24/06/2016

Rivière-Burnot, août 1914, la population se réfugie trois jours à Bois-Laiterie

Selon le témoignage de...

Joseph Daiche, professeur au collège de Bellevue à Dinant, est nommé curé de la paroisse de Rivière-Burnot le 1er septembre 1907. Il sera un témoin privilégié de la présence militaire durant le premier mois de guerre. C’est sur son récit que nous nous baserons afin de retracer ce tragique épisode de la vie villageoise. Témoin privilégié certes mais également un acteur important dans le soutien moral de la population car ses sermons, fustigeant l’attitude allemande, encourageaient ses paroissiens à relever la tête durant cette épreuve. Dénoncé par deux familles villageoises, il sera rattrapé par la justice militaire allemande et condamné à la déportation. Lors de son (simulacre de) procès, le prêtre sollicitera le soutien de l’Evêque de Namur. Il est à noter que son successeur, l’abbé Dubois, sera tout aussi agissant vis-à-vis de l’occupant.

Pour l'abbé Daiche, voir les documents en fin de page

cimenterie, cartes postales anciennes, Burnot, Rivière, Profondeville

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La rue principale du village, à gauche, le hameau de Burnot, à droite, le centre de Rivière avec l'église.

La vie s’écoule tranquillement en bord de Meuse bien que les premières rumeurs circulent dans la population. En juin 1914, la fenaison se termine sous un beau soleil.

Burnot, août 1914,  la moisson, première guerre, occupation allemande, 148ème régiment d'infanterie

  

La fenaison au Grand Pré, de gauche à droite, Sylvie Robaye, Irma Sainvitu, Alice Dubois, Octavie Dubois, Louise Laffineur, Louis Gemenne, Florentin Laffineur, Paul Gilsoul et Alexis Laffineur. 

 En arrière-plan, les maisons de Burnot et le pont de Lustin. Pré situé en aval de l'écluse.

 

Les rumeurs de guerre pèsent déjà sur la vie paroissiale.

curé, prêtre, collège belle vue, Profondeville, paroisse de Rivière

 

La procession annuelle de Bois-Laiterie eut lieu mais tard .... à cause des tristes circonstances de la guerre.

Les commentaires de l'abbé Joseph Daiche sur l'offensive allemande.

ANNÉE TERRIBLE

 

 

 

Les premières journées de guerre.

gardes civiques, mons, Tournai, les ponts sur la Meuse, août 1914, cycliste

 Le 2 août, explique-t-il dans ses notes, il est apparu que « les Allemands veulent passer par la force en Belgique pour attaquer la France » Les autorités communales, suivant les consignes données par le Gouvernement, informent la population des mesures à prendre en cas de bombardement, ce qui cause beaucoup d’émoi parmi les habitants qui « étaient sur leur porte » afin de commenter la chose. Un avis affiché dans le village incite les gens, en cas de bombardement, à quitter leur maison et à se réfugier dans les bois. Un rappel des armes personnelles est également imposé. Elles devront être déposées à la maison communale. Le pont de Lustin (ou de Burnot) est immédiatement gardé par des éléments du 13ème de ligne ainsi que par des sections de la garde civique venant de Tournai.

Le 7 août, deux compagnies cyclistes (8ème de forteresse et 1er chasseurs à pied de forteresse) de retour de Dinant et Bouvignes relèvent ces troupes et prennent en charge la garde du pont en attendant l’arrivée des premières unités françaises. La compagnie cycliste des chasseurs, restée seule, s’installe entre Profondeville et Burnot et patrouille sur le plateau de la rive droite.

Au village, la vie s’organise.

Rivière, Burnot, religieuses, soeurs françaises à Burnot, 148ème RI, ambulance, 1914

 

Répondant au mouvement de solidarité, les religieuses du couvent de Burnot donnent leur accord pour l’établissement d’une ambulance dans leurs bâtiments. «  Nous avons hâte en effet Monseigneur, de venir en aide, dans la mesure du possible, à la chère Belgique éprouvée… aussi avons-nous écrit au commandant de gendarmerie de Profondeville pour solliciter la permission d’établir une ambulance dans le bâtiments de nos classes externes ».

les soeurs de Reims, collège de Burnot, le sacré coeur, juvénat, Profondeville, août 1914

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La lettre des religieuses. Elles se mettent à la disposition de l'Evêque

au rez-de-chaussée, 2 salles contenant 20 lits

au premier  étage une salle contenant 10 lits

Les pièces et le matériel mis à la disposition de l'armée belge. Une ambulance est installée dans le couvent.

"Nous lui demandons l'autorisation d'arborer le drapeau de la Croix-Rouge"  

Une trentaine de lits seront disponibles tandis que 6 religieuses, dont une est diplômée de la Croix-Rouge, donneront les premiers soins, deux autres assureront l’intendance et les services. Toutefois, demande la mère supérieurLes jours se chargent d’inquiétude. La population s'angoisse. Le pasteur sillonne la paroisse afin de réconforter ses ouailles. Durant l’une de ses visites, il fait une rencontre pour le moins insolite : « je vis alors un prêtre avec une canne du côté de Burnot et dont j’ai gardé l’impression que c’était un espion. Il s’arrête, me regarde puis voyant que je le dévisage, il s’éloigne sans parler à personne ». La crainte des espions est largement répandue dans la population. Et souvent justifiée. Plusieurs agents ennemis, sous le couvert de l’habit religieux, parcouraient les lignes de la position fortifiée de Namur. De nombreuses relations en font état.

148ème régiment d'infanterie, colonel Cadoux, Rivière, Burnot, défense de la Meuse, Profondeville, Lustin, août 1914

Les premières troupes françaises arrivent au village. C’est une compagnie du 148ème régiment d’infanterie venant de Givet; régiment ayant pour mission de sécuriser les ponts mosans depuis la frontière  française jusque Lustin.

Après avoir fait une halte dans le couvent des sœurs, ces soldats, se rapprochant du fleuve, s’installent dans la cimenterie et l’usine Defoy.

cimenterie, ruisseau de Burnot, l'usine Defoy, le pont de Lustin

 

La cimenterie

de Burnot

 

Un soldat du 148ème régiment d'infanterie

 

 

 

Le gros la compagnie aménage les lieux tandis que des sections sont immédiatement détachées à la surveillance du pont et de l’écluse, des tranchées sont creusées à différents endroits. Le pont est rapidement mis en défense, des barricades sont crées avec des charrettes, tas de sable et wagonnets de l’usine. Pendant que les piquets  gardaient le pont et l’ écluse, d’autres soldats « de 50 à 60 passaient l’eau et partaient à la chasse aux uhlans ». Ils revenaient avec des trophées.

patrouille, allemands, français, août 1914, rive droite de la Meuse, Meuse

"Ils circulaient, comme je l'ai dit, allant tuer un Uhlan ou deux ou un cheval. Ils passaient l'eau à 50 60 et allaient à la chasse aux Uhlans. ils revenaient avec un trophées, une lance, un casque etc..."

a009.jpg Le 13 août, le pont est complètement sécurisé ce qui fait dire à notre témoin, que « la tête du pont est devenue une véritable forteresse ». Les Français s’installent et circulent dans l’entité, créant des liens avec la population. Ils assistent aux offices religieux.  « Les Français m’ont laissé un émouvant souvenir » souligne le prêtre.                                                             

Soldat français du 148ème RI

Le 14, l’ennemi se rapproche dangereusement. Le pont est miné par le génie belge mais le sautage reste sous le commandement français.

Le 15 août. L’annonce de l’attaque Dinant et le bruit de la bataille plongent les villageois dans la frayeur. Heureusement l’issue du combat est favorable à nos alliés, les Français ont repoussé l’attaque accusant néanmoins de lourdes pertes dont de nombreuses parmi les compagnies du 148ème RI engagées à Dinant. L’attaque a ébranlé le front.

Le 16 et le 17, de nouvelles dispositions sont prises par le colonel Cadoux commandant le 148ème RI. Une autre compagnie et une section de mitrailleuses arrivent en renfort à Rivière. L’ordre est formel. « tenir ferme ».

 

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Sur la carte,  1 le pont et 3 la ligne de chemin de fer Namur-Dinant ainsi que les différentes positions françaises 2,4,5,6,7,8 et 10  et allemandes A, B du 12 au 23 août 1914, positions qui seront expliquées et dont on suivra l'évolution dans la page consacrée à la présence du 148ème RI français dans le village.

 Les incursions allemandes se font de plus en plus nombreuses. Mont-Godinne est investi par leurs patrouilles qui semblent reconnaître les berges du fleuve et qui pousseront même une incursion dans le village de Lustin.

Le 19, les fils télégraphiques reliant les deux rives sont rompus.

Les Français pourchassent les patrouilles ennemies qui s’aventurent de plus en plus près de leurs lignes. La population s’inquiète, on devine des mouvements de troupes sur Godinne, « on signale des fusées éclairantes ». De plus, les Français reconnaissent les chemins à emprunter pour une ( éventuelle) retraite par le village d’Arbre.

Pont de Lustin, Profondeville, Burnot, sautage des ponts, la Meuse 1914 Le 22, le pont saute vers 16 heures. Mais les destructions sont insuffisantes. De nouvelles charges de poudre sont fournies par les Belges. Nouvelle explosion. Cette fois, la destruction est complète et le pont rendu impraticable.

Miné par les Belges, le pont de Lustin a cependant été détruit par les Français. On remarque une péniche le long des piliers,  les travaux de reconstruction commencent déjà. Les ouvriers logeaient dans le bateau-touriste amarré en aval.

pont de Lustin, les ponts sur la Meuse, sautage des ponts, le 148ème régiment d'infanterie

 

 

 

 

 

 

L’ennemi est proche.

Les combats font rage du côté de Namur.

Le canon tonne.

L’abbé Daiche reçoit la visite d’une quinzaine de soldats français venus pour se confesser: «  Monsieur l’abbé, nous venons nous confesser pour pouvoir communier demain » expliqua le soldat séminariste qui accompagnait ces hommes. « Comme il m’expliqua que le lendemain, ils n’auraient rien à faire, je les engageai à venir plutôt se confesser le matin et à communier avec les paroissiens, pour l’exemple, ils acceptèrent et resteront chez moi jusque 10 heures du soir ». Les événements se précipitant, les soldats quittent le village durant la nuit. Le bourgmestre de Godinne informe les Français de ce que des unités allemandes descendent vers la Meuse avec des barques. Une compagnie reste en position, le lieutenant n'ayant pas été prévenu de la retraite. 

Franchissement de la Meuse ?

Entre les notes du prêtre et le récit que l’on trouve dans le livre du Chanoine Schmitz et Dom Nieuwland (basé cependant sur le récit du curé) , il y a des différences, des divergences parfois insignifiantes parfois plus fondamentales. Nous donnons le récit du prêtre. Nous laissons le lecteur plus curieux comparer les deux sources.

 Le 23, Selon Schmitz et Nieuwland, les Allemands auraient tenté (et réussi) le franchissement du fleuve pour incendier le château. Selon le prêtre, rien de cela ne s’est passé et affirme avoir vu la fumée s’échapper de la toiture dès les premiers coups de canons. Le prêtre affirme donc que ce sont les tirs des canons qui ont déclenché l'incendie.

curé, paroisse, Profondeville, le Burnot, ruisseau du Burnot, le pont de Lustin

"Pour moi, j'ai vu la fumée s'échapper des toitures dès le début du bombardement".

 

 riv006.jpg Par contre, Jules Pirson soutient avoir vu des incendiaires bouter le feu au château. L’analyse de l’historique du régiment allemand présent (en cours de traduction) apportera peut-être une réponse à cette question.

Jules Pirson avait fait son service militaire au 8ème de ligne en 1892. Il était trop âgé pour être repris à la mobilisation. Il était boucher au village.

Pendant l’échauffourée, un des Français est tué, la compagnie restée à l'arrière  se retire à son tour. A peine ont-ils quitté le village, que les premiers Allemands se signalent sur l’autre rive. La population sortant de la messe est le témoin de leur présence. « Ils tapotaient dans l’eau et n’avaient pas l’air hostile et disaient bonjour à qui voulaient répondre. Ce sont ceux probablement ceux qui ont séjourné au sanatorium de Godinne dans la nuit de samedi à dimanche et qui avaient vidé les caves de l’établissement » écrit le prêtre. « Vers 6 heures, à la sortie du salut, on aperçoit alors 200 soldats allemands, alignés au talus du chemin de fer. Alors, il y eu un grand émoi.  On vit l’un des Prussiens se déshabiller, se jeter à l’eau et venir chercher une barquette coulée par les Français et la ramener en ramant" 

uhlan, soldats allemands, la Meuse, franchir la Meuse

 Des divergences et des incohérences.

ramer avec une barque coulée.

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 nager en entraînant entre deux eaux la lourde embarcation

barque, barquette, écluse, pont de Lustin, le ruisseau du Burnot

 

 

 

 

 

 

Les Allemands étaient en train de réparer la barque pour passer le fleuve, lorsque arriva du côté de Rouillon, un soldat cycliste belge. Ce serait le fils d’un des bouchers de Dinant, un certain Dufour ».


collège de Burnot, ruisseau Burnot, vallée du Burnot, Rivière, les sept Meuses  « Les gens du village l’avertirent que les Prussiens étaient de l’autre côté . Sans doute se dit-il qu’il avait un bon coup à faire. Il descendit de vélo, prit la ruelle au coin du château là où il y a des thuyas de chaque côté et s’approchant tira sur les Allemands. Ces derniers répondirent immédiatement par une salve nourrie. Des balles viennent pleuvoir sur le mur de l’église".

 Le cycliste reprit son vélo et gagna Burnot.

 

Vue d'une partie de Rivière depuis la rive opposée. On devine (1)le hameau de Bois-Laiterie, (2) l'église, (3) le chemin avec les thuyas dont parle le prêtre, (4) les ruines du château.

Rivière, Burnot, le collège de Burnot, la vallée du burnot

 Vue actuelle de Rivière

la vallée du Burnot, le collège du Burnot, août 1914

Une partie du hameau de Burnot

À Rivière, dès le commencement de la fusillade, tout le monde s’enfuit. Peu de temps après les Allemands amenaient des obusiers à gauche du sanatorium et tirèrent « six coups" précise le prêtre, sur le château de M. de Pierpont. Ils se servent d’obus de 75.

burnot4.jpg Le sanatorium de Mont-Godinne et sa situation dominante par rapport au village de Rivière.

 

Les obusiers sont mis en batterie à gauche de l'établissement de soins.

"au premiers coups, je me dis, voilà les Français qui tirent dedans, nous sommes tranquilles, la réalité... c'étaient les Allemands".

 

lrd premiers coups de canons.jpg 

château de Rivière, collège de Burnot, la vallée du Burnot, le ruisseau du Burnot

"La famille de Pierpont a vraiment failli rester dans les flammes. Toute la famille se cachait et ne savait pas que le feu soit si proche de l’habitation. C’est la grange puis les écuries là où étaient les voitures qui ont brûlé en premier. Tout a flambé jusque 2 heures au matin, alors le château a commencé à brûler par le dessus".

Dès les premiers coups de canons, dimanche vers 6h 30, toute la population de Rivière se réfugie dans sur les hauteurs du village. Les gens ont "vu du sommet qui a vue sur Yvoir et Dinant un spectacle terrible, celui de la ville en feu à l’horizon"."Je suis resté au presbytère dans l’intention de le préserver de la contagion du feu par le château. Vers minuit, j’allai frapper à quelques portes, et constatai que tout le village était absent. Les habitants de Burnot restèrent chez eux".

 la vallée du Burnot, le collège du Burnot, le juvénat, le pont de Lustin, l'écluse de RivièreLundi 24, au matin, les Allemands bombardaient les maisons qui avaient été occupées par les Français. Quatorze maisons ont été détruites par les obus et certaines prirent feu. Les obus sont tombés et l’incendie s’est déclaré. "La famille du chantre organiste, M. Pierrard, était encore dans la maison lorsque celle-ci commença à brûler. On se demande comment il n’y a pas eu d’accident de personnes. A Rivière, les villas furent également bombardées ainsi que l’ancienne école ». Le curé rejoint alors ses paroissiens à Bois-Laiterie où il loge dans un vieux hangar appartenant à Charles Saintvitu et  prend ses repas chez les sœurs du  couvent de Burnot. Les Allemands quittent la rive droite de la Meuse devant Rivière et se dirigent sur Yvoir où ils passeront le fleuve sur le pont de Houx. 

Une maison de Burnot (près du pont de Lustin) endommagée en août 14

"Lundi mardi et mercredi, la population séjourne à Bois-Laiterie,  un hameau situé sur les dessus du village et comptant  une trentaine de maisons. Les femmes dorment dans les écuries, les hommes à la belle étoile sous des couvertures apportées par le couvent".

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Extrait des notes du curé J. Daiche,

Ces soldats feraient sans doute partie du IIIème bataillon du 100 IR ou alors du 177ème IR. Ces deux régiments étaient présents dans le secteur Mont-Godinne-Yvoir.

Le mercredi 26 au matin, retour au village. Une rumeur circule dans les villages. Des Allemands, venant de Namur,  vont faire étape dans le village.

Profondeville, le pont de Lustin, la vallée du Burnot, le collège du Burnot

 Un individu de  Profondeville prévient du passage de nouvelles troupes allemandes.

Le 27,

Et de fait, « Vers 3 heures de l’après-midi survint un convoi sous le commandement d’un major. Tous les soldats logèrent au château (dans les ruines ?). Le témoin estime la troupe forte de 2000 hommes. Des cavaliers et le corps de munition de la IIIème batterie d’artillerie à pied (n° du régiment inconnu) sous le commandement du rittmeister von Bonin. 

 

verger, pillage, dommage de guerre, pilleurs, pillards,    Mais en début de soirée, plusieurs soldats commencèrent à piller un verger. Prévenu par ses paroissiens, le prêtre force la porte du major et lui expose les faits. Ce dernier commande à son ordonnance de régler le problème. Arrivé sur les lieux avec le prêtre, l’officier « hurla d’une façon satanique » et fit enchaîner les deux pillards à des arbres où «  ils restèrent attachés toute la nuit. ».

von Bonin, officier allemand,  Namur 1914, août 1914, Profondeville

Des actes contraires aux lois et coutumes de la guerre...

 

Extrait du journal Vers l'Avenir, août 1920

Dinant, Namur, Allemand, troupe allemande, occupation allemande, août 1914

 

 

 von Bonin? Serait-ce le même officier?

 

 

Le 28 août, on retrouve le corps d'un soldat français

Voir la page consacrée au lieutenant Arthaud (à paraître)

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 Septembre 1914.

 Nouvel émoi parmi la population. On annonce l’arrivée de troupes revenant du front de l'Est de la France et mises au repos à l’arrière. Quelques 800 hommes, ce qu’il restait d’un régiment(3000 hommes), selon les rumeurs. Ils arrivent un dimanche, pendant la messe…."A peine annoncés, l’église se vide et je dus seul finir ma messe... Ils faisaient peine à voir, certains ne tenaient plus ».

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Le musée de Belfort expose plusieurs tableaux illustrant les combats sur le front de l'Est de la France.

Selon les informations il s’agirait d’une partie du 9ème régiment d’artillerie à pied bavarois qui aurait subi d’énormes pertes dans les combats de Toul et Epinal, fin août début septembre. Selon les récits sur ce front, on dénombre plus de 5000 morts allemands lors de la contre-attaque française. Ces troupes arrivées par le train jusque Ciney, prolongèrent leur repos à Assesse, Yvoir, Dave et Rivière. De l’infanterie, les débris du 9ème régiment d’infanterie bavarois étaient également de passage dans les villages voisins, Dave, Lustin, Arbre, Lesve.

Les officiers logent au château et dans les belles villas bourgeoises. Le presbytère est réquisitionné afin d'y héberger  un jeune lieutenant.

officier allemand, fussartillerie, régiment bavarois, 9èmr IR,

« C’était un jeune lieutenant qui avait peur » et, qui vu « le nombre d’officiers tombés à la bataille, avait rapidement pris du galon ». Cet officier  fit dormir son ordonnance dans la même chambre après avoir (lui-même) récupéré un matelas dans le grenier du presbytère.

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Le curé Daiche ferme l'église afin d'éviter d'éventuels débordements. Mais,  aux dires de l'officier, ses hommes "presque tous catholiques" avaient l'intention de se recueillir. le prêtre obtempère, ouvre l'édifice religieux et "elle ne désemplit pas", souligne-t-il dans ses notes.

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châteaux mosans, châteaux, Meuse, Burnot, RivièreEn date du 22 octobre 1914, Théodor Kramer, sous-officier au 1er régiment d'artillerie à pied (régiment également bavarois),  a  écrit une carte postale illustrée à sa famille. (1 bay. Res. Fuß Art. Rgt. 2 Parkk. (Park-Kompagnie)). Il est blessé au pied, une entorse.
 
"Ton Théo t'envoie ses  meilleurs souvenirs. Désolé, mais ne puis donner mon adresse à Namur parce que cela fait un bout de temps que je suis ici. Lettre suivra.  
  
 Le château de Rivière avant la guerre. 
carte postale ancienne, Rivière, Burnot, Profondeville

Une partie du texte

Selon les recherches (commencées et non encore abouties), le régiment concerné a été transféré du front de l'Est de la France et est, à cette date, dans la ville de Lille. Notre correspondant ayant été blessé est  soigné dans le lazarett de Namur. Le transfert du régiment s'étant fait par train de l'Est de la France-Arlon-Namur vers la ville de Lille.

La condamnation de l'abbé Daiche

évêque de Namur en 1914, Heylen, paroisse de Rivière-BurnotEn 1917, suite à une dénonciation calomnieuse de deux familles de Rivière, le prêtre Joseph Daiche est condamné par un tribunal allemand à une peine de 18 mois de déportation. Il est accusé d’avoir tenu, dans un sermon, des propos contre les troupes allemandes et d’avoir engagé la population a résister. Le prêtre n’a pas été entendu par ses juges « qu’au cours de ces débats je n’ai cessé de répéter a savoir, que les paroles et propos qui me sont imputés sont totalement dénues de vérité. Je suis victimes d’imputations sans fondement imputations qui n’avaient que pour but de me nuire et qui malheureusement y ont réussi… J’affirme en mon âme et conscience et sans songer à réclamer un complément d’instruction judiciaire et qu’en dehors des témoins déposant contre moi, tous les paroissiens de Rivière, sans exception s’empressaient de protester de mon innocence notamment en ce qui concerne l’instruction du 3 décembre 1916… »

Lettre par laquelle le prêtre sollicite l'appui de l'évêque de Namur.  Extrait

 

Le brouillon, extrait

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Extrait de la lettre envoyée à l'Evêque

évêque de Namur, Heylen, déportation en 1917, déportés, prêtre déporté,

L'évêque intervient auprès des autorités allemandes qui se sentent obligées  de justifier la peine infligée.

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« De nouveau l’un de mes prêtres est sur le point d’être condamné à une peine très grave d’emprisonnement et d’être déporté en Allemagne. Je voudrais lorsqu’un prêtre est dénoncé qu’on n’entende pas ses accusateurs et ses ennemis Mais qu’on reçoive les témoignages de bons paroissiens ayant entendu ses paroles. Les accusateurs ont eu avec leur curé des difficultés personnelles et c’est dans un sentiment de vengeance qu’ils veulent lui nuire. Leur témoignage est donc suspect ».

Malgré l’intervention de l’évêque de Namur auprès des autorités occupantes, le prêtre sera envoyé en Allemagne après un séjour dans une prison bruxelloise. 

La lettre du gouverneur allemand, la justification de la condamnation.

En 1918, alors que les troupes anglaises approchent de Rivière, toutes les maisons pavoisent et « la jeune garde pour venger son ancien curé est allée bombarder (de cailloux) les maisons de... et de … puis ont enlevé les drapeaux que ces femmes avaient eu l’audace d’arborer ».

 

 

sources

Photos et cartes postales anciennes de M. Laurent de Rivière et Mme M. Servais pour la photo des Marchal

Archives de la Croix-Rouge Internationale, listes et fiches des prisonniers belges et français 

Archives départementales du Pas-de-Calais, incorporation

Archives ecclésiastiques pour la paroisse de Rivière-Burnot, les institutions religieuses et les ambulances militaires.

Mémoire des hommes, les fiches des soldats morts pour la France en 14-18

Photos de soldats du 148ème  Merci à M. Labarre, (collection personnelle)  et au site le chtimiste

Journal officiel, lois et décrets (Gallica) pour la citation du  soldat Lacroix

Chanoine Schmitz et Don Nieuland, op cit pages 91 et 92 extraits

Merci à MM. Johannsen et Uchens pour leur aide à la traduction.

Journal Vers l'Avenir, août 1920, extrait

Photos personnelles. 

16:01 Publié dans histoire | Lien permanent