09/12/2016

3ème partie. Malgré l’absence d'un mari ou d'un fils, il faut continuer à vivre

Les communes se démènent

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Les deux listes concernant le nombre de déportations pour chaque village de l'entité.(Nombre qui sera modifié par la suite) Si les habitants convoqués de Arbre, Bois-de-Villers, Lesve et Profondeville se rendent à Franière, le 27 novembre 1916, ceux de Lustin se rendront à Assesse le 28 novembre 1916 et ceux de Rivière iront à Dinant.

Une remarque, le nombre de déportés pour Arbre n'est pas donné.

Le nombre des chômeurs n’excède pas 27% des déportés.

Ce pourcentage prouve que la mesure ne vise pas uniquement les gens qui n'ont plus de travail. Ce que le chanoine Schmitz résume  dans ses notes par cette affirmation sans détour:

 

LE MÊME MOBILE QUI PRÉSIDE A LA SÉLECTION,  IL S'AGIT DE SE PROCURER DES BRAS A TOUT PRIX.

 

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En 1916 donc, l’occupant a raflé, comme partout ailleurs, une grande partie de la population active de nos villages. Nous l’avons vu dans les pages précédentes, cette mesure ordonnée sous le couvert d’une mise au travail de villageois au chômage ou  secourus n’est qu’un prétexte justifiant la déportation de travailleurs afin de pallier le manque de main d’œuvre en Allemagne. Devant l’iniquité de la mesure, les Communes réagissent et soutiennent les familles touchées par les faits. Quantité de dossiers sont rentrés mettant en exergue les contradictions de la déportation. Le but est de rapatrier leurs administrés au plus vite car leur situation est de plus en plus préoccupante.

déportés, déportation, travail obligatoire, civils déportés, travail en Allemagne, Lustin, profondeville, Lesve, Bois-de-Villers L’administration communale de Lustin semble être la plus active. Des dossiers collectifs (aussi bien que particuliers) inondent les services de l’occupant

Un extrait de rapport transmis à l’autorité occupante

Non chômeur et non secouru et les commentaires expliquant une situation particulière.

Deux frères déportés Arthur et Ernest Marteaux, soutiens de famille et dont l’un est malade et simple d’esprit.

Trois frères dans la famille Noel, Adelain, Joseph et Emile qui laissent seule leur pauvre mère. S’occupant de l’exploitation familiale, Frérotte Alphonse, Massaux Léon  et Etienne Hector ont déjà un frère en captivité tout comme Fredricks Albert dont le père est malade et le frère infirme, qui faisait vivre sa famille avec son salaire de forgeron.

Bien souvent, le parent resté seul pour assurer les travaux agricoles est obligé de prendre un homme à son service. Parfois, c’est un commerce qui doit être abandonné. Maurice Mahiant, 19 ans, continuait ses études en aidant sa mère à tenir son commerce. Laissée seule, la vieille femme ne peut plus assurer son négoce, quant à Théodore Michel, 27 ans, il réparait son habitation endommagée par le bombardement de Lustin en août 1914. Sa femme, de santé fragile, doit continuer à vivre dans ce bâtiment ouvert aux intempéries.

  Les exemples ne manquent pas mais l’occupant restera longtemps insensible aux nombreuses sollicitations. Toutefois, et nous le verrons dans la suite, il se verra contraint de rapatrier plusieurs déportés pour raison de santé et parfois dans des cas que nous dirions "sociaux"

 déporté, déportation, déportés en 1917, Allemagne, chômeurs, secourus, Grüben, les camps de déportésExtrait document donnant la situation financière  non secouru et ayant un métier

Lustin. « Vit dans l’aisance ». Le bourgmestre force le trait car cette affirmation semblerait quelque peu exagérée de même que pour la valeur des biens dont ils sont propriétaires et des montants épargnés sur des livrets de caisse d’épargne, mais ne dit-on pas que . « La fin justifie les moyens ».

Clobert Joseph est chauffeur dans un château et sa femme y est servante, Graindorge René est jardinier dans une villa, Cornet Lucien est domestique d’intérieur tandis que Bodson Georges est aide-jardinier  chez le Prince Napoléon et Roland Marcel est mécanicien et vit également dans l’aisance. Ce document est intéressant quant à son contenu. Les professions sont fonctions de l’habitat lustinois incluant beaucoup de résidences secondaires louées par des citadins originaires de Charleroi, Liège ou Bruxelles. Ces résidants ayant des voitures ont induit indirectement des métiers comme chauffeurs ou mécaniciens voire de créateurs de jardins comme les frères Nonnet. L’entretien des jardins de ces belles villas donnent du travail à la population rurale.

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Louis Nonnet 21 ans, Noé Nonnet,30 ans, entreprise de créations de jardins, patrons (qui) occupent trois ouvriers, fournissent régulièrement des légumes aux marchés de Namur, 3 ha de terrain loués à la Duchesse de Dave....

Charles Servais, soutien de famille, "absolument nécessaire à la bonne marche des affaires".

Et...

Quant à Adelin Noël, 39 ans, il est domestique depuis 7 ans chez Monsieur le Baron de Gaiffier, il est propriétaire avec sa sœur d'immeubles dont la valeur se chiffre à 30.000 francs (?), ses capitaux sont évalués à 3.000 francs (?), ni chômeur, ni secouru.

Le bourgmestre A. Briot de Lustin, un homme très actif, justifie encore l'état de santé de Marcel Roland.

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 déporté, déportation, déportés en 1917, Allemagne, chômeurs, secourus, Grüben, les camps de déportés  A Profondeville, la famille d'Alexis Marique dresse le bilan des aides apportées à leur fils et ce à peine en quelques mois. La somme est énorme. Plus d’une centaine de marks par semaine.  Comment ces familles font-elles pour avancer de telles sommes? Afin d'aider ses administrés, le mayeur  met en place un service de traduction . Un dossier introduit dans la langue de l’occupant pourrait t être mieux « accueilli »…. La famille Marique en bénéficie pour traduire ses requêtes. 

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 "Le bourgmestre soussigné déclare et certifie que le nommé Alexis Marique domicilié à Profondeville a travaillé sans interruption depuis avant la guerre et le produit de son travail suffisait largement à son entretien et de sa famille. De plus, il n'a jamais demandé ni reçu aucun secours de l'administration publique".

 La demande de rapatriement traduite en allemand.

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À Lesve, le bourgmestre souligne l’âge de certains de ses administrés déportés, (la limite d’âge fixée par l’occupant était de 55 ans !) Jacques Léon, né en 1860, affiche donc 54 ans, Dave Emile, 59 ans,  Cheverier François 60 ans et Defosse Emile est le plus âgé avec ses 66 ans.

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A Arbre, la famille Guery dont Joseph, le fils aîné, grenadier a été tué lors des sorties d’Anvers en septembre 1914, voit son fils Arthur déporté privant la famille de rentrées financières. Il reviendra assez vite mais son état de santé était plus de déplorable.(voir 1ère partie)

Épingler ces quelques exemples suffit amplement à illustrer le propos.

 

Des rapatriements anticipés

 Sont-ce ces interventions qui, portant leurs fruits, permettent certains retours anticipés ? Dans chaque village de l’entité, on compte des retours mais sans avoir toutes les raisons. « Etudiant » peut en être une quant aux autres professions…. ? Néanmoins, grâce à certains témoignages, on peut déduire que la santé de ces hommes est la cause principale d’un retour avancé. On n’a pu s’en rendre compte lors des retours de  Fernand Clobert, Alphonse Beaupère Arthur Guéry  trois jeunes gens de Arbre (voir 1ère partie). Cependant, on ne peut en tirer une conclusion. En ce qui concerne Bois-de-Villers, Cheverrier Ernest, parti en novembre, revient le 30 décembre suivant, Marchal Edouard  revient rapidement pour reprendre ses études, tandis qu'à Lesve, Joseph Marchal  revient pour la naissance d’un enfant, Albert André est « renvoyé par la suite du décès de sa mère » et Tonon Fernand est réclamé par l’institution bancaire pour laquelle il travaille.

 Des exemples de rapatriements. Extraits de listes dressées par les communes.

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La santé est une des raisons avancées le plus souvent. Toutefois la profession exercée, machiniste, électricien, des métiers  utiles pour la vie économique du pays, voire des employés réclamés par leur institution.... pourrait être prise en considération

Une analyse plus poussée mais qui sort du cadre de notre fait, apporterait (peut-être?) une réponse.

Malgré la relative rapidité de leur retour, ils sont pour la plupart dans un « état épouvantable, il n’y a qu’à les voir pur le croire. Beaucoup ont la figure, les mains et les pieds enflés, effet paraît-il de la gelée ».

La  liste de déportés de Bois-de-Villers avec la date de leur retour

 déportés, déportation, travail obligatoire, civils déportés, travail en Allemagne, Lustin, profondeville, Lesve, Bois-de-Villers Plusieurs décès sont à déplorer. Au nombre de huit selon ce document. Il faut cependant faire une distinction entre les décès:

Baré Alfred, Floris Duculot, Léon Dosimont sont morts en Allemagne.( pas de date de retour).

Par contre en ce qui concerne les dénommés Binamé Jules, (rapatrié le 10-6), Bajart Jules (20-5), François Raymond (9-2), Chapelle Florent (2-8), Colard Jules (2-4), ils seraient morts après leur rapatriement des suites de séquelles de cette captivité. Du moins ils sont décédés avant la rédaction de cette liste (immédiatement après guerre)

Il reste une énigme. Un civil, Clément Diderich, est mort le 1er novembre 1918 dans le camp de Stendal?

Les déportes étaient tous rentrés avant 1918!

 

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Les dates de retour.

François Zénobe, Cheverier Ernest  revenus le 30 décembre 1916 seraient, toujours d'après ce document,  les premiers revenus de déportation.

 Malheureusement pour eux, Delvaux René, (le 3 octobre 17) et Dermine Adolphe (le 4 octobre 17) seraient rentrés les derniers.

Toutefois, une majorité est  rentrée au mois d'août.

 Ce document met encore en exergue le fait que certaines familles  sont  plus durement touchées par la déportation.

A Bois-de-Villers, quatre  frères Dosimont exerçaient la profession de sabotier, trois d’entre eux,  Zénobe, Léon et Alexis, faisaient partie du convoi du 27 novembre 1916. Zénobe et Alexis sont revenus de Cassel, y laissant malheureusement leur frère Léon, mort le 9 février 1917.

Les fratries déportées ne sont pas rares. A Lustin , on note les familles Marteaux, Nonnet et Noel.

 

Blessés ou malades.

Les conditions de travail sont très mauvaises. La mauvaise alimentation, les expositions au froid fragilisent la santé de nos villageois déportés. Les plus faibles contracteront des maladies graves qui nécessiteront des hospitalisations (en dernier recours), pneumonie, diphtérie, rhumatismes, amaigrissement anormal…. sans compter les séquelles de blessures.  Car la plupart des déportés sont employés à des besognes qui ne leur sont pas habituelles. Ainsi, Dosimont Léon, journalier, est employé dans un haut-fourneau, tout comme Jules Jadot de Lesve qui est bûcheron de son état. Ces hommes sont sans cesse confrontés à des dangers professionnels. Cette situation génère des accidents par manque d’expérience. Accidents qui peuvent tourner au drame dans certains cas.

déportés, déportation, travail obligatoire, civils déportés, travail en Allemagne, Lustin, profondeville, Lesve, Bois-de-Villers  Zénobe Binamé a été blessé pendant son travail à la Nord  Deutsche Hutte-Aktiengesellschaft…. Il a subi l’amputation du médius. Deux mois sans travailler… et sans recevoir le salaire de 4,70 Mark par jour de prestation!

Après la guerre, les déportés tentent de recevoir une indemnisation pour les blessures encourues. (Ou pour les séquelles des maladies). Zénobe Binamé a été soigné du 21 avril  au 16 juin 1917 à l'hôpital de Brème, soigné pour suppuration du tendon du médius droit (amputation du doigt). La maladie n'est pas mentionnée comme survenue des suites d'un accident...

Comment prouver le contraire?

Il faudra entreprendre  bien des démarches pour espérer toucher un dédommagement.

En 1922, Zénobe Binamé doit encore se démener afin d'obtenir satisfaction.

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Dosimont Léon,  suite à son séjour au terrible camp de Cassel,  est resté deux mois à l’hôpital de Oldruff pour diphtérie et rhumatisme. Malgré son état, il fut remis au travail et ne sera  libéré que le 16 août 1917 « à cause d’invalidité ».

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 Franière,  le 27/11/16, déportation en Allemagne, camp de Cassel, entré le 28 11 18916, sorti 8 jours après pour Oldruff et (y est) resté 4 mois durant lesquels (a été) deux mois à l'hôpital pour diphtérie et rhumatismes, revenu au camp de Cassel, puis envoyé à Munster de là au travail forcé à Miderich-Disbourg, revenu à Munster. Durée de l'hospitalisation  fin décembre  jusque fin février.

Auguste Beaupère, de Arbre a pu prouver, à force d'expertises et de factures de frais médicaux, la gravité de sa situation. Une santé fragilisée qui l'empêche de travailler de son ancien métier. Il recevra une confortable indemnisation mais... il  gardera toujours une souffrance, ("une incapacité partielle de 10%), tant morale que physique.

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Quant à Fernand Clobert, après plusieurs demandes appuyées par le bourgmestre H. Crepeigne, il recevra, lui aussi,  après la guerre, une indemnité!

29 francs comme dédommagement de sa déportation.

 Cette somme est versée par le gouvernement allemand.

 

Malheureusement, il faut déplorer la mort de plusieurs déportés, à Lesve comme à Bois-de-Villers et à Lustin

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Ceux qui ne sont pas revenus:

 Bois-de-Villers,

Floris Duculot est mort suite à ses blessures. Il serait tombé dans une cuve d'huile bouillante. Léon Dosimont est décédé de maladie le 9 février 1917, tout comme Barré Alfred, le 24 décembre 1916. Des séquelles d'un séjour au camp de Cassel.

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Lesve,

deportation, déportés, camp de travail, chomeurs et assistés, 1916, 1917 Léon Michel , décédé le 18 juillet 1917 à Hattingen de néphrite et de pneumonie.

L'officier civil de Berlin Spandau  fera parvenir l'acte de décès en 1922. Document qui sera acté dans le registre des décès de la commune de Lesve le 8 mars 1923.

 

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 et Arthur Romnée, 25 ans, ouvrier agricole, époux de Georgina Arys,  mort le 10 mai 1917 à Hamborn.

Acte transcrit en juillet 1923

 

 

 

 

 

 

 

 

Selon les écrits de l'abbé Petit, curé de Lesve, quatre autres déportés,  Arthur Warnier, Joseph et Gustave Genin et Hippolyte Pochet  perdront la vie peu après leur retour.

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Lustin

Marcel Laurent et Albert Frederick. Ce dernier serait mort pendant son séjour dans le camp de Cassel. ce camp qui avait pour but de "casser" ceux qui refusaient de travailler. Les conditions d'existence y étaient terribles.

déporté, déportation, déportés en 1917, Allemagne, chômeurs, secourus, Grüben, les camps de déportés  Dans un courrier de Marcel Roland, un jeune déporté de Lustin, une information pourrait avoir trait à ce décès.

"je ne tiens pas a avoir la même farce que mon camarade Albert".

Curieux!

Si tous les témoins, bourgmestres, échevins et prêtres,  qui ont assisté à la déportation en novembre décembre 1916 s'accordent à témoigner de l'inhumanité de l'occupant lors de la sélection des villageois, l'abbé Daische, dont on ne peut mettre en doute la parole, nous éclaire sur un fait particulier. Extrait de son courrier.

déportés, déportation, travail obligatoire, civils déportés, travail en Allemagne, Lustin, profondeville, Lesve, Bois-de-Villers  Que ce soit à Franière ou à Assesse, l'occupant n'a jamais tenu  compte de la situation des villageois. L'arbitraire primait!

Or, d'après le témoignage du curé de Rivière, l'occupant aurait montré plus d'humanité lors de la sélection faite à Dinant. Certes, il parle encore de marché humain mais il admet que "l'appel de Dinant s'est fait, semble-t-il, d'une façon plus conforme aux données annoncées par l'autorité". "DANS LA PLUPART DES CAS, L'EXCUSE DE PATRON (ou) PERE DE FAMILLE" allégué avec une certaine assurance par l'appelé amenait la libération". Et de préciser que deux officiers allemands présents lors de l'appel, le comte von Zeck et von Otto, aidèrent même à l'élargissement de plusieurs appelés.

Et de fait sur 52 hommes convoqués à Dinant, 5 furent retenus dont deux bénéficièrent encore d'une libération immédiate. Il ne furent donc que trois à partir. Trois jeunes de vingt ans alors qu'il y avait 5 chômeurs (âgés) au village et qui ne sont pas repris!  Cette mansuétude (?) ne serait-elle constatée qu'à Dinant? Une recherche est entreprise afin d'éclaircir cela.

Une information tirée du rapport du curé de Rivière

"Dont la carte d'identité portait le métier de machiniste était renvoyé avec la fameuse carte jaune lui annonçant qu'il serait réquisitionné pour travailler en Belgique".

En 1915, les autorités occupantes ont dressé un relevé des habitants de chaque village, dans le but de distribuer des Personal-Ausweis. A Lesve, dans les documents conservés aux archives communales, on retrouve beaucoup de ces ausweis,  une photo, un métier, une adresse, date de naissance, une signature... une carte d'identité avant l'heure. Plusieurs documents concernant des hommes portent la mention "in oberwaghur". Qu'est-ce à dire?

L'homme peut-être déporté? Ne peut être déporté? Est-ce pour signaler que la profession exercée par le détenteur le rend utile à l'économie du pays? Comme ceux qui travaillent au "vicinal"?  Demeuse Albert, effectivement "chauffeur au vicinal" est de ceux-là et Demanet Alphonse, bien que renseigné  tonnelier de son état, travaillant comme "ouvrier au gaz" à Châtelet restera en Belgique.

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Pour se faire une idée de la "dureté" de la sélection dans nos villages. La sélection à Houyet aurait-elle été conforme "aux données annoncées"? Les officiers qui  ont assuré cette basse besogne n'ont pas bonne presse auprès de la population locale. De gauche à droite, le major, le lieutenant Guise et le lieutenant qui a "présidé le bureau" à Houyet.

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Sources

Archives communales des villages cités

Archives de l’Évêché, pour les paroisses citées

14:50 | Lien permanent

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