26/01/2015

La mobilisation dans nos villages

mobilisation, classes 1910, juillet 1914, Fin juillet, une première mobilisation est lancée. Afin de répondre à la situation politique européenne qui devient de plus en plus critique, nos gouvernants décident de mobiliser les classes des années 1910, 1911 et 1912. La classe 1913 en fin de service restera sous les drapeaux. Cela donnera un effectif estimé à  100.000 hommes.  « Tous les hommes des trois classes rappelées possèdent chez eux une tenue. Ils la revêtiront et iront achever leur équipement dans les dépôts annexes de leurs garnisons ». En vue d’un transport rapide de tous les rappelés,  des arrangements sont pris avec les chemins de fer et les lignes vicinales.

En tenue, les premiers rappelés rentrent avec  leur équipement qu'ils avaient gardé.

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Les grands moyens sont mis en oeuvre afin de transporter tous les rappelés vers Namur.

Les trams et les trains drainent quantité de mobilisés vers la ville de garnison.

 

Place de la gare à Namur..L'arrivée des trams et les premiers rassemblements devant la gare.

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beguin 13.jpgQuelques villageois... parmi tant d'autres. Joseph Beguin et Dawagne Julien  (Lesve)  de la classe  13,  ne seront  pas démobilisés tandis que  Dor Jules ( Lesve) classe 10, Celestin Marchal (Arbre) classe 11  et Luwel  Jules (Profondeville)  classe 12, pour ne citer que ceux-là, feront partie des premières classes  rappelées. 

 

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 La situation se dégradant de plus en plus, le gouvernement  lance, le 31 juillet,

l'ordre de mobilisation générale .

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Les journaux ne manquent pas de commenter le fait néanmoins,  les journalistes , répondant aux sollicitations du gouvernement  tentent,  au travers d’ articles « apaisants »,  de calmer les craintes de la population . En vain 

«  Répétons que nous avons tout espoir qu’il n’en sera pas besoin. La mobilisation générale est une simple mesure de prudence qui nous est imposée par la situation internationale… d’ailleurs par ceux-là même en qui d’aucuns, fort irréfléchis, voient déjà des adversaires … Réunir toute notre armée cela signifie nullement qu’on va tirer des coups de fusils. C’est précisément pour qu’on en tire pas qu’on la rassemble ».! Malgré ces bonnes paroles, la tension devient de plus en plus palpable.

Le rappel des hommes

Si le rassemblement se fait  facilement dans les villes, dans nos campagnes, la problématique est différente.  La gendarmerie est chargée de contacter les administrations communales.

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Emile Moreau, un gendarme originaire de Lustin participe à cette mission.

 

Dès la réception des avertissements, les bourgmestres délèguent le garde-champêtre qui, porteur de l'information, sillonne, à cheval, à vélo voire à pied le village. Les curés prêtent également leur concours en sonnant le tocsin, sinistre et  lugubre sonnaille, afin de prévenir les paroissiens habitant dans les écarts. Dans certaines communes, les autorités rameutent la population et la rassemblent sur la place communale dans le but de leur expliquer la gravité de la situation. Le bouche à oreille fait le reste, la nouvelle circule, malheureusement déformée par la peur. Il est vrai que c'est la première fois que le peuple belge est confronté à la guerre. 

 

Ils partent calmes, graves, décidés et conscients de la tâche qu'ils ont à remplir.

L'opération est d'envergure. Les treize dernières classes ont été rappelées affirment les journaux*. "Tous les militaires en permission ou en congé illimité doivent regagner leur unité et cela sans attendre leur ordre de rappel. Ils se rendront, ajoute le communiqué, immédiatement par la voie la plus directe et la plus rapide dans les dépôts, corps ou forts où sont conservés leurs armes et leurs effets. Aucun retard ne sera toléré et aucun motif d'ignorance ne sera admis" souligne encore la note ministérielle. La gendarmerie arrêtera "ceux qui n'auraient pas rejoint au plus tard le dimanche avant douze heures". Les événements se précipitent.

Dans nos villages, comme ailleurs, la mobilisation, effective depuis le 1 août à 00 heure, se déroule normalement et devrait se terminer le dimanche soir.  "L'autorité militaire n'eut pas l'occasion d'imposer ses ordres, les soldats partirent à la première sommation" précise Jules Petit, curé de Lesve. De son côté, l'abbé Rihoux, curé de Lustin, constate cependant un "peu d'émotion chez les soldats qui pensent partir pour quelques semaines. Tous se figurent une guerre d'un mois ou même de temps plus court". « Un mois tout au plus" entend-on souvent. Personne n’ose imaginer  que cela durera quatre longues années. Et pourtant…

"On sait aujourd’hui  que "la fleur au fusil" fut un mythe.... (ils) partirent avec gravité.

"Il part, il n'imagine pas encore les cadavres putréfiés, les rats, la vermine...."

B. Maris, L'homme dans la guerre. Maurice Genevoix face à Ernst Jünger, Ed. Grasset; p98

Georges, Adelin, Victor, Emile, Lucien.... qu'ils soient de Arbre, Bois-de-Villers, Lesve, Lustin, Profondeville ou Rivière, prennent donc leurs bagages et après un dernier adieu à la famille, se dirigent vers Namur, une ville qui ne leur est pas inconnue, une ville qu'ils ont fréquentée lors des marchés, des achats importants ou plus simplement lors d'une sortie en famille. Beaucoup rejoignent le 10ème ou 13ème de ligne, le  1er lanciers, le  génie ou le régiment de forteresse namurois . 

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Les prêtres se rendent vers le lieu de rassemblement.

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Alphonse Jaumain de Profondeville et le vicaire Cambier, originaire de Lesve..

Tous n'ont cependant pas la chance de "caserner" près de leur foyer. Curieusement, certains de nos mobilisés, se retrouvent dans des régiments qui se sont établis dans d'autres villes comme Bruxelles, Charleroi, Mons, Liège, Anvers, Malines, Louvain, Ostende... Fernand Louis  et Nestor Binamé de Bois-de-Villers, Joseph Guéry de Arbre et Maximilien et Léon Romnée de Lesve rejoignent le régiment des grenadiers à Laeken, Donat Binamé de Bois-de-Villers est présent au 3ème de ligne à Ostende. Les exemples sont nombreux. Quel déracinement pour ces hommes.

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Si Joseph Feraille ( Lustin) et Joseph Sainvitu (Rivière) se retrouvent au fort de Dave, à proximité de leur village, Maximilien Romnée (Lesve) et Fernand Louis (Bois-de-Villers)  sont, eux, casernés à Bruxelles.

La petite gare de Lustin est le lieu du  dernier adieu, les familles accompagnent le rappelé jusqu'au quai. L'arrêt du tram reliant Namur à Profondeville est le  théâtre de scènes identiques . Quant aux mobilisés des villages du plateau, Arbre, Lesve et Bois-de-Villers, ils empruntent la ligne vicinale Lesve-Namur non sans  avoir embrassé une dernière fois leurs proches. Dernière recommandation, "chaque soldat doit se munir de quelques vivres afin de s'alimenter les deux premiers jours".

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Très pittoresque le tableau de la ville,... allez donc voir place de la Station (place de la Gare)". L'adjectif pittoresque est-il de bon aloi pour qualifier cette situation? Le journaliste semble considérer cela comme un spectacle.

 La pancarte pour le 10ème de ligne

 L'accueil des mobilisés devant la gare.

 

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 Notre ville présente ce matin un spectacle d’une animation extraordinaire. Des soldats y fourmillent  par milliers.  Fantassins et cavaliers artilleurs mineurs (génie) , toutes les armes y sont représentées. Les uns se hâtent vers leurs quartiers, d’autres flânent au long des trottoirs ou bien causent entre eux par groupes. Il est à noter que nos soldats ont une attitude parfaite, très digne, très calme, très résolue. La Patrie les appelle. Ils arrivent prêts à la défendre s’il en est besoin ». Friande d'articles laudatifs, la presse locale souligne que "la tenue de nos réservistes rappelés est de nature à démontrer leur calme volonté de faire héroïquement leur devoir".

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Précision utile pour les familles des mobilisés, "à partir du 2 août, toute correspondance destinée à un membre de l'armée devra porter comme adresse: le nom, grade et régiment ainsi que la division à laquelle le destinataire appartient". Les services postaux militaires feront le nécessaire sans révéler les positions des régiments aux éventuels espions.

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La mobilisation rencontre néanmoins quelques problèmes. Au 13ème de ligne,  l’habillement prend du retard  vu l’afflux des réservistes qui arrivent en masse sans trop savoir ce qu’il faut faire.  

Ce que confirme le lieutenant A. Mathieux du 13ème de ligne.

 Le 4 août, la mobilisation est étendue. Deux classes supplémentaires, 1899 et 1900,  sont encore rappelées, Au total 15 classes, celles de 1899 à 1913. En fonction de leur âge, nos villageois sont répartis dans les régiments  d’actives ou de forteresse. Le départ d'un soldat pose un réel problème financier pour beaucoup de foyers. Celui qui part est souvent le seul a faire vivre la famille. Célestin Marchal est marié et père de trois enfants,  L'époux, comme chef de famille, le fils en soutien de ses parents... Et la solde s'avère insuffisante pour combler l'absence de revenus. Des comités de secours se mettent en place afin d'aider les cas les plus graves.

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Le tarif appliqué en début de guerre.

Outre les mouvements de troupes, l'armée met en place les réquisitions.

 

Chaque quartier de la ville est affecté

à une appropriation

 

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Réquisitions, les civils sont "invités" à contribuer.

Des cadres de vélos aux voitures et camions en passant par le bétail et les chevaux.

Après inspection des officiers spécialisés, le tri est fait et les réserves constituées.

 

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Les casernes sont engorgées

Afin de libérer les casernements pour la réception des mobilisés, les régiments d'active gagnent la périphérie namuroise pour y cantonner.  Le 13ème de ligne s'installent à Jambes, d'autres unités sont à Malonne ou Belgrade et logent dans  des cantonnements provisoires, voire chez l'habitant. Les lanciers quittent la ville.

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 L'artillerie quitte également la ville.

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La position fortifiée de Namur se met en défense. L'armée belge se met en place et se tient prête à affronter l'ennemi qui s’approche de Namur.

 

 Sources

Photos de M. Devigne

Journal L'Ami de l'Ordre, juillet et août 1914

Archives militaires dossiers militaires Evere ( notariat) et Bruxelles (Cdoc).

Photos de familles concernées

Extrait du carnet de notes du Lieutenant Mathieux, du 13ème de ligne en ce début de guerre.

Bernard maris, L'homme dans la guerre. Ed. Grasset.

Merci à R. Lestrade pour la photo du gendarme Moreau.

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