retrait sur la route de Hannut. Ces renforts n'ont pu infléchir le cours de la bataille.

 

historique du 8ème de ligne

La retraite décrétée, le régiment se replie et prend la direction de l'Entre-Sambre-et-Meuse ensuite direction de la France avant de reprendre sa place dans l'armée de campagne, à ce moment, sous Anvers.

Sources:

Nous remercions M. J.P. Tihange  pour avoir mis à notre disposition le carnet de guerre de son grand-père. Germain Jeanty. 

Historique du 8ème régiment de ligne, op. Cit. Pages 59-61 et journal La Nation belge, du 12 août 1919.

Historiques des régiments concernés. Le 8ème de forteresse et le 10ème de ligne

La défense de la position fortifiée de Namur

Colonel Bujac, Namur, la bataille, la retraite

Dossiers militaires des soldats

photos de familles

Merci à M. P Devigne pour nous avoir permis de consulter  ses nombreuses photos de famille..

Pour plus d'informations, voir la dernière publication des Amis de la Citadelle

Août 1914

Namur sur le pied de guerre

La mise en défense autour et en arrière des forts.

 

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