15/03/2016

"On joue la vie ou la mort" Germain Jeanty, un lignard du 10ème de ligne à Wartet

Germain Jeanty, sa carte identité militaire

Wartet, les combats de Wartet, régiment de ligne, 10ème régiment, Après avoir reçu, le 29 juillet 1914, son ordre de mobilisation, Germain Jeanty se prépare à rejoindre son régiment, le 10ème de ligne, alors caserné à Namur. Ce jeune arlonais, né, le 14 mai 1891,  a servi sous ce drapeau en 1911. Lorsque la guerre éclate, il exerce la profession d’ingénieur agricole.

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Germain Jeanty lors de son service au  10ème de ligne.                     Le 10ème de ligne défile à Arlon

au SM en 1911 (2).jpgEn 1909, l’E-M et les 2ème  et 3ème  bataillons tenaient garnison à Arlon, le 1er était à Louvain. Suite à la réorganisation de l’armée, l’EM et les 1er  et 2ème  bataillons mutent à Namur tandis que la ville d’Arlon héberge le 3ème bataillon.

Le 30 juillet, c’est le départ. L’atmosphère est lourde sur le quai de la gare, les familles sont angoissées de savoir que ces hommes, jeunes et moins jeunes, partent à la guerre. Toutefois,  le témoin précise que «les anciens amis se rencontrent et s’interpellent joyeusement». Curieux contraste.

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extrait de ses notes

 

A Namur

   mobilisation, déclaration de guerre, namur, regiment de ligne, volontaires de guerre, août 1914Malgré tous les moyens mis en œuvre par l’armée, l'accueil des mobilisés est quelque peu chaotique. Que dire au régiment où l’on ne retrouve plus son équipement ni son arme! Il recevra le bagage d’un autre et un tout nouveau fusil. Il n’est pas le seul dans ce cas.

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 Les rappelés attendent les ordres avant de former le régiment et de marcher vers les cantonnements hors de la ville.

 

 

 namur, la place de la gare, mobilisation, mobilisés, août 1914 Le soir, Germain Jeanty, accompagné d’un ami, s’offre un souper au Grand Hôtel de Flandres. Le plus réputé de la ville. Le lendemain, en attendant l’arrivée des derniers rappelés, les hommes aiguisent leur baïonnette « pour donner le fil au tranchant ». Un rapport du colonel Verbist, alors commandant du régiment, signale que « les meules ont été détériorées car le travail a dû être fait, vu l’urgence, par des soldats non initiés à ce genre d’opérations ».

 

Plusieurs cafés et restaurants accueillent les voyageurs en face de la gare de Namur. l'hôtel de Flandres est le plus réputé de la ville.

 

 

Le régiment quitte la ville

ami de l'ordre, août 1914, mobilisation, mobilisé, namur, casernes de namur Le 1er août, à l’instar des autres régiments, le 10ème de ligne quitte Namur pour cantonner (les 1er et 2ème bataillons) à Warisoulx, le 3ème, bataillon, parti plus tard, s’installe aux avant-postes. Un article du journal l’Ami de l’ordre du 10 août à mettre en parallèle avec les notes du prêtre de la paroisse. «Dès le samedi 1er août, Warisoulx fut occupé par le 10ème de ligne qui passa la journée du dimanche avec nous et nous quitta le 4 (le 3) août pour Vezin. Je souhaitai la bienvenue aux officiers et la musique militaire se fit entendre pendant la messe. Le colonel vint me remercier l’après-midi des bonnes paroles que j’avais prononcées le matin et qui, me dit-il, avaient produit la plus heureuse impression sur les soldats. Plusieurs soldats vinrent me dire la même chose et j’en confessai une cinquantaine et, pour autant que j’aie eu le temps de les interroger, les dispositions des soldats n’étaient pas mauvaises. La population fit bon accueil à nos soldats mais l’élan n’alla  pas plus loin».

Et de conclure par ces mots : « Dispositions bienveillantes des officiers, moral des troupes excellent, c’est le souvenir que j’ai conservé de ces braves. Beaucoup se préparaient à faire leur devoir en s’approchant des sacrements».

En charge du sous/secteur Sud

 curé, paroisse namuroise, mobilisation, régiment de ligne, août 1914Le 10ème de ligne assure la défense de la deuxième ligne plus précisément dans le sous-secteur/sud Marchovelette-Meuse, les soldats se rendront dans tous les villages afin d’en consolider la position  Les notes de Germain Jeanty confirment ce que les prêtres écrivent : « Ceux qui logeaient ici faisaient la navette entre Beez, Bouge, Wartet et Boninne, après trois jours, ils revenaient » témoigne le curé de Boninne. Et chaque fois, des travaux de défense sont entrepris ou complétés. Des travaux lourds comme le creusement de tranchées, la création d’obstacles, le dégagement de zones de tirs, l’arrachage de haies ou de vergers ou bien encore  l'installation de batteries d'artillerie. Sans compter les habituelles corvées de nourriture ou de ravitaillement en munitions et les gardes de nuit devant la première ligne.… Tout cela après avoir effectué de longues marches pour se rendre sur le lieu ou bien c’est le changement de cantonnement après les travaux. Et vu l’afflux de troupes dans ces petites entités, le couchage proposé n’est pas toujours  très confortable. Quant aux repas….

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Le sous/secteur sud Marchovelette-Meuse. Les villages mis en défense par le 10ème de ligne. A la lecture des notes de Germain Jeanty, l'on peut se rendre compte des marches effectuées avant ou après les travaux. Boninne et Wartet, deux combats vécus par notre témoin.

 

Les prêtres confirment les passages des troupes et les inconvénients qui en découlent.

Beez «l’église et les bâtiments servirent de logement aux troupes cantonnées dans la commune » écrit le prêtre.

Wartet Les soldats du 10ème de ligne ne laissent pas les populations indifférentes. L’accueil est chaleureux. « Ils suppriment les arbres, élaguent les haies, creusent des tranchées, installent des batteries avec des ouvrages de défense pour dissimuler les pièces d’artillerie »

Sclayn, Sclaigneaux  Le 4 au soir, un bataillon du 10ème de ligne (le 1er) venait cantonner à Sclayn pour repartir le lendemain et y être remplacé, le 6, par un bataillon du 8ème de ligne. « L’esprit des troupes qui séjournèrent à Sclayn était excellent toutefois, ils se conduisaient parfois en soldats… »

 Vedrin  Le village est surchargé de soldats et s’ils étaient en général bien disposés, toutefois certains ne laissent pas un bon souvenir au curé qui constate des dégâts dans son église « de beaux bancs neufs en chêne ont servi de blocs pour découper la viande, trois ou quatre ont été détruits, quelques-uns abîmés ».

Boninne  Les soldats du 10ème de ligne, occupés aux travaux de défenses, n’ont suscité aucun mécontentement dans la population. Toutefois, le prêtre tient à souligner les inconvénients de cette présence « Voyant que mon église devenait de plus en plus un bâtiment militaire –poste d’observation dans le clocher et poste de téléphone- , point de repère à côté de la ferme Gouy Huccorne chez qui était en logement l’Etat-major du colonel Verbist, j’ai transporté au presbytère, les vases sacrés. Comme les soldats logeaient presque chaque soir dans l’église, le Saint Sacrement fut remis dans la sacristie». .« Les soldats belges avaient eu le tort d’y installer un poste d’observation militaire au clocher. Des officiers avec jumelles y observaient l’horizon. Un poste téléphonique reliait le tout à la ferme, la ferme au fort et à la ville { } cela me paraissait dangereux mais j’osai à peine en faire l’observation. Je signalai qu’au moins pour ne pas trop attirer l’attention, il serait utile d’enlever le drapeau…. ».

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Le clocher de l'église  de Boninne est occupé par des artilleurs du fort de Cognelée qui renseignent le fort sur les positions ennemies. Les observateurs l'abandonneront lorsque celui-ci sera pris pour cible par les canons allemands.

Le quotidien du lignard.

Le 1er août départ de Namur vers Warisoulx:   «on nous installe à 40 dans une salle, tartines, café et dormir sur la paille ».

Le 2, repos et «épluchement de pommes de terre», messe puis promenade dans le village.

Le 3, réveil à 3h30, Germain Jeanty est de corvée nourriture à Namur, il revient à pied derrière le camion. La soupe est servie à 16 heures.

Départ pour Vezin. La population manifeste son enthousiasme pour les soldats.

« Tout le monde chante mais avec  le cœur gros {..} nous arrivons vers 22h30, le village est rempli de soldats, on nous loge dans une porcherie avec un plancher tout vermoulu où il faut prendre mille précautions pour ne pas se casser le cou. On dort quand même sur ses deux oreilles».

Le 4, départ pour les carrières des Dolomies à Beez. Ils y effectuent des travaux forestiers, coupes d’arbres et dressent des barricades sur les routes. « Nous roulons un gros arbre jusqu’au bas de la route ». Sur le bord du chemin,…«une femme pleure à chaudes larmes. Son mari doit partir, elle a deux petits gosses aux bras. Une autre bonne femme (sic) nous distribue des œufs cuits».

Le 5, il est de corvée ravitaillement: « notre pot de viande était lourd, aussi je demandai à un gamin une brouette car l’ascension de la cote était fatigante. Le gamin voulut reprendre sa brouette mais nous ne la cédons pas ». La journée ne fait que commencer: Il monte de garde et participe à une patrouille.

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«Nous creusons peut-être notre tombe»

 

Le 6, départ pour creuser des tranchées (à Wartet)  où ils logent de nouveau « dans leur appartement» ironise-t-il.

Le 7, de nouveau aux tranchées  et le capitaine met ses hommes au courant «de la résistance héroïque de Liège» . Puis c’est le départ pour Vedrin, «après 5 heures de marche, nous arrivons vers 23 heures»..  «On doit réveiller les gens, on nous case dans une maison au grenier. On cherche du foin dans la ferme voisine. La femme nous fait des tartines et du café». L’accueil y est chaleureux.

Le 8, à 10 h., rassemblement pour le retour à Wartet, où Germain Jeanty monte de nouveau de garde,  «au coin d’un petit bois, nous montons de faction dans un grand cerisier, assis sur une fourche formée par deux branches On prépare le petit abri pour le bivouac. Le lieutenant Mossel (MOREL)  nous fait les recommandations. La nuit, on voit le phare du fort de Maizeret». Le poste sera relevé à 5 heures du matin.

monter la garde fort de maizereta .jpg

 

Une vue prise de Wartet où l'on découvre le secteur I et le fort de Maizeret dont Germain dit avoir observé le phare pendant sa garde..

 

 

Le 9, c’est dimanche, il assiste à la messe puis « nous achevons les tranchées de la redoute et le soir nous partons vers Beez », mais à mi-chemin, un contre ordre arrive, la troupe retourne à Wartet. «Une marche pour rien» note-t-il !

Le 10, le clairon sonne le lever à 3h30, «rien à manger» écrit-il, départ à 6 h.; la troupe passe par Marche-les-Dames où «le verger est tout détruit» Ce qui confirme les dires du curé de la paroisse.

Marche-les-Dames, château, abbaye, monastère, août 1914

Les travaux entrepris pour la mise en défense de la vallée de la Gelbressée et de Marche-les-Dames en particulier ont modifié le paysage.

 Beez, chantier naval, mobilisation, barricade, création d'obstacles, août 1914 La troupe arrive à  Beez vers 10 heures, et « toujours rien à manger, on commence à réclamer ». Malgré cela, les hommes sont rassemblés et repartent pour Boninne. Le ventre creux! À mi-chemin, contre ordre, retour vers Beez « où nous logeons au chantier naval».Le 11,  la compagnie quitte le chantier naval et regagne Boninne « on nous met dans les tranchées près du bois ».

 Le chantier naval de Beez avant 1914

 

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De nouveaux aménagements aux tranchées : «On nous fait faire des abri pour protéger la tête». Pendant la garde, Germain est promu  agent de liaison. Les officiers reçoivent avis de revêtir la tenue de soldat. L’ennemi se rapproche.

 Le 13,  réveil à 3h30 et départ pour Wartet, «je monte la garde au chemin de Marche-les Dames».

 

 

Le chemin entre Wartet et Marche-les-Dames, là où il monte de garde.

 

 

 

Le 14, tôt le matin, un  départ pour Bouge où ils arrivent à 11 heures et s’installent dans l’institut des sourds et muets.  «réception sympathique des religieuses » note-t-il. Les hommes logent dans la grange sur des couvertures et ils en profitent pour faire quelques soins de toilette. L’aumônier de l’institution les confesse. Les sœurs leur distribuent des médailles : « chacun veut en avoir une » ajoute-t-il dans son carnet.

Le 15, c’est l’Assomption, messe et communion générale. «L’aumônier distribue des cigares et nous buvons un verre de vin ». Après le repas, Germain  se promène dans le village et s’arrête devant « une vue magnifique sur Namur ». Le canon gronde au loin ; « ce sont les Allemands qui sont engagés avec des Français à Dinant » précise-t-il.

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 panorama de namur, Bouge, grand feu, laetare, août 1914belle vue sur namur a.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 L’aumônier qui accueillit les troupes. Il sera fusillé par les Allemands pour avoir aidé et soigné les soldats français lors de leur retraite. Sa maison sera incendiée. La vue sur Namur prise du point de vue proche de l'Institut dont il est question. L'église de Bouge.

Dimanche 16, réveil à 2h30, départ pour Wartet. Nous nous (y) reposons. Corvée épluchage puis nous allons à la messe.

Le 17,  réveil à 4 h, départ pour Boninne, achèvement des grands travaux de fortification, « nous cantonnons dans un hangar en zinc », le soir, il est désigné avec d’autres pour effectuer une patrouille.

Le 18,  repos . Les rumeurs courent. L’ennemi est proche. La population est anxieuse et se prépare au pire.

 

jeanty 09c.jpg  Le 19,  réveil 1h du matin, café puis départ pour Wartet. De garde avec le capitaine Huens, au chemin de Marche-les Dames. Les hommes reçoivent du café des villageois. Le canon gronde dans le lointain. Étonnamment, malgré que le canon gronde en se rapprochant,  il écrit cette phrase : « nous nous amusons bien… je lis le journal à voix haute». Mais à midi,  pas de soupe ! « on me délègue pour aller voir »! « Les avant-postes ont eu des alarmes, on a même tiré des coups de feu à grande distance »,  vers 4 h, relève de garde.

 

 

Une attitude pour le moins étonnante.

Serait-ce le fait d'avoir, pour la première fois, particulièrement bien mangé?

Le 20, la compagnie part pour Bouge, la possibilité d’avoir encore un peu de repos, un bon accueil !  Hélas, vers 10 h. une alerte précipite le départ. Sur la route de Champion, quantité de civils fuient les combats. « La servante d’un curé nous raconte mille et une histoires »  C’est l’exode. Le canon tonne de plus en plus, « les esprits  sont enthousiastes » écrit notre témoin. « Il pleut à verse,  nous partons vers Champion » Les hommes logeront dans le village. Le groupe de Germain hérite « d’une grange remplie de fumier, on nous fait sortir pour monter au fenil, on se couche pèle mêle, les pieds dans toutes les directions, discussions multiples pour les places» consigne-t-il dans son carnet.

A tel point que…. "personne ne descend sous peine de perdre sa place"

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L’attaque est déclenchée sur la position fortifiée de Namur depuis le 19, les combats font rage aux premières lignes et autour des forts. Le 10ème de ligne est en réserves.

 

Le 21, une  alerte  plus sérieuse provoque un réveil à 1h du matin, et un départ vers Boninne. Les premières réserves sont engagées car la pression allemande est énorme dans le secteur Cognelée Marchovelette.  Les armes sont nettoyées, des cartouches distribuées, cette fois….

À 11 h rassemblement et « départ en bataillon à travers les champs d’avoine et de pommes de terre ». « Le canon tonne, nous nous abritons dans l’allée derrière le château de Boninnes. Une batterie d’artillerie est derrière nous. Un avion passe. Les obus passent au-dessus de nous et vont éclater loin derrière. Les obus se rapprochent, bombardement terrible, un vient tomber dans le bois à 5 m de nous, sans éclater. En un clin d’œil,   tout le monde est debout, on s’abrite derrière les arbres. La batterie d’artillerie bat en retraite. Nous recevons l’ordre de partir en avant, nous traversons le bois et la 1/I, (1ère compagnie du 1er bataillon, sa compagnie), se faufile derrière les buissons. J’étais au premier rang. Ma compagnie se faufile dans les buissons. J’étais au premier rang. Les obus et shrapnells continuent de tomber autour de nous en produisant des craquements formidables. Un mouvement à droite nous rapproche des tranchées et de la route. Celles-ci sont occupées par les hommes du 8ème qu’i s’étaient repliés.. On se case ou plutôt on s’entasse.  Le bombardement cesse un peu, le colonel en profite pour rassembler ses hommes, beaucoup ont peur.

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J’étais resté avec mes compagnons d’armes luxembourgeois et nous trouvons le caporal Doyen, également un « Lux », nous marchons de l’avant. Le capitaine nous encourage et nous avançons vers nos anciennes tranchées. Les mitrailleuses se placent en batterie. Une garde de 4 hommes est commandée pour les avant-postes. Je suis de la première faction. Un obus vient éclater près de nous.

Deux extraits de l'historique du régiment.

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Émotion. Enfin deux heures sont passées et nous rentrons dans la tranchée. Nous préparons un lit de paille. Je suis en face d’un trou à cartouches et j’en profite pour m’abriter la tête. Je me couche en travers de la tranchée. La mitraille éclate autour de nous. Le capitaine se couche en long et repose sa tête sur moi. Vers 10 heures, fusillade nourrie dans le bois en face. La canonnade recommence. Le capitaine rapproche sa tête et bientôt l’abrite à côté de la mienne ».

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Boninne, après les combats

Quant une simple note d'un soldat met au jour un fait méconnu des livres d'histoire qui relatent le siège de la position  fortifiée de Namur en août 1914.

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"Dans la nuit, un dirigeable français passe, on voit sa grande .... (?) (carlingue?)  se dessiner sur le ciel sombre".

 

 

En effet, un dirigeable français, le Montgolfier parti de Maubeuge,  est passé au-dessus des positions du secteur IV occupées par les Belges. l'équipage était à la recherche des positions ennemies.

Un ordre de mission est publié et on peut y lire que des mesures doivent être prises afin que les troupes au sol, amies ( belges et françaises) ne tirent pas dessus. De plus souligne le document, une voiture devrait précéder le ballon afin de prévenir de son passage.

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Le commandant Berthon ( commandant le groupe des ballons) doit s'entendre avec les autorités belges pour que l'on ne tire pas sur le dirigeable pendant qu'il naviguera au-dessus de l'armée belge du Nord de la ligne Namur-Liège.

Lui-même précédera le ballon en automobile "pour éviter toute méprise".

Le commandant du ballon pendant cette mission est le capitaine Louis Prêcheur.

 

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louis Precheur.jpgLe capitaine Louis Prêcheur aux commandes du dirigeable lors du survol de nos lignes. L'itinéraire suivi par le dirigeable pendant sa mission. Départ de Maubeuge

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Ordre de mission

Le commandant Berthon a envoyé  une mission de ravitaillement à Namur.

Des tubes d'hydrogène partent pour Namur dès le matin de la mission. Le ravitaillement a-t-il eu lieu à Namur?

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Le secteur s'enflamme.

Le personnel occupant la ferme l’avait vidée complètement. Le village est désert. Plus que des soldats.  « Vers 6 heures, nous recevons une bonne tasse de café qui nous remet les sentiments. En effet la nuit a été froide, je ne me souviens pas avoir jamais eu si froid de ma vie. Je grelottais vraiment et tous les autres aussi».

Germain reprend son récit. «Tout à coup, l’accalmie est interrompue, le canon tonne plus formidable et à intervalles rapprochés. C’est contre le fort de Marchovelette qu’ils s’acharnent et cela régulièrement. Chaque fois on est saisi d’un frisson. La terre tremble, le bruit est assourdissant. D’autres batteries commencent à donner et cette fois sur nos tranchées. Des shrapnells éclatent derrière nous, dans le bois, puis devant et au-dessus de nos tranchées. Une pluie d’éclats et de balles tombe autour de nous sans nous blesser heureusement. On se cache dans les fossés. Un obus tombe à 2 m de nous creusant un trou de 1m50 en terre et remplissant à moitié notre tranchées de terre  et de débris. On est saisis sur le moment mais tout le monde reste calme».

« L'extraordinaire intensité du bombardement du 22 août 1914 avait fait du vide dans Boninne.  La situation devenait intenable au milieu des incendies, entouré de morts et de blessés » rapporte  le colonel Verbist: « Impression pénible à la vue des premiers morts. Les blessés sont joyeux. J’observe tous les hommes ayant reçu le baptême du feu: Les uns rient nerveusement et s’agitent, d’autres semblent abattus par la fatigue et la tension nerveuse, leurs yeux témoignent encore d’une émotion intense. Journée angoissante, journée triste, chacun sentant l’étreinte allemande se resserrer, le contact devenir plus étroit »! La dure réalité des combats, l’horreur !

Vers 3h, on annonce les Français. Il faut tenir jusqu’à leur arrivée. «Nous nous retirons  à travers le bois sous une pluie d’éclats d’obus ».

Le colonel Verbist épingle quelques réactions de soldats : « Certains constatent qu’une balle allemande leur a troué, à l’un sa marmite, à l’autre, son havresac, à un troisième les pans de sa capote. Des remarques s’échangent, rapides, saccadées. Je note de mémoire précise-t-il : “ Ces Allemands, on ne les voyait pas d’abord, et puis, tout d’un coup, on les découvrait tout près, très nombreux, hurlant et avançant rapidement, beaucoup tirant même l’arme à la hanche ». Un jeune soldat se confie au curé du village, « Je n’ai pas eu le temps de décaler mon verrou que j’avais déjà (reçu) trois balles »  

jeanty 09ia.jpg  Voilà les pantalons rouges! « Les Français nous serrent la main au passage».

 

La contre-attaque contre les batteries allemandes qui pilonnent les positions est décidée. Belges et Français vont unir leurs efforts afin d’éliminer ces pièces situées derrière le village de Wartet. « On sent que cette fois-ci c’est du sérieux » griffonne Germain.

 

« on va jouer la vie ou la mort »

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 "Chacun est prêt à verser

son sang"

 

« Au I/10, 3 compagnies avec la 1 /II/10 et Section/M de les porter à l'attaque du front La Haie du Loup-Wartet. Cette attaque sera préparée et soutenue par le groupe de l'A/10 Br. Installée dans son ancienne position de Boninne (crête Fontenelle-Boninne)  note du colonel Verbist concernant le 1er bataillon du 10ème de ligne.

 

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En rouge, le tracé de l'assaut de la compagnie de Germain Jeanty. L'assaut est mené contre des positions défendues par le 5ème régiment de grenadiers et le 5ème régiment de grenadiers de la Garde. Le 5ème grenadiers,  un régiment qui,  le lendemain dans l'après-midi, sera devant le fort Saint Héribert.

 

« A 14 h le feu est ouvert par nos batteries et les bataillons se portent en avant. Immédiatement l'artillerie allemande ouvre un feu violent sur nos lignes. Le groupe du 4A (artillerie) est réduit au silence après environ une heure de tir. Le groupe de l'A/10eme Br.(artillerie) est bientôt réduit au silence à son tour. Un seul obus de 28 retourne complètement une pièce (canon et caisson) et le caisson de la pièce voisine qui prend feu. Le bombardement est d'une violence inouïe entre 14h et 17h 30. Quelques obus de 420 tombent, dont l'un à 300 m. de mon P.C. De toutes  parts affluent les renseignements,  "les positions sont intenables sous le feu infernal de l'ennemi. Ce feu est tellement violent qu'il est impossible d'avancer. C'est un enfer ». écrit le colonel Verbist dans son rapport.

Germain Jeanty est en première ligne, il écrit dans son carnet :

« On commande l’assaut à la baïonnette, on crie 10 hommes de bonne volonté pour aller de l’avant. J’y cours et nous voilà partis à travers jardins et buissons rochers et ronces à l’assaut du promontoire. Arrivés au-dessus, non sans grandes difficultés, rien. Pas de Prussiens. La compagnie se rassemble et nous avançons en tirailleurs en faisant un mouvement tournant à droite pour prendre les Allemands par l’arrière. Une autre compagnie allait à l’attaque de front et une troisième par le flanc. Pendant tout ce temps notre artillerie donne ferme mais ne parvient pas  à fermer la bouche aux Allemands qui continuent à tirer sur le fort de Maizeret.

Leur tir est très précis, on pouvait le voir de Wartet. Notre mouvement tournant s’accentue et voilà notre aile droite qui touche au bois du côté de la Meuse et notre aile gauche par les anciennes redoutes. L’aile droite avance et la voilà à 100 m du bois, alors part un coup de feu du côté des Allemands. Le capitaine n’y prend pas garde et commande de se mettre dans le bois, croyant qu’il n’y avait personne. Notre aile gauche commandée par le lieutenant Morel qui était toujours au premier rang avance dans une pâture. On a des difficultés pour couper les fils. Deux lignes de tirailleurs se forment, une en attaque l’autre en soutien. Je  suis de la seconde, au devant se trouve le lieutenant Morel qui vient de traverser une haie en feu et qui va jusqu’au bois. à ce moment, un sous officier vient nous dire qu’il y a des Allemands à droite dans le bois. Le 1er chef Hollandas m’envoie le dire à Morel. J’y cours, à ce moment commence une fusillade générale. Je me replie sur ma ligne et rentre à ma place. Morel fait mettre sa ligne en position de tir. Il s’abat touché par une balle. C’est un brave qui tombe au champ d’honneur. La première ligne est fauchée, il ne reste presque rien. La mitrailleuse commence à crépiter à notre droite et nous prend de flanc. Notre position est intenable, nous devons nous replier derrière la première crête. Beaucoup tombent pour ne plus se relever. Les balles sifflent à nos oreilles. Nous sommes à découvert. Les Allemands sont invisibles. Il y en a dans les arbres. Nous sommes 150, eux sont peut-être 600. Dans ces conditions il ne nous reste qu’à battre en retraite. C’est ce qui est fait mais vite elle dégénère en véritable déroute. Chacun se sauve comme il peut, les havresacs, les cartouchières et les cartouches, les pelles sont jetés le long du chemin. Je veux me défaire de mon sac mais je n’y parviens pas. Je me couche essoufflé dans une raie de charrue, une ½ minute. Après pas de gymnastique. Je n’en peux plus, il faut me délivrer de mon sac ou rester là. J’aperçois une charrue brabant double, je me laisse tomber derrière et je jette mon sac. À ce moment une balle vient s’écraser sur l’age et deux autres sur les versoirs. Je me relève et tache de gagner  nos anciennes tranchées. Les canons commencent à tirer sur nous. Les shrapnells éclatent, nous courons dans le fossé. Un shrapnells éclate près de nous, tous par terre, j’étais étourdi, ne voyait plus rien et n’entendait plus rien. Je reste peut-être une ½ minute ainsi puis je relève la tête et la course folle recommence.

Bientôt, nous arrivons aux buissons, nous sommes plus en sûreté et la descente commence sur la vallée de Marche-les-Dames. Nous sommes sauvés ou à peu près. Certains ont encore la baïonnette au canon, c’est dangereux dans cette descente à pic. Sambré a été blessé dit-on. On dégringole au travers des jardins, on saute les murs mais traverser la vallée n’est pas chose facile car il y a des ronces tant et plus.. Nous voulons remonter vers Boninnes, on nous y empêche. Il ne reste plus qu’à descendre sur Namur. Je remplis ma gourde dans une cascade mais bien vite elle est vide. J’ai soif.

Arrivés sur la route de Beez, quelques soldats du 8ème de ligne nous crient qu’un blessé se trouve sous le pont. Bien que je sois exténué, je m’offre pour le porter jusqu’à la première ambulance. Modave et moi le faisons assoir sur mon fusil et il met ses bras autour de notre cou. Et nous voilà partis. Il avait la jambe percée par une balle. »

 A l’ambulance,, Germain se fait soigner lui-aussi et est envoyé à l’hôpital à Namur.   il y sera fait prisonnier lors de l’entrée des Allemands dans la ville. Après les soins, il sera envoyé en Allemagne.

Le rapport du colonel Verbist ne laisse aucun doute: l’attaque a été meurtrière.

Le Capitaine Henrotin et les lieutenants, Lepoutre, Morel, Cotton et Plaquet sont tués.

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Combien de soldats ? Plus d’une centaine resteront sur le champ de bataille!

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Un soldat inconnu retrouvé à Wartet Marche-les Dames.

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 Les deux premières pages du récit de sa captivité.

Sources

bochemanie.jpg  Le carnet de notes de G. Jeanty, Monsieur Tihange, son petit-fils en a tiré une nouvelle afin de lui rendre hommage.Le titre,  "Bochemanie" que l'on peut découvrir sur     http://www.europeana1914-1918.eu/fr/contributions/7710#prettyPhoto

Merci à lui de nous avoir permis de consulter les archives de famille

 

Remarque.

La ferme désignée par notre témoin comme étant la ferme des Dames Blanches est en réalité la ferme du château.  La ferme des Dames Blanches est située tout à côté.  La confusion provient de ce que l'état-major régimentaire s'est installé  dans la ferme des Dames Blanches mais qu'il appelle la ferme du bourgmestre. (La ferme des Dames Blanches était la propriété du bourgmestre de l'époque parti en exode). Notre témoin, originaire d'Arlon, ne pouvait connaître la différence entre les deux fermes.

Tous nos remerciements à Monsieur Philippe Nicodème qui  a partagé toutes ses informations sur ce dirigeable français. Les documents et informations peuvent être consultés dans son livre dont il est un des co-auteurs.

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Archives de l'Evêché, paroisses citées.

J. Schmitz et Nieuland op cit.

Historique du 10ème régiment de ligne

Archives du colonel Verbist, cartes et carnet de notes.  En remerciant le colonel  er. Jean-Marie Castermans qui nous en a permis la consultation. Sans oublier également  Mr. Jean Marie Wallon qui nous a renseigné sur l'existence de ces documents.

Nos héros morts pour la patrie 1914-1918

Le responsable du site Beez.be pour l'autorisation à reproduire la photo du chantier naval

Photos collection M; Devigne, la mobilisation à Namur et l'aumônier de l'institut de Bouge

Journal L' Ami de l'Ordre août 1914

Cartes postales anciennes et photos personnelles.

14:53 | Lien permanent

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