23/04/2016

Albert Boulangé du 77ème RAL et ses frères d'armes du 211ème RALD, du 14ème dragons portés et du 8ème RI

Lesve, le 211ème RALD, le 14 mai 1940, dragons portés, frères d'armesUn article dans le Journal Vers l’Avenir du 14 mai 1947 (signé A. T.)   relate les faits dramatiques qui se sont déroulés à Lesve en ce 14 mai 1940. Nous allons reprendre cette page d’histoire en la complétant par de nouveaux documents retrouvés lors de nos recherches dans les archives militaires et civiles.

artilleur français, mai 1940, campagne de Belgique, 14ème dragons portés, 211ème RALD, artillerie lourde

phoots tombes.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

Au nouveau cimetière de Lesve, à l’ombre de modestes croix de bois reposent 30 (29) soldats français tombés glorieusement au champ d’honneur au cours des combats de la Meuse". Une photo d’un artilleur du 211ème RALD retrouvée dans le bois du Fay. Aucun nom, aucune information, fait-il partie des victimes ou bien est-ce un soldat blessé et transféré vers l’arrière ?

Beaucoup de troupes sur la route de Bossontienne et dans le village.

 Dès le 12 mai, le 211ème RALD, aux ordres du colonel de Benaze, s’était installé dans le village d’Arbre, à quelques kilomètres du fleuve. (Voir la page consacrée à A. Chabert) « D’autre part, devant l’avance rapide des blindés allemands, un groupe du 77ème RAL ( dont les 5ème et 6ème batteries- venant de Marche-en–Famenne) s’était replié sur Lesve. Dans l’après-midi du dimanche 12 mai, la 6ème batterie prenait position aux Hayettes, non loin du presbytère ayant comme tâche de renforcer le 211ème RALD. Des éléments du 8ème régiment d’infanterie étaient en mouvement de Arbre vers Lesve. La veille, déjà, le centre du village avait été occupé par le 8ème dragons. Artilleurs comme fantassins, tous allaient, le 14 mai, être pris dans une infernale tourmente. Le danger était imminent. Les colonnes ennemies approchent de la Meuse. Les commandants des régiments français qui avaient établi leurs quartiers au château de Lesve conseillèrent aux habitants d’évacuer le village. De nombreuses familles prirent le chemin de l’exode. Le bourgmestre témoigne à ce sujet «  j’ai évacué la commune suivant les instructions données par les troupes françaises de passage –le 8ème dragons- et me suis rendu en France ». Un véhicule du 14ème dragons portés avec son équipage se trouvait également au château du village.

« Le lundi 13 mai, les batteries françaises entrèrent en action mais les Allemands ne répondirent pas. Toutefois le lendemain 14 mai, vers 14 heures, les artilleurs furent soumis à un bombardement aérien d’une extrême violence et qui fut très meurtrier. Pendant près de 3 heures, en vagues successives, les avions à croix noires déversèrent bombes et torpilles sur les colonnes françaises en repli le long de la route du Fays entre Lesve et Besinne ainsi qu’une batterie (6ème) du77ème régiment installé aux Hayettes. Tandis que les bombes éclataient en tonnerre, soulevant des colonnes de poussières et de fumée, semant la mort et l’horreur des effroyables blessures quelques hommes restèrent à leur poste cramponnés à leur mitrailleuse, ils luttèrent jusqu’au bout, tombant à leur tour, mortellement atteints. Le soir de cette tragique journée, trente (29) corps restèrent étendus sur le champ de bataille. Le long du chemin du Fays, la dévastation régnait, de nombreux véhicules incendiés ou hors d’usage, de vastes entonnoirs creusés par les bombes, des troncs d’arbres dispersés au hasard et s’enchevêtrant obstruaient la circulation ».  Des fantassins du 8ème RI qui se repliaient étaient au nombre des victimes.

bombes, 211ème RALD, attaque aérienne, batterie, 6ème batterie, 17 ème batterie, 18ème batterie

Les dégâts à la route et aux propriétés voisines attestent de la violence des bombardements. Le nombre de cratères occasionnés par les torpilles et autres bombes dans les terrains voisins est impressionnant. Trente-six cratères doivent être remblayés dans les prairies et terres proches du bois du Fays.

Extrait d'une délibération communale du village de Lesve.
dommages de guerre, bombardemlent, 211ème régiment d'artillerie lourde, 14ème dragons portés, 8ème régiment d'infanterie français, mai 40

Combien de bombes sur les maisons situées dans la zone de combat?

Les dommages subis par M. Albert Carpentier

 

 

 

L'administration communale confrontée à une tâche inhabituelle. Relever les corps des victimes, les identifier et leur donner une sépulture digne.

La majorité de la population a fui les combats, les quelques villageois encore présents prennent néanmoins des mesures appropriés à la situation. Dès le lendemain, les corps sont « Enterrés provisoirement et en toute hâte sur les lieux de combat ». 

exhumation, inhumation, soldats français, mai 1940, laffly, latils, 211ème RALD  Le 23 mai, le secrétaire communal prend d’autres mesures afin de donner aux Français une sépulture provisoire. Ils furent regroupés près de l’endroit de leur mort, le potager de la famille Polomé, la lisière du bois de Fays…. les uns dans des fosses communes, d’autres dans une tombe individuelle. Les corps restèrent à cet endroit jusqu’en fin septembre 1940.

exhumation, sépulture provisoire, laffly, latils, KTL4, mai 1940

heritage du soldat, 211ème RALD, 155mm, canon modèle 1913, Laffly, latils , KTL4Monsieur Arthur Piraux qui participa aux inhumations et exhumations des victimes françaises. La listes des différents intervenants de Lesve.

 

L'héritage de Ane Albert, sur qui on retrouve un canif, un portefeuille avec des photos et papiers illisibles mais l’observateur note « retrouvé deux doigts avec bagues, une en or et l’autre en métal, Bague en or avec initiales AA entrelacées,

Les informations contenues dans les éléments retrouvés sur ou près des corps sont envoyées à la Croix-Rouge et au Minisitère de la Santé. Elles  devaient permettre une identification. (Ce ne fut pas le cas pour tous). Si les identités des victimes ne semblaient, au départ, ne poser guère de problèmes, associer celles–ci aux corps retrouvés fut problématique pour certains cas, vu l’éparpillements des documents parfois « illisibles ou abîmés » et les corps mutilés. Ces difficultés et  le manque de précision des « acteurs de terrain » sont à l’origine des différents problèmes rencontrés lors des recherches ultérieures. Une polémique naîtra à ce sujet entre le bourgmestre et le Ministère de la Santé qui s’occupait des sépultures des soldats français. Précipitations et précisions ne font pas bon ménage. Néanmoins, pour la défense des responsables, le fait d’avoir dû agir dans l’urgence n’a pas facilité la tâche d’autant plus que les consignes fournies par le Ministère n’étaient pas très compréhensibles. De plus, les volontaires ne s’attendaient certainement pas à devoir déplacer des corps parfois terriblement mutilés.

Des objets retrouvés sur les victimes, l’héritage du soldat

 La liste est longue mais en général, on retrouve: des papiers d’identité contenus dans un portefeuille et dans le meilleur des cas, une plaque d’identité militaire, voire un livret militaire. A. Levesque et A. Chitel sont en possession d’un permis de conduire. L’argent : une bourse avec de l’argent français et belge. E. Bazin possédait 8.80FF, 1.6FB et de la monnaie allemande, 10Pf. Le lieutenant Ginsbourg, plus de 1700FF.  Des objets du quotidien (qui portent parfois des initiales): comme un briquet, un étui à cigarettes ou une blague à tabac qui va de pair avec une pipe, une montre...

 canif, 211ème RALD, 77ème RAL, laffly, Latils, KTL4, mai 40et chez la plupart un canif à une ou deux lames ou bien encore des clés, une lampe de poche chez Genevoy Garnier. De quoi écrire, du crayon à l’aniline au porte mines et un stylo-réservoir. Curieusement, A. Chabert possède un sachet avec des hameçons. Des effets de toilette, un savon (à barbe), un peigne, même un étui avec des cure-ongles, un rasoir, un rabot et des épingles de sûreté. Des souvenirs personnels comme une mèche de cheveux, des photos, des lettres, un anneau, des médailles religieuses, un chapelet ou un manuel pieuxDes bijoux comme des alliances ou des chevalières…

Deux canifs retrouvés récemment dans une propriété où furent enterrés provisoirement des corps de Français. 

 

La population étant pour la majorité revenue d’exode, le bourgmestre ff convoqua de nouveau des volontaires) pour donner enfin à ces soldats, une sépulture dans le cimetière communal.  Le 14 septembre 1940, devant témoins, les actes de décès des soldats français sont enregistrés dans le registre des décès de la commune et  le 28 octobre, les corps des soldats français (sauf les deux officiers) étaient transférés dans le cimetière communal dans des cercueils fournis par les trois menuisiers du village. Ils y reposèrent jusqu’en 1948. Mais leur repos éternel fut troublé par plusieurs exhumations et expertises afin de certifier les identités.

On déplore 29 victimes.

Garnier Genevois du 14ème régiment de dragons portés
 laffly, sonnery, pommares, 14ème dragons portés, lesve 1940, Haut-le-Wastia, Le soldat Garnier Genevois réparait son auto-mitrailleuse, dans la cour du château de Lesve quand il fut fauché par les bombes ennemies. Comment se fait-il qu’il se soit trouvé dans la cour du château de Lesve alors que son régiment, a pris position dans la vallée de la Molignée, dans les bois de Neffe (Arbre) et près de la ferme de Montigny (Arbre) afin de couvrir la retraite de l’infanterie qui se repliait de la vallée de la Molignée.?. Une information recueillie parmi des notes de témoins donnerait une explication « Porté disparu à Arbre, (secteur de Neffe) il aurait suivi les artilleurs du 211ème en retraite ». Par contre à la lecture de certains rapports d’officiers de ce régiment, on apprend que le 14 mai, le régiment occupe divers cantonnements proches de la ligne de feu mais que « l’emploi de la journée est prévu comme un travail de réorganisation et de remise en état du matériel ». Cette information expliquerait-elle la présence de ce véhicule à Lesve ? Un seul véhicule ? Son héritage sera transmis à sa famille : une pipe, une lampe de poche, deux canifs, un briquet, un porte-monnaie avec 7,75FF. , une plaque d’identité.

sonnery, pommares, Haut-le-Wastia, 14ème dragons portés, lesve 1940, mai 40

Inventaire des objets ayant appartenu à...

Vu les inexactitudes lors des premiers constats, certaines victimes n'ont pas été correctement identifiées. Garnier Genevoy est un moment confondu avec Piraguet Jules.

Deux canifs récemment retrouvés là où furent relevées les victimes du 211ème RALD

 

 

 

 

 

 

journal des mouvements, journal de marches, 14ème dragons portés, sonnery, pommares, Haut-le wastia, mai 40

 

" L'exposé des faits du 14ème RDP entre le 10 et le 18 mai" 1940".

Nous retracerons le parcours de  trois soldats tués lors de ce 14 mai car deux des rapports sont explicites quant aux mouvements de véhicules (AMR et Laffly 240 P) dans le bois de Neffe. 

rapport , jmo, mouvement de troupe, laffy, 14ème régiment de dragons portés  "Ainsi que l'emploi  de la journée est-il prévu comme un travail de réorganisation et de remise en état du matériel". 

 

 

Les victimes du 77ème RAL.

 Selon le rapport du lieutenant Bonnard, ex-commandant de la 5ème batterie, le régiment revenait des combats menés contre la 7ème panzers division commandée alors par Rommel. Une colonne de chars ennemis avait été arrêtée par les tirs français «  les trois premiers blindés ayant été mis dans l’impossibilité de continuer, le reste de la colonne fait demi-tour et a par la suite atteint la Meuse en glissant au Sud ». Les artilleurs avaient donc reçu le baptême de feu contre les troupes de Rommel.

lieutenant Bonnard, 105 Long, modèle 1913, anti-chars, Rommel, mai 40, Meuse

attaque aérienne, Lesve, mai 40, Laffly, canon 105 L modèle 1913

Le rapport du lieutenant Bonnard concernant l'attaque aérienne de Lesve.

« A Lesve, en Belgique, un avion d’observation (allemand) repère la position du groupe, repart (et) quelques instants après 3 vagues de bombardiers en piqué (pilonnent) pendant une heure cinquante . Dégâts matériels (camions à munitions et à essence) pas de tués ni de blessé à la batterie dont tout le personnel était abrité dans des tranchées ouvertes contenant chacune 5 à 6 hommes. Effet moral considérable. Quelques tués au groupe dont un commandant de batterie ainsi que l’adjudant Boulangé (du 73ème RA) qui s’était porté à une mitrailleuse ».

cimetière militaire, croix de bois, laffly, AMR, 77ème régiment d'artillerie, 105 mm L, modèle 1913C’est à la 6ème batterie, celle du Lieutenant Ginsbourg, que l’on déplore plusieurs victimes suite à l’attaque des Stukkas« Aux Hayettes, des avions volant à basse altitude bombardèrent violemment les positions françaises. Blessé à sa batterie, l’adjudant-chef Boulangé fut transporté par les brancardiers à la maison Devigne où le lieutenant Ginsbourg avait installé son poste de commandement.  

La croix de bois du lieutenant Ginsbourg et

Les ruines de la maison Devigne.

doc003 la maison devigne.jpg

 Soudain trois bombes s’abattirent sur la demeure, ensevelissant cinq hommes. Le seul rescapé, un sous-officier, put être dégagé après trois heures d’effort. L’ennemi approchant, le régiment (77ème) dut abandonner le village. Les quatre victimes retirées des décombres furent enterrées sommairement quelques jours plus tard. Ce sont : le lieutenant Gabriel Ginsbourg, de Paris , âgé de 38 ans, l’adjudant-chef mitrailleur Albert Boulangé, de Lunéville, âgé de 37 ans, le brancardier Lazarre Perrin 33 ans de Vaudoncourt et le soldat Ferdinand Leroy de Nantes, âgé de 24 ans ».

L'inventaire des objets retrouvés sur le corps du lieutenant Ginsbourg, un portefeuille avec 1715fr, un livret militaire, un ordre de mission, carte d'identité.....

héritage du soldat, le lieutenant Ginsbourg, 211ème RALD, laffly

L’adjudant chef Albert Boulangé.

Boulangé, 77ème régiment d'artillerie lourde, laffly, 105mm Long, modèle 1913

acte de décès, canon 105 mm Long, modèle 1913, Laffly, AMR,

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le 14 mai, le matin de son décès, l’adjudant Boulengé écrivait encore à son épouse : «  Je suis en bonne santé, le moral est bon. Je me couche parfois très tard ou pas du tout mais je suis en forme…. Le beau temps nous favorise ; en ce moment, il est 6 heures du matin, je suis en pleine forêt, .(Rem.).... néanmoins, hier au soir, j’ai couché dans un bon lit moelleux, ce qui est rare… »

 Rem: Dans cette lettre, Albert Boulangé donne des précisions sur l'endroit où il a pris position à Arbre. L'endroit n'a pas beaucoup changé même si la nature  a repris ses droits suite à quelques travaux.

 doc004 lettre 1.jpg

"Aux armées, le 14 mai 1940"

 « Et me voici près de toi ». Extrait de la dernière lettre d’Albert Boulangé. 

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act décès boulangé bon.jpg L’acte de décès de l’adjudant Boulangé Albert, fils de feu Louis Boulangé. Son père fut emmené comme otage civil et fusillé en 1914.

Témoins : Henri Pochet, boucher et Michel Dosimont, télégraphiste et Georges Rossome, le bourgmestre ff.

héritage boulangé.jpg

 

 

 

 

 

 

 

L’inventaire de l’héritage de l’adjudant Boulangé dressé par les autorités communales de Lesve.

Portefeuille avec papiers illisibles, un revolver avec gaine un morceau de manche avec galon, un écusson du 77ème, une dent avec couronne en or….


monument aux morts de Lunéville,

 

 La pierre tombale d'Albert Boulangé dans son village natal et une partie du monument aux morts. Une malheureuse correction de la part des autorités...

Boulangé... pas de R!

 

 

Ceux du 8ème Régiment d’infanterie

la ferme El Vau, laffly, AMR, canon 105mm Long, modèle 1913

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Ces photos sont déjà reprises dans la page consacrée à André Chabert. À gauche, la cour du château, là où était garée l’auto mitrailleuse du soldat Garnier . À droite, la cour de la ferme là où fut mortellement blessé le colonel Jeansac, commandant du 8ème RI. Il mourut à Argentan, dans le train qui le transportait à l’arrière.

Le 8ème régiment d’infanterie, également surpris par le bombardement alors qu’il se trouvait près du château et de la ferme, comptera outre de nombreux blessés, la perte de trois de ses hommes: le commandant Emile Hiet, 47 ans, le capitaine Lepautremat 39 ans et le caporal Prosper Mariette. Par manque d’informations et surtout par le manque de rigueur des intervenants, ces trois corps causèrent quelques soucis quant à leur identification.

Le capitaine Marcel Lepautremat

L’héritage du capitaine

 héritage du soldat, 8ème régiment d'infanterie, 211ème régiment d'artillerie, 14ème régiment de dragons portésD’après un autre officier du 8ème RI, il « serait mort carbonisé dans l’incendie de la grange de la ferme El Vau, ferme attenante au château de Lesve alors que blessé, il s’y était rendu pour se mettre à l’abri des bombardements ».

lepautremat, le 8ème régiment d'infanterie, mai 40, la Meuse, défense de la Meuse

le 8ème régiment d'infanterie, mai 40, Lesve, capitaine Lepautremat

 

 

 

 

 

 

 

 

Le capitaine Lepautremat et une carte adressée par sa veuve au curé de Lesve. "Monsieur le Curé, comme chaque année, nous sommes en vacances à C..... dans un petit coin de Bretagne, au bord de la mer. vous espérant en excellente santé, nous vous adressons notre respectueux souvenir....".

Le sergent-chef Dumont

Une lettre de sa famille cherchant à s’informer sur le lieu de son décès. Reçue le 23 juillet 1941, répondu le 28 juillet 1941.

8ème régiment d'infanterie, laffly, AMR, Lesve, mai 40.

8ème régiment d'infanterie, meuse, mai 40, défense de la Meuse,

doc009 le sergent chef et soumoy.jpgLe sergent-chef Marcel Dumont âgé de 24 ans mourut dans une ambulance et fut enterré dans le cimetière de Soumoy (près de Walcourt).

Resté à sa mitrailleuse le sergent-chef Dumont se battit jusqu’au bout et tomba les jambes broyées. Bien que sa famille le croyait mort à Lesve, ce sergent-chef au 8ème RI, 2ème compagnie, est décédé le 15 mai à Soumoy (près de Walcourt),. Il écrivait dans une de ses lettres « j’ai toujours servi avec honneur et loyauté et si au cours de cette guerre, je dois être tué, ce sera avec joie que pour ma patrie je ferai le sacrifice de ma vie et je mourrai heureux ».

 

La famille fut informée de son calvaire par le récit de son frère d’armes, le sergent Prioul, lui aussi grièvement blessé et emporté dans la même ambulance :  

«  nous n’étions pas loin l’un de l’autre dans la nuit du 13 au 14 mai Le 14, un repli nous reporta sur une autre ligne et nous étions ensemble. Je fus grièvement blessé puisque la blessure nécessita l’amputation de la cuisse. Quant à votre mari, je le reconnus dans l’ambulance. Il se trouvait près de moi sur un brancard. Il souffrait terriblement. Je crois qu’il me reconnut. Je lui soutenais la tête, croyant lui épargner des souffrances déjà trop grandes. Hélas ! Frère de misère, nous nous soulagions entre nous.


 Il parlait faiblement et l’ambulance était en marche. Je ne pouvais tout comprendre, surtout qu’au moindre choc de la route, de nouvelles souffrances venaient s’ajouter aux autres. Un nom revenait souvent sur ses lèvres, je ne me souviens pas duquel. Toujours est-il que c’était le vôtre car il parlait de sa femme. Votre mari est mort dans l’ambulance
nous arrivions dans un poste de soins. Nous avons été descendus et mis sous une tente. Mon ami était mort. J’ignore l’endroit. Il était chef et il s’est conduit en chef ». 

 Soumoy, Walcourt, hôpital militaire français, mai 40, mort à SoumoyInstallé depuis le 12 mai dans le château de Soumoy, cet hôpital de campagne accueillait les blessés afin de leur prodiguer les premiers soins puis les transférer en train (départ de la gare de Falemprise) vers l’arrière. Mardi 14 dans la soirée, le service de santé, après avoir évacué les blessés, quitte les lieux vu l’approche de l’ennemi. Le château de Soumoy, trente soldats français furent enterrés dans une prairie voisine, parmi eux le sergent Marcel Dumont.

 

 

Les pertes les plus importantes, celles du 211ème RALD

 Dans sa retraite, le 211ème RALD de Cherbourg perdit 21 hommes, tous originaires de la Manche et du Calvados (à l’exception du lieutenant Duclos et des soldats Pinaguet et Bénard).  

Le commandant de la 18ème batterie, le capitaine Pierre de la Gorgue de Rosny
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Sa veuve écrit : « Mon mari se trouvait avec ses hommes un peu à l’écart de la route entre Lesve et Arbre, dans le ravin de Lesve lorsque ses hommes le virent tomber. Ils le crurent mort et dans la soirée quand son colonel vint pour le chercher ainsi que le lieutenant Duclos et une trentaine d’hommes tous tombés dans cet endroit, il ne retrouva rien ».

Que penser de la déclaration du colonel qui explique à la veuve du capitaine de Rosny que « quand ( il)   vint pour le chercher ainsi que le lieutenant Duclos et une trentaine d’hommes tous tombés dans cet endroit, il ne retrouva rien ». Selon les documents traités (les archives communales), les corps étaient encore sur le terrain le soir même. Dans une autre lettre, la baronne s’inquiète toujours des circonstances du décès de son époux. "On a vu tomber lors de la deuxième phase du bombardement, le capitaine sans blessure et on l’a cru mort par le souffle d’une torpille qui éclata non loin de lui ».  

Curieusement, le capitaine de Rosny avait été inhumé provisoirement dans le caveau d’attente communal. Ce n’est qu’après la venue de sa famille, qu’il fut transféré dans le caveau des pères de Betharram.

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L'acte de décès du capitaine de Rosny. Signature de la baronne de la Gorgue de Rosny et de l’oncle du défunt, le vicomte du Pontoise de Vaugarny et du bourgmestre ff Rossome.

 

211ème régiment d'artillerie, canon de 105, laffly, AMR, Lesve, mai 40

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Bernard de Rosny, le fils du capitaine. Engagé volontaire dans le 12ème cuirassiers, division Leclerc,  tué le 3 mars 1945 en Alsace.

Le 14 septembre 1940, sa veuve et son fils ainsi qu’un parent proche venaient à Lesve pour identifier le corps qui, après les dernières formalités, fut déposé, le 15 octobre, momentanément dans le caveau des pères de Betharram. Photo du caveau dans son état en 1942.

de le gorgue de rosny, 211ème RALD

La veuve du capitaine souhaita ériger un petit monument à l’endroit du décès de son époux, une pierre tombale dressée à la mémoire de tous les artilleurs tombés ce jour.

La réponse du bourgmestre de Lesve suite à cette demande:

"J’ai examiné votre projet d’ériger un symbole à l’emplacement où votre mari fut relevé. Votre initiative a retenu toute mon attention, toutefois, je crois bien agir en vous signalant que de multiples démarches sont à réaliser pour arriver à donner une solution positive à votre désir. Vous pourriez éventuellement, à l’occasion de votre déplacement à Lesve, solliciter l’autorisation.... (et)  de vous faire accompagner par un membre de votre famille pour l’accomplissement de toutes les démarches". 

Texte gravé dans la croix de pierre: À la mémoire du capitaine P. de la Gorgue de Rosny et du lieutenant M. Duclos et des canonniers du 211ème RA, glorieusement tombés ici pour la France et la Belgique le 14 mai 1940. Ceux-là sont morts   pour sauver l’honneur. RIP

 Le lieutenant Duclos

Duclos, artilleur du 211ème RALD, laffly, 155 court, latils KTL4  Michel Marie Jacques Duclos, lieutenant au 211ème RALD mort aux côtés de son capitaine et partageant le souvenir entretenu par la croix de pierre.

lafflys, latils, 211ème RALD, régiment d'artillerie lourde, mai 40, les Français sur la Meuse, Bioul, Neffe,

 autorisation de duclos.jpg 

 

 

 

 

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Acte de décès enregistré le 14 septembre 1940, en présence de Duclos Albert, colonel retraité et de Jacques Duclos le frère aîné du défunt. Le 15 octobre, après la reconnaissance du corps par sa famille, le bourgmestre autorise sa mise en bière et son dépôt temporaire dans le caveau des pères de Betharram 

 

  

Dans un prochain article: Les courriers concernant ces soldats et les informations sur leur présence à Arbre et à Lesve, les 13 et 14 mai.

211ème régiment d'artillerie, latils, tractés,

« Le brigadier-chef Maxime Decosse, mitrailleur contre les avions se trouvait au château lorsqu’il subit le bombardement. Son camion touché par une bombe fut incendié. Le brigadier n’était plus dessus mais se trouvait-il près du véhicule ou s’était-il glissé dessous pour se protéger ? » Décoré de la médaille militaire, citation : « Ayant subi un fort bombardement à proximité du bourg, son camion a été touché par une bombe et incendié ». Il était mitrailleur contre-avions dans sa batterie.

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Il y aura également des documents donnant des informations sur A. Bazin et G. Caplain.

 André Fauvel, l'aumônier du 211ème régiment d'artillerie 

 aumônier militaire, 211ème RALD, 77ème RAL, latilsL’aumônier du 211ème RALD, André Fauvel, fut cité à l’ordre du corps d’armée et reçut la Croix de guerre avec étoile de vermeil pour son comportement au cours des opérations en Belgique et plus particulièrement pour ce « 14 mai au cours d’un bombardement par avions particulièrement intense et prolongé de la région de Lesve a fait l’admiration de tous en se précipitant pour soigner les blessés relever les morts et porter avec le plus grand calme les soins de son ministère. Il a ainsi contribué à exalter au plus haut point l’esprit de sacrifice et de devoir de tous ».

André Fauvel fut le 3 juillet 1947, nommé évêque de Quimper et Léon.

 Sources

archives militaires SHA Vincennes, dossiers concernant les régiments cités.

Celui du 14ème DP nous permettra de suivre les combats dans les bois de Neffe entre Arbre et Bioul et autour de la ferme de Montigny. Il est question de AMR et d'un lafflys P 204 à six roues... Il faut positionner les troupes sur une carte d'époque. En cours.

Celui du 8ème dragons, un régiment de passage dans le secteur, est également intéressant quant à sa présence dans le centre du village. Les combats de Saint-Gérard feront beaucoup de victimes parmi la troupe et les officiers. Nous en analyserons un extrait.

Archives communales de Lesve

Archives religieuses du diocèse de Quiper Léon pour l'aumônier A. Fauvel,

Journal Vers l'Avenir, 1949, article de AT.

 Monsieur A. Lépine, "Quelques souvenirs de guerre dans l'entité de Cerfontaine (1940-1944) cahier 139, 2004, pages 3 et sv. Merci à lui d'avoir précisé quelques détails.

Archives de familles

Merci à Madame Bernadette Boulangé, la nièce du sergent chef A. Boulangé. 

Les autres familles seront citées dans le prochain article.

Merci à JB pour ses photos.

Photos et documents personnels.

Pour le prochain article, nous devrons faire des recherches sur le matériel et les véhicules cités. Latils KTL4, une voiture d'évacuation, des AMR ... et deux types de munitions employées. Quant aux endroits occupés par les artilleurs français à Arbre, la lettre de A. Dumont  est riche en détails.

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