26/02/2015

Le 1er octobre 1914, Jules Rivière fait sauter le pont de Termonde

Quelques mots d'histoire pour resituer l'action.

pont, Termonde, bataillon du génie, Rivière, l'EscautLe 25 septembre, l'armée allemande engagée sur le front belge se rapproche de Termonde et se dirige vers la position fortifiée d'Anvers..

Un extrait du carnet de notes du lieutenant Mathieux. Ses notes de cours.

Une ville stratégique importante dont la prise ouvrira la porte vers Anvers. La 4ème division, (les soldats de la position de Namur), a la charge de défendre la place. Les lignards du  13ème , secondés par ceux des  8ème et 10ème régiments de ligne,  occupent les tranchées, les lanciers battent l’estrade de la position, le 4ème bataillon du génie se charge du minage du pont et le 4ème régiment d’artillerie appuie l’infanterie tout en assurant la couverture du secteur.

pont, Termonde, bataillon du génie, 4ème division

La retraite prévue dans les notes prises par ce jeune lieutenant du 13ème de ligne  ne s'est pas déroulée comme prévu. En réalité, la 4ème division se retira par la France et débarqua par bateaux à Ostende et Zeebruges afin de rejoindre l'armée belge sous Anvers. 

 

Escaut, Termonde, 1914, tranchées belges, pontLe 26,  les premiers accrochages ont lieu. Des combats violents, nos défenseurs reculent sans toutefois lâcher trop de terrain. La ville subit de graves dommages. La poussée ennemie se précise. Les obus allemands entament les défenses, la ville tombe. Mais les lignards , retranchés sur la rive gauche de l’Escaut,  tiennent sous ce déluge de feu et de fer. Ils subissent un terrible bombardement. Tactique habituelle allemande avant d’envoyer les troupes d’assaut.

Les lignards se positionnent derrière les digues de l'Escaut.

Les Belges contre attaquent et reprennent la ville en ruines. Ils font même des prisonniers. « toute la nuit se passe en fusillades répétées en embuscades et en duels d’artillerie ». 

Termonde, pont de Termonde, 4ème bataillon du génie

 

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Des soldats belges dans la ville en ruines, les défenseurs dans leurs tranchées le long de l'Escaut

Le 30 septembre, les Allemands attaquent et obligent nos soldats à se retirer de nouveau  sur  la rive gauche, à l’abri des digues.

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Carte postales ancienne. La défense de Termonde par les lignards de la 4ème division.

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Exploitant cette retraite, « les tirailleurs allemands en profitent  pour s’infiltrer jusqu’au bord de l’Escaut » Seul le fleuve sépare encore les deux camps. 

 

Le pont de Termonde.

 

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Ce pont a été détruit par les soldats du 4ème bataillon du génie et une passerelle de bois (un pont de circonstance) a été aménagée. Elle aussi a été minée en vue de sa destruction  en cas d'attaque.

Le pont détruit, la passerelle n'est pas encore construite.

Le 1er octobre, le bombardement s’amplifie, toute la journée ce n’est que tirs d’artillerie et feu de mousqueterie. En soirée, la cadence augmente. « pendant plus de trois heures, la digue de l’Escaut et les abords du pont subissent ce véritable enfer ». Les troupes belges se sont retirées quelques peu pour se protéger. L’ennemi en profite et à  minuit, tente  le franchissement du pont. 

« Sous la protection d’une fusillade nourrie, une colonne d’assaut (allemande) débouche de la rue principale de Termonde. Les premiers portant des matelas dont ils cherchaient à se faire un bouclier, les autres suivent en rangs serrés, … ( ) ils chantent leur fameux cantique Gloria Victoria et semblent totalement ivres… ». Nos lignards ouvrent un feu d’arrêt.. « Les fusils, les mitrailleuses, le canon crachent la mitraille sur l’ennemi dont les cadavres, bientôt, couvrent le pont » Néanmoins cette masse parvient à s’engager sur le pont. « Le pont saute. Une explosion formidable projetant au loin des débris du pont… Devant ce désastre, le reste de la colonne s’arrête, horrifiée, puis elle reflue en désordre vers la ville tandis que des grandes flammes s’élèvent du pont qui avait été imbibé de pétrole ». 

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Le pont et sa passerelle de bois,  le pont de circonstance.

 a (8).jpgExtraits du livre: La Belgique  héroïque et vaillante p 157 (voir sources) 

Nombreuses pertes ennemies. Les Belges reprennent leurs positions. De nouveau, les deux camps sont face à face. Les nôtres  dans leurs tranchées, l'ennemi dans les ruines de la ville. Termonde tombera définitivement quelques jours plus tard mais au prix de terribles pertes pour l'assaillant.

Ces extraits de livres d’histoire traduisent bien la violence des combats. Cependant, un détail échappe aux divers historiens. Le pont saute, certes mais qui l’a fait sauter ? Selon l’un des historiens,  il s’agit de l’officier du génie, les autres restent muets. Le  génie fait sauter le pont,  rapportent-ils!.

 

Rendons à César ce qui appartient à César.

Présent dans les tranchées proches du pont, Omer Barthélemy soldat du 13ème de ligne raconte :

 « Lors de l’assaut du pont, nombreux morts allemands qui étaient de deux régiments, les Belges ont huit tués et vingt-et-un blessés. Le pont a sauté grâce à un sergent, le cinquième qui se dévouait pour cela, en répandant dessus un tonneau de pétrole auquel il mit le feu, la poudre sécha et enfin prit feu ».

« Le pont a sauté grâce à un sergent, le cinquième qui se dévouait ».

Ce sergent est un de nos concitoyens. 

Ce sergent s’appelle Jules Antoine Rivière et est né à Bois-de- Villers en 1892. Il s’engage en 1909, il a 17 ans, comme volontaire de carrière, au 4ème génie de Namur. Il est promu sergent en 1912. C’est donc comme sous-officier qu’il commence la guerre. Il a 22 ans ! Il a participé à la défense de Namur, s’est replié par la France et est en poste le long de l’Escaut avec son bataillon. C’est à Termonde qu’il fera parler de lui. L’ennemi tente à plusieurs reprises de traverser l’Escaut. Le pont de Termonde est un de leurs objectifs prioritaires.

Dans la nuit du 1er octobre, alors que la menace ennemie se précise, le génie entreprend le sautage de l’ouvrage. Mais la pluie a mouillé la poudre, le dispositif ne fonctionne pas. Plusieurs soldats ont tenté la mise à feu manuelle. Aucun n’a réussi. Jules Rivière est le cinquième à tenter la chose. Il arrose le dispositif de pétrole et y boute le feu. Avant de se retirer, il a encore le temps de sauver un de ses frères d’armes et de barricader le passage. Il déclenche ensuite la mise à feu. Le pont saute empêchant le passage de l'ennemi..

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La relation de son exploit.

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Ce n’est pas là son seul fait de guerre

 

Le 21 octobre 1914, il est blessé dans les tranchées du pont de Tervaete alors que les Belges bloquent les tentatives de franchissement de l’Yser par l’ennemi. Là aussi, il était en premières lignes.

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Deuxième ligne du document:  l'allusion de son évacuation vers l'hôpital en Angleterre.

Sa blessure est grave, il est hospitalisé à West Bromwich, jusqu’au 25 mars 1915. Près de 5 mois de soins et de convalescence. Il réintègre le 4ème bataillon jusqu’au 22 août 1915 date à laquelle il est envoyé, vu ses qualités de meneurs d’hommes, au CISLA à Ardres (Calais) comme élève candidat officier. Il y suit les cours afin d’obtenir le grade d’officier. Il revient, après trois mois d’instruction, au bataillon, le 6 novembre 1915 et y reste jusqu’au 12 septembre 1917. Il retourne en France pour parfaire sa formation  et en revient le 12 février 1918 pour participer aux combats jusqu’au 22 octobre 1918, date à laquelle il est de nouveau blessé. Il termine la guerre comme lieutenant et nanti de deux citations pour faits d’armes.

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 Le colonel Malevez lle détache dans un centre d'instruction en France

afin de suivre les cours pour devenir lieutenant.

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 54 mois de présence au front, deux blessures, dont une grave au point d'être envoyé dans un hôpital anglais, une citation et nomination au grade de lieutenant 

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 Les propositions pour ses médailles.

 Sources

 

Pierre Charlier, Carnet du soldat O. Barthélemy août décembre 1914, Ed du Cefal, 2002, page 89

Baron C. Buffin, Récits de combattants, ED Plon, 1916,  pages 156, 157, 158.

Un historique du 13ème de ligne ou Petite histoire du 13, Dasnoy-Lambert, sd,  page 24

Archives militaires, dossier du sergent Rivière, Notariat, Evere.

Carnet de notes du lieutenant Mathieux.

Cartes postales anciennes.

Photos du site  Gallica recherche sur Termonde, 1914. 

 

 

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