13/09/2016

Que de détresse dans leur courrier, les hommes sont démoralisés

"Beaucoup d'hommes sont démoralisés"

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L'épouse de Louis Gilet,  de Bois-de-Villers,  déporté, lui envoie cette photo montage. Il lui envoie sa photo, Louis est debout) avec deux déportés (non reconnus) de Bois-de-Villers. Apparemment, Louis Gilet, dont le frère est également en Allemagne mais comme prisonnier, ne semble pas "trop" souffrir" de son état. Il n'est pas dans un camp et il reçoit des colis alimentaires de sa famille, ce qui lui permet de tenir. Dans les deux colis, 22 cougnous et 16 dans le suivant....

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Une carte difficilement lisible... adressée à Mme Esther Gilet Frédérique

Walstein le 24 4 1917

Chers père, mère et femme

Je vous envoie ces quelques mots pour vous dire que je suis toujours en bonne santé ainsi que mon frère Léon (prisonnier du 1er lanciers) j'espère que notre photographie vous trouvera tous de même . Vous m'avez demandé une photo cette fois la voici et quand vous m'écrirez vous me direz si je suis changé. Les deux colis du 18 sont arrivés, celui avec 22 cougnous est arrivé hier et celui avec les 16 cougnous et les pommes de terre aujourd'hui, ils sont intacts tous les deux..(illisible) .. je vous embrasse tous,  Louis, votre époux pour la vie.

Sans cesse les mêmes demandes

"envoyez-moi une une photo et écrivez-moi souvent".

Des courriers sont sans cesse échangés, c’est un soutien indispensable pour ceux qui sont exilés en terre ennemie. Des mots de réconfort que l’infortuné relira tant de fois et une petite photo qu’il regardera sans cesse. « Je vous avais demandé votre photo sur une de mes cartes, mais vous ne m’avez jamais répondu à ma demande et cependant moi je voudrais tant vous voir   "de votre côté, écrivez-moi le plus souvent possible..."

Du courrier échangé entre Zénobe Binamé et son épouse.

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 Monsieur Zénobe Binamé, Bremen, Allemagne

Madame Zénobe Binamé à Bois-de-Villers, Belgique

 

Des hommes injustement déportés

Les quelques exemples que nous avons rencontrés dans la page précédente mettent en évidence le fait de la déportation d'hommes  ne répondant pas aux critères définis par l'occupant. Les cas semblables ne manquent pas. Quelques cas à Lesve... parmi tant d'autres.

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Jadot Jules, bûcheron à le Levée, trouvé sur son lieu de travail et emmené à Franière, le 27 11 1916, dirigé sur Cassel puis à Brème jusqu'au 2/7/1917. Il a été contraint au travail dans un haut-fourneau.

Jacob Fernand est ajusteur en usine et réside rue de la Station, réquisitionné et emmené à Cassel jusqu'au 1/3/1917 et dirigé sur Brème jusqu'au 2 /7/1917. Quant à Georges Dawagne, il travaillait "au vicinal". Une fonction protégée car les employés de ce service sont nécessaires au bon fonctionnement économique du pays, (transports de marchandises, des gens...)  Eux-aussi comme Pierre Arthur et  Albert Tonon ayant un métier stable, ne devaient pas être soumis à la déportation. Mais l'occupant n'a que faire de ces  irrégularités. déporté, déportation, déportés en 1917, Allemagne, chômeurs, secourus, Grüben, les camps de déportésdéporté, déportation, déportés en 1917, Allemagne, chômeurs, secourus, Grüben, les camps de déportés

Photos souvenirs!

 Bien que vivant dans des conditions précaires, les déportés trouvent encore le moyen d'envoyer l'une ou l'autre photo d'eux. Une façon de donner de leurs nouvelles à leurs proches.De les rassurer sur leur "bonne santé"?

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Parmi ces "gais faucheurs improvisés" un groupe Franco-belge de déportés, se trouve un déporté originaire de Lesves. Malheureusement la famille ne parvient plus à le situer!

Au vu de cette photo, qui se douterait du calvaire vécu par ces hommes?

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 Ceux de Bois-de-Villers

Les déportés  à  Wolsum (de g. à dr.)

4ème rang , 2 Arthur Jaunard, 3 Léon Clobert, 5 Ernest Blavier,

2ème rang, Zénobe Dosimont, 5 Léon Michaux

1er rang, Léon Gillet, Frédéric Dermine, Adolphe Notte,    X et Louis Gillet.

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Souvenir de Cassel, deux villageois de Bois-de-Villers sont reconnus, Adelin Binamé, debout à gauche et Vital Bacq, assis à gauche de la pancarte. Les autres? La mémoire s'efface hélas avec le temps.

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Un groupe de quatre travailleurs de Bois-de-Villers mais qui sont ces hommes?

 

Des photos qui se voudraient rassurantes

Cependant, malgré la bonne mine de ces hommes sur les photos, leurs lettres, au contenu alarmant, plongent leurs familles dans l’angoisse. Toujours cette même supplique qui revient, « faites-moi revenir » ! Les familles lutteront avec leurs moyens, pour activer le retour de leur proche.

Des courriers sont sans cesse échangés, c’est un soutien indispensable pour ceux qui sont exilés en terre ennemie. Des mots de réconfort que l’infortuné relira tant de fois et une petite photo qu’il regardera sans cesse. « Je vous avais demandé votre photo sur une de mes cartes, mais vous ne m’avez jamais répondu à ma demande et cependant moi je voudrais tant vous voir ».

Le redoutable camp de Grüben

  Ce camp a  terriblement marqué tous ceux qui y sont passés. Des conditions de vie horribles les y attendaient.

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Le 14 mars 1917, j'ai vu quelques uns des déportés au nombre de 70  revenus de Grüben. Il résulte de leurs renseignements qu'en ce moment le camp est presque vidé. A la suite du supplice de la faim et des mesures de tortures, les hommes ont dû se laisser faire, ils ont été emmenés non plus comme travailleurs s'offrant volontairement pour travailler mais comme travailleurs forcés.

Il reste au lazaret de  Grüben 1200 à 1500 malades revenus des travaux en piteux état et environ 500 autres au camp lui-même. Le meunier de (?) à qui  j'ai surtout parlé m'a affirmé qu'il y a environ 180 décès à Grüben même. Ceux revenant du travail au camp racontent que malgré les forts salaires, leur situation est à peine tenable tellement les aliments sont rares et chers

Les 70 hommes revenus le 14 mars sont, presque tous, fort mal arrangés. beaucoup ne s'en referont jamais. ils ont quitté le camp lundi matin et sont arrivés à Namur mercredi matin. En cours de route, ils n'ont reçu comme aliment que deux fois de la soupe".

Marcel Roland dont nous allons lire les courriers était à Grüben à cette époque. Il avait refusé de travailler.

 

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En janvier 1917, satisfaire sa faim après une journée de travail  était presque impossible vu les prix pratiqués

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 Lettre de Adolphe Willi(a)m habitant de Lustin mais originaire de Maillen. Le bourgmestre de Lustin confirme la copie exacte du contenu de la lettre.

Extraits

Camp de Grüben, le 7 février 1917

Chère épouse et la famille

 " je viens de recevoir une carte de Maillen qui me rend courage car j'étais en train de pleurer de découragement.

Voilà deux ou trois jours que nous n'avons plus que de l'eau bouillie à manger.... j'ai donné 28 marks pour un morceau de pain (un déporté en gagne 4 à 5 par jour) j'espère vous revoir d'ici peu vu les demandes successives de mon frère... j'apprends par la carte de Marie  que Frédéric Bossiroy de Maille est mort, cela me fait encore  trembler plus fort car il y a déjà 80 de mes camarades qui sont morts... écrivez-moi le plus souvent possible".

Votre époux qui vous embrasse tous de loin sans oublier ses chers petits enfants. Votre époux pour la vie".

Les familles se démènent pour leurs proches.

Que ce soit une épouse, une mère, un père voire un frère, toutes et tous, avec leurs moyens, introduisent des recours afin de rapatrier leur parent. Ils sont à la recherche du moindre appui pour étayer leur requête.

Bertha Quinet de Bois-de-Villers, pour son époux Léon Lambiotte

L'épouse s'adresse  à l’Évêque de Namur et sollicite son appui. Son époux, père de trois enfants, dont la santé est fragile, a été déporté alors que comme beaucoup d’autres, il avait un travail et n’était pas secouru.

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Adresse de son époux en Allemagne, il faut peut-être lire Bei Frau Anna  ..  parfois les déportés trouvaient à se loger chez des particuliers.

"Profondément affectée par le départ de mon mari", écrit-elle à l’Évêque.

L’Évêque de Namur a toujours soutenu la population en  dénonçant des abus. Ne craignant pas d'affronter les autorités occupantes,   il usait de son pouvoir afin de régler des situations parfois très critiques.

Les mères des jeunes gens déportés sont les plus actives et les plus émouvantes. Des mères courages

 

 

 

Madame veuve Clobert de Arbre, la maman d'Eudore

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Lettre aux autorités allemandes

 

"Je prends la respectueuse liberté de vous signaler ce qui suit:Mon fils Eudore Clovbert domicilé à Arbre a été enlevé au contrôle de Franière le 27 novembre 1916. Je viens respectueusement vous demander que mon fils soit rendu à sa famille. il s'est présenté à l'appel sous la foi de l'arrêté de Monsieur le Gouverneur général, arrêté qui ne visait que les sans-travail et les nécessiteux. j'ose croire qu'il a été victime d'erreur car depuis le début des  hostilités jusqu'à son départ, il n'a cessé de travailler comme patron marbrier. Il était le seul soutien de moi, sa pauvre vieille mère, veuve et de sa sœur dont le mari est prisonnier de guerre en Allemagne.Je puis vous affirmer que jamais il n'a reçu de secours..."

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La sœur d'Eudore Clobert et son mari avant la guerre. Camille Marion est prisonnier suite à la chute du fort de Cognelée où il était servant. Il fut  blessé (brûlures importantes) lors de l'attaque. Voir la page sur le fort de Cognelée.

 

Madame Félix Roland de Lustin, la maman de Marcel

La mère de ce jeune homme fait , elle aussi, appel aux sentiments des autorités allemandes,  en vain.

« Permettez à une pauvre mère de famille de vous exposer sa triste situation. Jusqu’au 28 novembre 1916, je n’ai pas eu trop à me plaindre de la vie…. Nous menions une vie heureuse à l’abri de tout soucis matériel, aucun bonheur n’est parfait sur terre, mon mari souffre d’une grave maladie, mon fils Maurice a perdu l’œil droit et ne voit presque plus de l’œil gauche et en septembre mon autre fils Marcel a eu une pneumonie. Malgré tout cela, nous vivions heureux, nous étions même très heureux quand je me représente notre situation actuelle…. Le 28 novembre 1916 fut la journée fatale qui balaya d’un coup mon bonheur familial, mon fils Marcel qui n’avait jamais été chômeur ni secouru, fut enlevé comme chômeur à la réquisition d’Assesse et déporté à Gruben »

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« Quoique mère atrocement accablée, je ne réclame aucune pitié, je réclame justice…. »

"j'envoyai des certificats... j'ai écris aux ambassades... tout fut inutile".

 

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« Pour répondre à une mère que son fils doit mourir loin d’elle »

"qu'est-ce que l'autorité allemande peut faire de ce corps usé par la maladie, amaigri par la faim, gelé en partie par le froid. Quoique mère atrocement accablée, je ne réclame aucune pitié, je réclame justice... pour répondre à une mère que son fils doit mourir loin d'elle.... Je demande que mon fils me soit rendu".

A la lecture de ses lettres, on sait qu’ayant refusé de travaillé, Marcel Roland a été envoyé dans le terrible camp de Grüben, ce camp réputé pour son inhumanité. Il y sera soumis, comme tous ses compagnons d’infortune, aux tourments du manque de nourriture, (littéralement affamés), et du froid, (exposés aux rigueurs climatiques sans vêtement).  Le but étant de les faire plier. La plupart seront vaincus et accepteront le travail. Les plus fragiles craqueront les premiers et certains mourront même dans ce camp de Grüben.

 Quelques extraits de son courrier:

Le 21 février 1917

« Les souffrances et les peines que j’endure ici… au moment où je vous écris, c’est encore avec les larmes aux yeux que je le fais. D’ailleurs depuis mon départ, je crois qu’il ne s’est pas passé un seul jour que je n’ai pleuré… je préfère beaucoup mieux travailler que de me voir livrer comme je le suis, au moins en partant, je serai certain de vous revoir un jouir tandis qu’à rester ici, on n’en est pas plus sûr que cela… Voilà trois mois que je tousse… »

Le 23 février 1917

«  Comme vous l’avez appris par une de mes précédentes lettres ou je vous dis que la vie devient impossible…. Que je suis maigri de 10 kilos tant par les privations que par le chagrin.... je pars mais bien pour ma vie car je ne tiens pas du tout à avoir la même farce que mon camarade Albert».

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« Une telle farce » ? Un certain Albert Fredérick de Lustin est décédé lors de sa déportation. Est-ce celui dont parle Marcel Roland ? Aurait-il employé le terme « farce »

Le 26 février 1917

« J’ai une bien triste nouvelle à vous apprendre. Malgré tout le courage que j’ai eu jusque maintenant, (refus de travailler) maintenant j’ai été obligé de céder et maintenant j’attends mon départ pour la firme d’automobiles Wolstein à Berlin. Comme Maurice ( ?) vous le dira, j’étais trop déprimé pour pouvoir encore rester. (Les Allemands soumirent les déportés à des mesures disciplinaires terribles, la faim, le froid, les maladies vinrent à bout des plus résistants) Les privations et le chagrin m’assaillaient tout le temps, de plus la nourriture abominable me rendait la vie impossible.  Ne pourriez-vous m’envoyer un colis ou deux de 5 kilos avec du manger car ici je meurs de faim. Mettez du pain, du rôti, des galettes, du saindoux, des haricots du riz et de la crème… »

Le 23 mars 1917

« Quant à moi, elle décline toujours de plus en plus. Je suis resté trois semaines à l’hôpital de Gruben me ressentant toujours de ma pneumonie. Pour ma toux, elle est toujours de plus en plus forte et vous ne sauriez croire quelles nuits je passe. En plus, j’ai encore une autre souffrance à y ajouter car j’ai eu le pied gauche gelé à Grüben »

Le 24 mars 1917

« J’espère que vous m’enverrez sans tarder les colis que je vous ai demandés et que vous ferez votre possible pour que la commune m’envoie un peu d’argent de temps en temps. Ne manquez pas non plus de me renvoyer mes quinzaines… »

Le 25 mars 1917

 « On touchera la 1ère quinzaine mais moi je n’aurai probablement rien à toucher car après cinq jours de travail, j’ai encore dû me mettre au lit et j’y suis encore. Pour combien de temps, je n’en sais rien.. je prends deux bouteilles par jour( médicament ? du lait ?) mais cela ne me fait pas grand-chose ».

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Les déportés touchent, en général, 4M70 pour une journée de travail. Ce salaire est nettement insuffisant lorsqu’on voit le prix de la nourriture et le loyer chez l'habitant ou à "l'hôtel". Les familles reçoivent  également une indemnité de l’état allemand. Un mandat mensuel… plusieurs déportés demandent à leur famille de refuser cet argent (d’où le renvoi de l’argent en Allemagne et perçu par le déporté) ou de leur envoyer la somme car ils en ont bien besoin.

Fin de la seconde partie

En construction, Les colis, les aides financières,  les dossiers remis par les administrations communales, les soins reçus en Allemagne, les retours anticipés et ceux qui ne reviendront jamais...

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