08/01/2016

Du 23 au 25 août 1914, Lesve, un village dans la tourmente. Que de victimes!

Trois jours de  terreur

Au village

Ayant répondu à la demande des autorités, un hôpital de campagne a été organisé dans l'institution  des pères de Betharram. Le docteur de Hemptinne avec l'aide des villageois et du père Carrère y soignera les soldats blessés.

Lesve, les pères de Betharram, l'ambulance de Lesve, ambulance française

La communauté de Betharram dont fait partie le père Carrère, est une institution religieuse française installée au château de Lesve depuis 1905. Elle  se propose de soigner les blessés et met six lits à la disposition de la commune.

L’entrée du château où est installée l’institution et à gauche l’entrée de la ferme.

 

Extrait de la proposition  des Pères

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Le 23 août, l’ennemi approche

La population est de plus en plus craintive. Le canon gronde à l’horizon  Déjà, dans la matinée du 23 août,  quelques obus allemands tombent sur le village.

curé de Lesve, abbé Petit, paroisse de Lesve,

 Jules Petit, le curé du village

Les premiers blessés français, recueillis par le curé de la paroisse, arrivent de Sart-Saint-Laurent. Ils reprennent quelques forces chez les pères mais le petit dispensaire est bien vite saturé. Il faut ouvrir d’autres  postes de secours  dans le local de musique et au presbytère.  Les combats se rapprochent encore. « On entend crépiter la fusillade » souligne le curé. « Soudain, une estafette arriva et cria « Sauve qui peut », les Allemands arrivent …. Ce fut la débandade ». Les blessés les plus atteints furent, à la demande du curé,  pris en charge par des villageois qui fuyaient vers la France, certains continuent leur chemin dans l’ambulance française, les derniers poursuivent leur route par leurs propres moyens. Ceux dont les blessures sont trop graves et qui ne peuvent supporter le transport restent au château. Peu avant midi, les premiers combats commencent entre les 43ème  et 127ème régiments et les grenadiers allemands dans le hameau du Bois de Graux.

Les  blessés français arrivent à Lesve

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Extrait des notes du curé Petit,

génie, combat de Charelroi, Sart-Saint-Laurent, 1914, Lesve 1914  La compagnie 1/I du génie, sous le commandement du Capitaine Douaille, forte de 265 hommes, (officiers compris)  est arrivée à Sart-Saint-Laurent, le 22 août vers midi. Elle est chargée d’établir les communications à l’intérieur du village et d’en organiser la lisière (face à Fosse-la-Ville) par la construction de trois tranchées et d’un chemin  de colonne. Ordre reçu : occuper et défendre la lisière du bois de la Folie.

 blessés, perte en soldats, août 1914, Sart-saint-Laurent, Fosse-la-Ville,   Le 23 août, alerte, les premiers coups de feu éclatent, les premiers shrapnels sont tirés sur le bois. Les troupes d’infanterie (84ème RI) qui défendent le village se replient sans que le capitaine ne soit prévenu de la manœuvre. L'officier se rend  compte qu’il est  en présence de forces ennemies très supérieures «  Il prend alors la décision de se replier par échelons en combattant dans des conditions  difficiles. La retraite s’effectue en bon ordre, sous un feu très meurtrier,  sous la protection des sections échelonnées".

Les pertes sont sensibles. Un tué, des blessés graves, des blessés légers et de nombreux disparus.

Après avoir pris un peu de repos dans l'ambulance et vu l'approche de l'ennemi, la petite troupe reprend la route.

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La sépulture du sapeur Taffin au cimetière militaire français de la Belle-Motte et un extrait de l'historique du bataillon.

Le village se vide peu à peu de sa population. « Je fis une nouvelle inspection du village, tout était désert ».

ferme de Lesve, La Bouverie, 1914, août 1914

Lesve 1914, Demarcin, La Bouverie

 

 

 

 

 

 

 La ferme de la Bouverie avant 1914.

Monsieur Demarcin, le propriétaire de l’époque,  jugea bon de quitter sa ferme et prit le chemin de l’exode en passant par Besinne. Chemin faisant, il essuya quelques tirs. Il constatera plus tard que son chapeau a été troué par une balle. Le prêtre, quant à lui,  sillonne sa paroisse afin de rassurer ses ouailles, se rendant jusqu’à  Besinne par le chemin de Bossontienne, les balles lui sifflent aux oreilles. "J'ai entendu les balles qui sifflaient à mes côtés et qui frappaient les dizeaux de céréales".

Pendant ce temps, la violence se déchaîne au village.  Les Allemands  envahissent la localité à la recherche des derniers points de résistance français.  Ils boutent le feu à plusieurs maisons afin de déloger les francs-tireurs. L’excuse sans cesse avancée par les Allemands pour justifier leurs exactions contre les civils.

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Un des premiers bâtiments incendiés. La maison de l’instituteur. Un soldat tenta en vain d’enlever le drapeau belge qui flottait sur la façade de la « maison d’école ». L’échelle était trop courte et le drapeau continua de flotter au nez  et à la barbe de l’envahisseur.

 

Les dommages de guerre déclarés par Henri Demanet. Ils seront plusieurs à chiffrer leurs pertes.

 

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Certainement l'artillerie allemande située aux environs du Bois-de-Graux, après  l'attaque sur les Français

Le père Carrère, le supérieur de la communauté religieuse, parcourt lui aussi la commune en compagnie du docteur de Hemptinne. Ils sont à la recherche d’éventuels blessés.  A la chapelle Saint-Roch, le religieux se méprend sur la nationalité des soldats qui sont tapis dans les buissons et il leur adresse la parole en Anglais….  Ce sont des Allemands !

Chapelle saint roch, Lesve, chapelles de Lesve, 1914

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« Violemment ennuyé, il me fait un signe avec la main de partir »

A peine les deux secouristes ont-ils repris leur chemin, qu’ils sont pris en otages par une patrouille  allemande fouillant le village. «  Placés en tête de la colonnebousculés  et sans cesse menacés et injuriés »,  ils servent de bouclier humain à  la troupe.

El Vaux, El Vau, la ferme d'El Vau, Lesve 1914

Les Allemands tentent de contourner les Français en  passant devant l’église, le château et devant la ferme El Vaux tenue par  Charles Vermeulen et son épouse Julia Forret.

A droite, l’église et le cimetière au centre le château occupé par la communauté religieuse. (l’hôpital de campagne) à gauche la ferme El Vaux.  

L7 (3).jpg La grange de la ferme et le chemin emprunté par les Allemands afin d’observer la position française. La Chapelle aux Loups enserrée dans un massif de tilleuls au milieu des campagnes. Charles Vermeulen et son épouse Julia Forret,

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La famille Vermeulen et le personnel de la ferme, peu avant la guerre, au second rang, à droite, M. Vermeulenferme El Vau, fermes de Lesve, le château de Lesve, chapelle aux Loups

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La chapelle aux loups dans son massif de tilleuls.

Un groupe de Français y résiste. Dissimulée derrière les deux civils, une reconnaissance est lancée vers le point de résistance. (Le chef et un soldat  derrière le père Carrère un autre soldat derrière le médecin) . « Une grêle de balles  sifflent à nos oreilles » raconte le prêtre. Ce sont les Français qui tirent. Mais reconnaissant sans doute des civils, ils cessent le feu. Aussitôt le chef allemand s’avance vers le chef des Français, ils parlementent quelques secondes». Les Français déposent les armes et agitent un drapeau blanc. Débouchant de la ferme des Volées, un millier d'Allemands fondent sur la petite troupe et les  font prisonniers.

L6.jpg Le docteur de Hemptinne en famille avant la guerre.

Sous le feu des Français, explique le prêtre, « Le docteur a une violente crise de cœur et me demande un mouchoir ».

L’escarmouche terminée, les otages sont libérés.

Quant au curé Petit, il est revenu au village et, écrit-il le 24 : «  Après une nuit quelque peu fiévreuse, par suite des incendies qui s’allumaient à l’horizon, par la fuite éperdue des animaux qui erraient à l’aventure, par la fusillade et la pétarade des mitrailleuses, je célébrai la messe au milieu de gens anéantis ».

Pendant l’office, le prêtre est prévenu de ce que plusieurs blessés « gisaient dans les campagnes du Bois-de-Graux. L’abbé Carrère et lui confessèrent les plus gravement atteints avant de les transporter au château.  Malheureusement, « de nombreux morts s’échelonnaient le long du chemin ».

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Une partie du village où se sont passés les combats entre les Français et les Allemands. Etoile blanche. La chapelle aux Loups, position de résistance française. Deux flèches noires, à droite, l’approche de la patrouille sous le couvert des deux otages. A gauche, les soldats allemands descendent la ferme des Volées. Ligne rouge:  chemin parcouru par la reconnaissance allemande passant devant l’église, le château et la ferme. Les flèches rouges, les différentes sépultures françaises. Le curé Petit et son aide ont enterré la plupart des victimes au poste III.

Entre la ferme de Hérende et des Volées, un soldat français est couché dans le fossé. Malgré les tirs des Allemands, les sauveteurs approchent du blessé et l’abbé Petit le confesse. Le soldat le supplie de lui procurer un revolver pour se faire sauter la cervelle « afin de ne pas tomber aux mains des Allemands ». Malgré les difficultés, le blessé sera évacué vers le poste de secours villageois. « Nous étions à le hisser  au prix de mille difficultés sur notre véhicule quand de nouveau trois soldats parurent et à plusieurs reprises déchargèrent leurs armes dans notre direction. Ma conviction est qu’ils ne voulaient pas nous atteindre mais seulement nous effrayer parce qu’ils avaient des blessés et des morts aux environs de la ferme d Hérende et qu’ils ne voulaient pas que nous puissions les voir ». Il restait à enterrer les cadavres. Aidé d’un seul volontaire,  Vital Hennaux,  un enfant de chœur de 14 ans,  le prêtre commença sa lugubre mission. Au milieu des champs, une tranchée hâtivement creusée par les Français permit d’inhumer les 16 corps gisant à cet endroit. « Nous traînâmes les 16 corps dans cette tombe d’occasion ».Dans la soirée,  les deux samaritains seront néanmoins aidés par des volontaires, dont MM. François Candael, le père de Vital Hennaux, Eloy Misson et Vital Marchal. Malheureusement, il déplore l’attitude quatre « inconnus » qui délestent les cadavres de leurs derniers biens. Enfin ce qui leur reste car les Allemands les ont précédés. Les blessés français témoignent de l’attitude des soldats allemands qui  « ont été assez bons pour nous » en leur donnant à boire mais de préciser néanmoins que ces mêmes ennemis avaient soin de prendre les montres , bourses et autres objets de valeur.

Lesve 1914, cimetière de lesve, soldats français

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 Vital Hennaux

et les quatre villageois qui apportèrent leur aide. 
François Candael, le père de Vital Hennaux, Eloy Misson et Vital Marchal.

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Vital Hennaux  entreprendra des études au séminaire. Devenu prêtre,  , il sera aumônier dans la garnison du  fort de Marchovelette en 1940 pendant la campagne des 18 jours.

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«  Ce fut le grand passage ».

Du mardi 8 heures au mercredi vers midi, ce ne fut qu’un flux de troupes allemandes de toutes armes. Le village subit beaucoup de dommages. Toutes les habitations furent prises d’assaut. Les soldats se ruaient dans les maisons, revolver au poing,  menaçant, insultant,  pillant . Plusieurs habitants furent maltraités, d’autres virent leur maison incendiée, cinq  perdirent la vie.

Donat Dewez et sa fillette, alors  âgée de 7 ans,  arrêtés et emmenés par la troupe échappèrent  à une mort certaine, grâce à la complicité d’un des soldats qui leur conseilla de fuir lors d’une halte. Leur maison fut incendiée ainsi que celle de leur voisine Marie Beaupère tout comme celle de Auguste Piot  et d’Arthur Lambotte. Aux Six-Bras, ce fut la maison de Joseph Devigne qui fut détruite par le feu. Les habitations de Julien Tonon et Phileas Pochet, là où des soldats français avaient creusé des tranchées et installé une mitrailleuse, furent elles aussi réduites en cendres. Alors que les incendies éclataient un peu partout dans le village, la soldatesque a arrêté une vingtaine de femmes et de jeunes filles. Obligées de s’agenouiller les dames vécurent un moment atroce croyant leur dernière heure venue.  L’officier leur ordonna de réciter une dernière fois  leur acte de contrition, « et pendant que ces malheureuses éperdues priaient en sanglotant, » l’officier ordonna le feu.  Et les fusils furent déchargés…  en l’air.  Par deux fois l’officier fit le simulacre puis « ce bel exploit fini, les militaires s’éloignèrent en riant ».

Aux Anges, près de l’arrêt du vicinal, Jules Crasset, un jeune papa de 24 ans, et Constant Pochet, 17 ans cueillaient des pommes dans un verger. Des coups de feu éclatèrent, Jules Crasset fut mortellement blessé, quant à son compagnon d’infortune, il fut grièvement blessé. Malgré les soins reçus d’un médecin allemand, il mourut des suites de ses blessures non sans avoir été dépouillé par ses assassins.  Le curé dut encore aller relever le corps de Victor Demeuse, 46 ans, père de trois enfants,  tué d’une balle allemande alors qu’il tentait de sauver les meubles de la maison en feu de son voisin Phileas Pochet. Enfin, le prêtre fut encore appelé au hameau des Bruyères au chevet de Valentine Lefèvre blessée mortellement peu après l’accrochage  entre des soldats belges et les troupes allemandes. Une balle tirée au travers de la porte  ! Touchée au ventre, la gamine est morte exsangue. Toujours Aux Anges, Florent Beaupère et  Gustave Genin furent pris en otages mais heureusement relâchés après avoir conduit des charrettes vers le fort Saint-Héribert.

 

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La liste des victimes civiles dressée par le prêtre

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La croix de pierre placée à l'endroit de la découverte du corps de V. Demeuse, Sa fille,  en grand deuil, Valentine Lefevre, Philéas Pochet et Donat Dewez.

 lesve 4 c.jpg La station du tram Aux Anges. Florent Beaupère et Gustave Genin, pris en otage

 

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 Les  victimes françaises

 soldat inconnu, cimetière militaire de Dinant, « … les nombreux soldats dont le nom reste dans l’oubli et dont les corps furent inhumés en toute hâte dans les champs de la paroisse de crainte du détrousseur… Plusieurs furent mutilés, on retrouvait soit une tête, un bras ou une autre partie du corps».

 Une note du curé A. Petit

Ce 23 août, les Français entrent au contact des Allemands dans les campagnes de Lesve. Leur ligne de défense est mise en difficulté par l’artillerie ennemie qui pilonne lourdement le secteur. Deux régiments d’infanterie, le 43ème et le 127ème occupent les tranchées appuyés par des batteries d’artillerie du 15ème RAC. Après un combat d’artillerie et des vagues d’assaut repoussée par des feux de mousqueterie, les défenseurs défendront leurs positions au corps à corps. Des combats acharnés autour des fermes de Hérende, les Volées et Libenne qui servent de points d’appuis aux Français, les pertes seront sévères, des deux côtés.

 Non identifié: E.N. soldat ou caporal, mort pour la France en 1914-1918.

Lesve, soldats français, ligne de défense, les fermes, août 1914

Mais il écrit également: « au moins 110 combattants périrent ». 150 ou 110 ,

la différence est sensible.

 

Pour plus d'informations, voir dans le chapitre VI
 
Les troupes françaises organisent un  centre de résistance entre Lesve et Gonoy.
et 
L'attaque allemande contre la ligne de défense Lesve-Gonoy
 

44 noms de  soldats français consignés par le prêtre

RI, régiment d'infanterie, RAC, régiment d'artillerie de campagne, (?) régiment inconnu, fiche non retrouvée.

À l’exception de Marcel Waroquier et de Jules Duriez qui sont inhumés par le prêtre dans le cimetière communal de Lesve, les autres soldats sont ensevelis provisoirement sur les lieux des combats, en attendant un éventuel regroupement. 

Maison Saint Gérard, cimetière allemand, nécropole allemande, Libenne, route des fermes, 1914, 1917  Que sont devenus ces corps ? En 1917, les Allemands ont exhumés les corps de Français et de Belges afin de les regrouper dans le cimetière militaire qu’ils venaient d’ouvrir près de la ferme de Libenne. Allemands, Belges et Français reposaient côte à côte.

Dans le cimetière allemand, une tombe d'un officier belge du 13ème de ligne à côté de tombes de soldats allemands qui ont trouvé la mort lors des combats de Saint-Gérard et environs. A gauche la tombe de Max Winter, un grenadier allemand tué à Libenne.

Après la guerre, lors du démantèlement de la nécropole allemande, les Belges seront transférés à Marchovelette ou retourneront dans les cimetières communaux, les Français rejoindront le sol natal ou bien resteront dans la terre qui les a vus mourir pour leur patrie à l'instar de  Duriez Emile, Lebas Charles ou Smit Georges.... qui sont inhumés dans la nécropole militaire dinantaise.

soldat inconnu, cimetière militaire de Dinant, nécropole de Dinant, citadelle de Dinant

soldat inconnu, nécropole de Dinant, cimetière militaire de Dinant

soldat inconnu, nécropole de Dinant, cimetière militaire de Dinant

 

 Trois des nombreuses tombes du cimetière militaire de Dinant où plus de 700 corps de soldats français inconnus reposent dans des ossuaires.

 

 

 

 

fosse commune, tranchée, cercueil militaire, inhumation, exhumation, 1914

Une besogne pénible et  douloureuse exécutée par les villageois. Exhumation ou inhumation?

Ceux inhumés le 23 août par le curé aidé par le jeune Vital Hennaux (dans la tranchée)
Dans les tranchées près de la ferme des Volées.
Viscart Albert 43RI, Nollain Albert 43RI, Lepez Albert 43RI, Chassaing Raymond 43RI, Bonté Léon 43RI, Mariage Abraham 43RI, Dassonville Eugène 43RI,
régiment inconnu ? Bultel P( ?) Thillier Georges (?) Varveine Gaston (?) Eintchne J.(?) Marchand Paul (?)

 

Lesve 6.jpg  Ceux inhumés le 25 août

Outre Waroquier Marcel,  du 43RI, relevé comme blessé le 23, mais décédé le 25, des suites de ses blessures et inhumé dans le cimetière de Lesve, le prêtre dresse la listes des victimes dont il s'est occupé.

 Deux officiers allemands qui passaient ont salué le cercueil lors de la sortie de l'église,


cimetière de Lesve, 1914

 

 

 

 

 

Ils sont retrouvés près de Libenne, les Volées et Hérende, à Montigny et aux lieux-dits Marlagne et Try Haillot

Dumont Georges 15RAC, Levast André 15RAC, Ruquois Paul 15RAC, Thérie Georges 15 RAC, Mechembled Ernest 15 RAC au Try Hallot, Chevalier Jules 127RI
Gaille Albert ( ?), Lefebvre Paul 43RI, Derijkers Gustave 127RI, Lemerre Maurice ( ?), Lavoie Eugène 15RAC, Duez Jean-Baptiste 43RI, Lefèvre César 127RI Escamur André 43RI, Houflain A. ( ?), Smit Georges 43RI, Delbecq Louis 127RI,  Hiance Pierre 127RI, Falempin Hipolyte 127RI, Curnelle Marceau 127RI, Petit Georges 127RI, Robert Eugène 127RI, Goubet Paul 43RI, Lebas Charles 43RI à Marlagne, Vergote ( ?), Marouze ( ?), Ferret Aimé 127RI, Evrard François 127RI, Lenne Alfred 127RI , Gros Alexandre( ?) Aux Volées ainsi qu'un  Français inconnu à Montigny

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Des exemples de fiches signalétiques dressées par l'armée française et de dossiers militaires départementaux

Les informations ne cadrent parfois pas avec la réalité des faits.

Date, lieu...

 La fiche de Duriez Emile est un exemple. Elle donne erronément le 23 août comme date de décès. Ce serait la date de sa "disparition" sur le champ de bataille.

 

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Le 5 septembre, Duriez Emile,  du  84RI, est mort chez Jules Jacob, des suites de ses blessures ( il venait probablement de Sart-Saint-Laurent lieu de combat de ce régiment). Il décède le même jour que Verhaeghe Constant, le soldat belge du 10ème de ligne, lui-aussi soigné chez ce villageois Tous les deux seront enterrés dans le cimetière communal de Lesve, Le Français dans la tombe n° 2.

 

L’échauffourée avec les belges sur la route vers Gonoy

Récit d’un soldat : « ils avaient passé la nuit du lundi au mardi dans les bois.  Au cours de la débandade, ils avaient rencontré un lieutenant, tout jeune, qui leur avait promis de les sauver en gagnant la France. Le mardi matin, la petite colonne débouchait dans les campagnes de Lesve, entre la Guinguette et la Levée. Quant tout à coup un officier allemand leur intima l’ordre de se rendre. Au même instant, le lieutenant donna l’ordre de faire feu. Au même instant, la riposte des fantassins allemands coucha une vingtaine des soldats, sept tués et une quinzaine de blessés, tandis que le lieutenant disparaissait dans le bois avec les soldats  indemnes ».

Gonoy, La Levée, Le bourdon d'hiver, Chevauchoir, 1914

1 le Bois du Duc par lequel quantité de troupes sont passées
2-3 la route de Sart-Saint-Laurent (2) vers Bois-de-Villers (3)
4 la zone de combat
5 la ferme visible sur la photo
6 l’endroit des inhumations provisoires
7 les fermes des Neuves Censes

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Le lieu du bref combat.

 

Sur le plan ci-dessous, le lieu du combat et les inhumations provisoires des soldats belges.

 

 

 

 

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 Lesve 8  c.jpgCe qui correspond assez bien à la déclaration que fait Ernest Bacq de Lesve, un soldat du 10ème de ligne capturé à Lesve dans les mêmes circonstances. « Je me suis retrouvé avec un groupe de soldats de différents régiments et un officier. Nous tentions de rejoindre l’armée en retraite. C’était à 10h30.

Lesve 7 b      stavaux louis.jpg Après le bref combat donc, on dénombra plusieurs soldats belges tués et inhumés le long de la route près de La Levée (vers Sart-Saint-Laurent et Gonoy) ainsi que plusieurs  blessés réfugiés dans les dépendances de la ferme de  Louis Stavaux.

Constant Verhaeghe y  mourra quelques jours plus tard et sera enterré provisoirement  au cimetière communal

 

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Louis Stavaux recueille une quinzaine de soldats belges dans sa grange. L'acte de décès de Constant Verhaeghe mort le 4 septembre des suites de ses blessures.  

Combien de tués parmi les Belges?

6 défunts sont repris en marge du plan dressé par l’administration communale de Lesve,

4 connus,Gevers, Raveel, Coroniers et Verhaeghe

2 inconnus. Uniquement leur matricule 55624 pour l'un, 52705 pour l'autre.
Par contre un autre document, du curé Petit, cite encore les noms de deux autres victimes : Buletrijst Victor de Lifferingen et Swerts Englebert de Koekelberg.

Ce qui donnerait un total de 8.
Mais où sont les tombes de ces deux derniers cités ? Pas sur l’emplacement des tombes belges renseignées sur le plan.  Tombes 1,2,3,5 et 6 les soldats Coroniers, Gevers, Raveel et deux inconnus. Pas de numéro 4 car Constant Verhaeghe a été transporté au village pour y recevoir des soins. .

8 morts  comptabilisés fin septembre. Il manque donc deux corps. Qui sont ces deux soldats renseignés par le prêtre? Les archives militaires consultées ne donnent aucun résultat concordant. Un soldat portant le nom de Swerts Englebert du 10ème de ligne est mort durant le conflit mais l’année du décès et le lieu ne correspondent pas. Rien en ce qui concerne Buletrijst. Encore faut-il voir si l’orthographe du nom est correcte.  Autre possibilité, serait-ce deux livrets militaires abandonnés lors de la fuite?

Les soldats identifiés

Charles Gevers, né le 28 mars 1884 à Anvers . Il est donc de la classe 1904, Service militaire par tirage au sort et enregistré au 10ème de ligne. Taille 1,65m , cheveux blonds.

Lorsque la guerre éclate, il est marié et exerce la profession de commerçant à Anvers.
Enterré sur place le jour de sa mort puis ramené dans le cimetière communal par le curé Petit. Le 10 novembre 1917, les Allemands le transfèrent dans le cimetière de Maison-Saint-Gérard. Ce n’est que le 23 octobre 1922 qu’il sera exhumé du cimetière allemand pour être transféré au cimetière de Marchovelette. Sa mère et sa veuve ont été prévenues de la date « et invitées » à assister à la cérémonie.
Plusieurs fois après la guerre, la veuve sollicitera un billet de transport gratuit (payé par l'Etat à la famille du défunt) pour se rendre sur la tombe de son époux.

Marchovelette, cimetière militaire, soldats belges tués, 1914, position fortifiée de Namur

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Blondin Raveel, né à Kruishoutem, le 20 juin 1876.
Il n’a pas fait son service militaire (en 1896) y ayant échappé par un « bon » tirage au sort. Néanmoins, en 1903, âgé de 27 ans, il s’engage comme volontaire pour une durée d’un service militaire. C’est la raison pour laquelle il reçoit une prime d’engagement. (Soldat VAP volontaire avec prime)
Marié à Irma Dhaene. Il a 48 ans en 1914 ! Un âge avancé pour un soldat, un âge hors des limites définies par la loi. Malgré cela, il rejoint son régiment et en raison de son « ancienneté », est incorporé au 10ème de ligne de forteresse.
Lors de l’enquête pour le dossier d’inhumation, c’est le père du défunt qui est prévenu du transfert du corps, sa veuve « présumée » n’étant plus domiciliée en Belgique. Elle sera retrouvée habitant à Bouvigny puis à Lens dans le département français du Pas-de-Calais . Aucune demande de sa part pour venir se recueillir sur la tombe de son défunt mari.

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Constant Verhaeghe, originaire de Courtai où il est né le 27 septembre 1885. Il est donc de la classe 1905. Lui aussi est un lignard du 10ème de ligne. Il réside à Harelbeke où il est marié avec Rachel Desmet. Il est âgé de 29 ans lorsque la guerre est déclarée.
Blessé mortellement le 26 août, avec une quinzaine d’autres victimes, il est relevé et soigné chez Jules Jacob, qui a transformé une annexe de son bâtiment en ambulance. Malgré les soins prodigués, il décède le 4 septembre des suites de ses blessures. Il sera inhumé directement dans le cimetière communal. Il n’a pas été transféré dans le cimetière allemand (comme le furent ses frères d’armes en 1917) et le 5 juillet 1923, il est exhumé et transféré au cimetière militaire de Marchovelette. Sa veuve recevra une enveloppe contenant la succession de feu son époux. Les objets personnels repris lors de son décès.

Bois-de-Villers, combat, Saint-Héribert, fort de Namur, mort au champ d'honneur

Marchovelette, mort au champ d'honneur, 1914, août 1914, Namur

 

 

 

 

 

 

 

 

enveloppe de succession (envoyée)  par bourgmestre.

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Le soldat Coroniers ?
Un nom qui n’est pas repris ( du moins sous cette forme) dans les bases de données habituellement consultées. Il reste introuvable  Le nom a-t-il été correctement orthographié ? Une recherche avec les variantes de ce patronyme est en cours. Toutefois, il y aurait, et le conditionnel est de rigueur, une explication:  ce corps n'ayant pas été identifié aurait été inhumé comme inconnu or une sépulture du cimetière de Marchovelette concerne un soldat inconnu mort à Lesve.

soldat inconnu, non identifié,

soldat inconnu, Arbre, Lesve, Profondeville, Lustin, Rivière, Bois-de-Villers, 1914

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les deux corps non identifiés en 1914.

La seule indication est un numéro matricule sur les vêtements. Si en 1914, les deux corps ne sont pas identifiés, ils le seront après la guerre. Les familles pourront commencer leur deuil. Ils reposent tous les deux, côte à côte, dans la nécropole de Marchovelette. Il s’agit de Hindryckx Auguste et de Pauwels Ludowijk

soldat inconnu, cimetière militaire de Marchovelette, soldats inconnus

soldat inconnu, identification, 1914

 

 

 

 

 

 

Plusieurs exhumations furent nécessaires afin de récolter des indices susceptibles de faire avancer l'identification.

Les deux tombes lors de la création du cimetière militaire de Marchovelette.

 

 L’identification en 1922

 Les autorités militaires disposent donc de deux corps inconnus et pouvant répondre à 4 identités différentes.  Quatre noms  : Van HoeyveldVitalVital et Hindrickx Auguste pour l’un des corps, Pauwels Louis et Rémy Y. pour le second.

Après la guerre, des recherches sont entamées par les autorités belges:  contacts avec les familles ayant introduit une demande de recherche auprès des services militaires , courriers aux  administrations communales concernées et les régiments de ces militaires afin de collecter le plus d’informations possibles.

Deux prospections donnent des réponses capitales pour la suite des recherches: Vital Van Hoeyveld tout comme Rémy Y sont retrouvés en vie et ont rejoint leur famille dès leur démobilisation. Bien que simplifiant la situation, ces éclaircissements ne résolvent cependant pas l’énigme. Il reste toujours deux noms pour deux corps portant les matricules 52705 et 55624. Nouvelles recherches, le temps presse car le cimetière allemand doit être désaffecté et les corps transférés.

Une dernière autopsie permet l’identification de Pauwels mais qui se voit curieusement  attribuer le matricule 52714(?) . Et logiquement… le second corps serait donc celui de Hindryckx A.

Le dossier Pauwels

inhumation, exhumation, soldat inconnu, soldat de 1914, régiment de ligne,

 Inconnu puis Pauwels Louis soldat du 10ème de ligne décédé le 23 août 1914

enterré à Maison Saint-Gérard en 1917

Un doute existait entre lui et  Y. Rémy, retrouvé en vie après la guerre

Boutons du 10ème de ligne

écusson de tireur d'élite

galon de soldat de 1ère classe

fracture des deux fémurs, portait le n° 60005 sur une jambière, souliers de repos, gilet,

il manque un tibia, extraction des 3ème et 4ème molaires droites à la mâchoire supérieure de la 3ème molaire gauche et droite à la mâchoire inférieure. 

 

identifié Pauwels Louis soldat du 10ème de ligne matricule 52714

 

 

inhumation, exhumation, soldat inconnu,  le soldat Pauwels a été identifié au cimetière militaire de (Maison) Saint Gérard

Environs de Namur entre le 14 et le 23 août inhumé à Lesve le 26 août 1914, le 10 novembre 1917, exhumé et transféré à Maison Saint-Gérard et le 27 novembre 1922 inhumé définitivement au cimetière militaire belge de Marchovelette. 

inhumation, exhumation, soldat inconnu, août 1914

 Le dossier Hindrickx

soldat inconnu, exhumation, inhumation, août 1914

un corps inconnu attribué à Vital Van Hoeyveld puis à Auguste Hindrickx

matricule 52705 sur vêtement inhumé à Lesve le 23 août 1914 puis transféré à Maison Saint-Gérard, le 10 novembre 1917. Exhumé et inhumé sur place pour les recherches

 

Vital van Hoeyveld en vie, habite à Rhodes Saint-Pierre

 

 

soldat inconnu, inhumation, exhumation, cimetière militaire allemand, soldat inconnu

exhumation en double d'un inconnu sans vêtements, déformation du crâne, il manque l'avant bras droit, carie à la 5ème molaire gauche à la mâchoire supérieure, extraction de la 3ème et 4ème molaires gauches et de la 3ème molaire droite à la mâchoire inférieure.

 

le 16 décembre 1922 identification définitive de Hindrickx Auguste en lieu et place de Pauwels Louis.

 

 

 

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 Transféré le 27 novembre (? décembre)  1922 à Champion (Marchovelette)

 

Photo d' Auguste Hindrickx

cfr site généalogique de la famille

voir sources

 

soldat inconnu, inhumation, exhumation, août 1914, Namur, retraite de Namur

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 La première occupation des troupes allemandes

Toute la semaine, les troupes occupent le village. Le curé continue ses visites dans le village afin de soulager la population qui vit toujours dans la crainte. "La semaine se passa toujours sous les insultes et les sautes d’humeur de l’ennemi". Le dimanche suivant, le prêtre fut menacé par un sous-officier allemand qui avait logé au presbytère.  Ayant égaré sa lampe électrique, il en tenait le prêtre pour responsable. Cela faillit mal tourner.

Le récit qu'en fait le prêtre.....

 

"Pour un peu c'était mon dernier passage..."

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 Et la conclusion du père Carrère....

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Le cimetière allemand de Maison Saint-Gérard.
On retrouve parfois  des morceaux de pierres tombales sur l'emplacement de ce cimetière, ceux-ci sont conservés et maçonnés dans le mur de l’église de Maison-Saint-Gérard.
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Des morceaux de pierres tombales, deux françaises et une d'un soldat belge, Bischop, du 1er régiment de chasseurs à pied de forteresse qui a combattu pour la défense du point d'appui de Loyers (voir chap. V).

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Le cimetière de Lesve, la concession des Pères de Betharram telle qu'elle était après la guerre 14-18. Plusieurs pères, décédés entre 1905 et 1918,  y reposent

 En ce qui concerne les deux corps des soldats belges au cimetière communal de Lesve, ils étaient déposés dans deux tombes provisoires en attendant un éventuel déplacement ou retour.
Après la guerre, les familles des victimes pouvaient demander et ce, aux frais de l’Etat, le rapatriement du corps dans la concession familiale ou bien l’inhumation dans une nécropole militaire. Certaines familles prévenues par les autorités du jour du transfert, sont venues assister à la cérémonie. L’Etat aidait également les familles qui le demandaient en leur offrant, une fois l’an, les billets de transport afin de se rendre sur la sépulture de leur défunt.

Sources.

Le récit de ces terribles journées  se trouve dans le tome VI, cinquième partie, pages 49 et suivantes de L’invasion allemande dans les provinces de Namur et Luxembourg. J. Schmitz et N. Nieuland. Toutefois nous avons repris des parties des rapports des prêtres non exploités par les auteurs.     

 Site généalogique de la famille Hindrickx   http://familierosseel.be/akten/aktenaugustushindryckx.php

Pour les dossiers inhumation, exhumation: http://www.wardeadregister.be/fr

La photo de l'inhumation ou exhumation des cercueils ne concerne pas Lesve mais le village d'Auvelais

Archives communales, Lesve année 1914 dommages de guerre et ausweis (les photos des villageois proviennent de ces ausweis)

Et registres d’état civil, Lesve,  décès pour 1914

Archives ecclésiastiques, rapports et documents déposés par  prêtres de la paroisse de Lesve

Archives militaires, dossiers, notariat Evere

Archives départementales du Nord et du Pas-de-Calais pour les soldats des 43ème et 127ème RI et du 15RAC

Mémoire des Hommes, les fiches des soldats français

Photos de famille (docteur de Hemptinne) photos personnelles, la nécropole de Marchovelette.

Cartes postales anciennes

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