21/08/2017

Il assiste à une rebellion dans le fort de Wijnegem, octobre 1914

Léon Juckler est le frère aîné de Henri Juckler dont nous avons retracé le parcours très particulier 

http://ceuxde14-18.skynetblogs.be/archive/2017/01/08/un-brancardier-blesse-en-octobre-1918-le-parcours-particulie-8688288.html

Lesve, Arbre, Profondeville, Bois-de-Villers, Anvers, les forts d'Anvers, défense de la position d'Anvers, octobre 14, Artilleur C’est le 17 juillet 1885 que Léon Juckler est né à Lesve  à « deux heures de relevée ». Il est le premier enfant d’Ed. Juckler, âgé de 25 ans, tailleur d’habits de sa profession et de Joséphine Cath. Borbouse, âgée de 24 ans, ménagère. L’acte est passé le 19 juillet devant Joseph Taquet, échevin délégué. Les témoins sont Julien Lecoq 55 ans, cabaretier et Joseph Claude, 25 ans, clerc de notaire. Tous les deux sont domiciliés à Lesve. «  L’enfant qui a été présenté est reconnu de sexe masculin ».

L’enfant est scolarisé chez les religieuses puis, pour ses "écoles primaires"  passera à l’école communale tenue par Messieurs Demeuse et Malfait. Il doit certainement entreprendre des études  car il se déclare géomètre dès 1904.

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Il s'engage comme volontaire, plusieurs examens et autres démarches 

 

Le 23 décembre 1904, alors âgé de 19 ans, il avance son service militaire et signe un engagement pour une durée de deux ans au 11ème régiment de ligne, caserné à Hasselt.

Afin d’être admis dans la « grande muette », le candidat doit satisfaire à quelques formalités. Une visite médicale le déclarant sain de corps et sain d’esprit, un certificat de nationalité ainsi que l'obtention d’un  certificat de bonnes vie et mœurs.

Il satisfait à tout cela.

 

Le père et  le médecin de famille, le docteur de Hemptinne,  attestent de la bonne santé de Léon. Pas de trace d' aliénation mentale, de faiblesse d'intelligence, d'hallucinations, d'épilepsie ou d'incontinence d'urine.

 

Attestation légalisée par l'Administration communale de Lesve, le 20 décembre 1904.

 

 

L’administration communale de Lesve dressera un rapide crayon généalogique prouvant la nationalité belge du candidat. Son grand-père est né en 1829 à Namur  (la famille serait originaire de Suisse) , le père est né, quant à lui, à Lesve  en 1859.

 

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Etat des renseignements concernant un homme qui demande à entrer dans l'armée comme volontaire.

 

Le docteur de Hemptinne

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 Les deux certificats médicaux de contrôle.

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L'un dressé par un autre médecin civil désigné par l'armée et le second dressé par un médecin militaire

 Le Collège des Bourgmestre et Echevins de la Commune de Lesve

livre le certificat de bonnes vie et moeurs

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Après toutes ces démarches, le jeune volontaire signe son engagement.

Visage ovale, front haut, yeux bleus, nez ordinaire, menton arrondi, cheveux  et sourcils blonds, taille 1,70m

. La santé mentale et physique de notre concitoyen est excellente.

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Lesve, Profondeville, Juckler, la défense d'Anvers, les forts d'Anvers, la chute d'Anvers, octobre 1914, Bois-de-villers, artilleur, LustinIl entrera à l'école du régiment et  servira d’octobre 1905 à 1907. Le 11 juin 1906, il est nommé caporal.

En décembre 1907,  à la fin de son terme, il signe un second engagement de deux ans mais dans la réserve.

De retour à la vie civile, il reprend de son métier de géomètre. Il se marie le 4 mai 1911 (à Arlon ?) avec Marie Lorent, une jeune fille originaire de Gembloux.

Et le ménage s’agrandira  de deux garçons, le premier, Joseph, naît  le 13 février 1912 et le second, Edmond, le 24 janvier 1914.

 

Photo prise après la guerre. Peu de temps après son retour de captivité

 

Bien peu de temps après la naissance du cadet, la guerre éclate. Léon Juckler ne verra pas grandir ses enfants....

 

Lesve, Profondeville, Juckler, la défense d'Anvers, les forts d'Anvers, la chute d'Anvers, octobre 1914, Bois-de-villers, artilleur, Lustin  Le 1er août, il est rappelé sous les drapeaux et vu son âge, il n’intègre pas un régiment de ligne mais un régiment de forteresse. Le 11ème régiment de forteresse constitué des anciennes classes du 11ème de ligne.

 

Un bonnet de campagne du 11ème régiment de ligne

 

On pourrait parodier le titre d’un film  «  Mais où est donc passée cette 1ère compagnie"? La 1/II/11F, celle dont fait partie Léon Juckler.

 

On ne connaît pas d'historique pour ce 11ème régiment de forteresse donc il est particulièrement difficile  de retracer son parcours. Tout au plus, peut-on, à l'aide de notes ou de rapports déposés par des témoins, retrouver quelques éléments de présence dans les combats. C' est ce que nous avons fait en analysant plusieurs dossiers militaires.

Août-octobre 1914, où est le 11ème régiment de forteresse?

 

Le parcours de Léon Juckler

 

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-1er août au régiment, départ pour Liège

9- octobre, prisonnier à Anvers

-9 octobre 14 au 20 juillet 17 au camp de Parchim

20 juillet 17 transféré en Suisse

-20 juin 18, transféré en France

-20 mai 19, retour en Belgique

-1er  novembre 19 démobilisé.

 

 

Liège, août 14

 

Le 11ème de forteresse (11F)  était à  Liège en août 14 mais si les autres régiments de forteresse apparaissent sur les plans de positionnements des troupes, nulle trace du 11ème F !  Où était-il positionné ? Peut-être en réserve dans le secteur de Loncin, Hologne et Flémalle . Des troupes qui n'ont pas été appelées en renfort  et qui se sont retirées avec l'armée de campagne. Une hypothèse que nous cherchons toujours à confirmer.

Lesve, Profondeville, Juckler, la défense d'Anvers, les forts d'Anvers, la chute d'Anvers, octobre 1914, Bois-de-villers, artilleur, Lustin  Sur cette carte, les emplacements des différents régiments de la 3ème Division, les 9ème, 11ème, 12ème et 14ème de ligne et leurs régiments "frères", sauf... le 11ème de forteresse!

A l'ouest de la ville, LONCIN HOLLOGNE et FLEMALLE,  la zone occupée par les réserves. Le 11ème de forteresse y serait-il?

 Le combat de La Rhees

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Les lignes belges repoussent un assaut allemand

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Mais à quel prix!  Le 11ème de ligne subira de lourdes pertes lors des combats du 5 et 6 août. Plus de 300 morts, blessés et disparus, le colonel du régiment sera tué à la tête de ses hommes ainsi que plusieurs officiers.

On remarque sur ce plan, le secteur dévolu  à la 11ème brigade mixte. Normalement, le 11ème de forteresse devait être dans cette partie de la position. Deux Profondevillois y perdront la vie. voir...http://ceuxde14-18.skynetblogs.be/archive/2014/03/24/les-5-et-6-aout-les-deux-premiers-villageois-tues-a-liege-8142855.html

Le colonel Charles Dusart, tué à la tête de ses hommes 

Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, Wijneghem, Liège,  HasseltLesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, Wijneghem, Liège,  Hasselt Parmi les officiers qui ont conduit le combat, un jeune lieutenant, Achille Noterman. Il est le porte-drapeau du régiment, . Il se comportera d'une façon remarquable au cours du combat de La Rhées. Le parcours de ce  lieutenant croisera celui du caporal Juckler. C'est la raison de cette présentation.

"fait prisonnier au cours du combat de La Rhées, il réussit à s'enfuir et à retrouver le drapeau qu'il avait dissimulé, Il a été nommé capitaine en second par A.R. du 25 août pour avoir fait preuve d'une bravoure, d'une énergie et d'un sang-froid remarquables".

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La troisième division se retire de la place fortifiée de Liège, laissant aux différents forts  le soin de retarder l'ennemi afin de permettre la retraite. L'ennemi avance néanmoins et il faut encore combattre sur la Gette et au combat d'Aerschot. Lèon Juckler signale y avoir participé. Si cela n'est pas vérifiable, le fait a son importance, il permet de confirmer la présence du régiment à Liège et de son repli avec la 3ème division.

Les divisions belges se retirent vers Anvers.

Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, Wijneghem, Liège,  Hasselt "Le 20 août, la majeure partie de l’armée de campagne belge est postée derrière et entre les fortifications de la ceinture extérieure de la “Position fortifiée d’Anvers ". Appuyée par la 2e division,  la 5e division d’armée se déploie derrière la Nèthe à la hauteur de Lierre où l’assaut est attendu. Les 3e et 6e divisions sont disposées entre l’Escaut et le Rupel. La 4e division occupe l’arrière de l’Escaut à la hauteur de Dendermonde pour éviter que les troupes allemandes ne traversent l’Escaut et attaque Anvers à partir de l’Ouest. La division de cavalerie protège les flancs".

http://www.be14-18.be/fr/defense/la-position-fortifi%C3%A9e-danvers

Voici donc Léon Juckler avec son régiment dans le réduit national.

Comment un fantassin de la IIIème div. en est-il arrivé à défendre un fort anversois?

 wijnegem 1.jpg Le fort de Wijnegem est situé en bordure de la zone inondable d’Anvers. C’est un des vieux forts en briques datant de 1860.  Vu sa vétusté, des travaux de consolidation sont entrepris par la garnison dès le début des hostilités, sous les ordres du lieutenant d'artillerie Janssens. Le 16 août,  lorsque le commandant Raulier (un officier d’artillerie de forteresse , échappé de Liège)  prend le commandement de la position,  les travaux continuent. Cet officier commande une forteresse dont .l’armement est faible :  quelques canons (dont certains sont en bronze) de faibles calibres qui ne tirent qu’à une distance de 5000m.  et qui est, en fait, armé pour repousser des assauts d’infanterie, non pour résister à  un bombardement important.

Des mesures sont prises pour faire sauter le pont mais pas exécutées, les conséquences seront funestes!

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Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, Wijneghem, Liège,  Hasselt

 

 

 

 

 

 

 

 Deux photos du fort, des douves entourent la position. Vu le sous-sol très humide, les forts sont construits en surface. Un pont relie la structure aux campagnes.

 Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, La garnison assiste de loin à l’attaque menée contre la première ligne des forts de la défense anversoise. Les nouvelles circulent, certaines sapent le moral des hommes. Malgré la défense héroïque des garnisons de ces forts, il était quasi impossble de résister face à des forces ennemies très supérieures.  Le moral faiblit et des soldats, revenus de Liège et de Namur qui ont rejoint la place anversoise,  témoignent de  la puissance de feu des 305 et 420mm auxquels rien ne résiste pas même une épaisseur de 4 m de béton.

Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, Wijneghem, Liège,  Hasselt  Loncin et  Marchovellette combien de victimes ensevelies sous les débris des voûtes ? Loncin, Marchovelette, des forts modernes, construits en béton, laminés sous les puissance des 420mm.  Wijneghem est en briques! « Nos forts sont de carton face à ces monstres »  qui tirent des projectiles de 800 à 900 kilos à une distance supérieures à 12 000m. Hors de portée d’une riposte de notre artillerie.

Les forts de la premières ligne plient les uns après les autres, Broechem tombe et ouvre la porte à l'assaut final. Les défenseurs du fort assistent impuissants à la destruction  des défenses de première ligne. Les nouvelles circulent de nouveau , certaines minent  plus encore le moral de ces hommes.

Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, Wijneghem, Liège,  Hasselt  Le 4 octobre: « Nous sommes tous à notre poste ». mais on sent au travers des notes des soldats que  la mort des soldats enterrés sous les débris des forts , hante leurs pensées.

Photo du commandant Raulier, commandant du fort1 (Photo reçue de M. METER)

Le 5 octobre : « Vers 9 heures du matin, quelques groupes de soldats ennemis sont visibles depuis le fort, après plus rien... le reste de la journée est calme »…. Mais dans l’après-midi, le clairon sonne l'alerte. 261 soldats, 24 sous-officiers et des brigadiers se sont   massés sur le pont qui n’est toujours pas détruit et malgré l'opposition du commandant (qui essuie quelques coupes de feu), ils fuient, abandonnant le fort, ne laissant qu'une petite moitié de la garnison assurer la défense. Immédiatement le commandant ordonne de mettre hors d’état les pièces d’artillerie. Les soldats démontent les éléments essentiels et les jettent à l’eau ou les enfouissent sous terre. Si le fort tombe, l’ennemi ne pourra récupérer l'artillerie en ordre de tir. Le fort se met en défense avec les moyens qui lui restent,  juste de quoi empêcher des assaut d’infanterie.  Ensuite, le commandant  Raulier  fait rapport à sa hierarchie.

La réponse du général Deguise est sans ambiguité

« Tenir jusque la mort ,  TOT TER DOOD !

Un défenseur  n’abandonne jamais son poste »

Le contexte historique

 "Le soir du 6 octobre, la ligne de défense de la Nèthe est percée, la ligne de la Dendre est franchie, et celle de l’Escaut se retrouve sous une lourde pression, ce qui menace l’Armée belge d’un investissement à Anvers. La nuit du 6 octobre, le Roi ordonne le passage de l’armée de campagne sur la rive gauche. Elle doit utiliser les ponts de Tamise, Hoboken et Burcht et continuer ensuite sa retraite vers l’ouest. La place d’Anvers doit alors être défendue par les garnisons des forts, quelques régiments d’infanterie de forteresse, ( dont celui de Léon Juckler), la 2ième Division belge et trois brigades de marins anglais".      http://www.be14-18.be/fr/defense/la-position-fortifi%C3%A9e-danvers

Le 6 octobre, Vu l'ordre reçu, le commandant revoit sa position et décide de remettre en état les pièces d’artillerie. Les hommes récupèrent certaines pièce démontées. Hélas plusieurs ne sont pas retrouvées. « alors on va chercher des pièces de rechanges dans l’armlurerie mais malheureusement, le sous-officier responsable des locaux est parti avec les clés ». Les moyens seront limités mais il semblerait que le commandant veuille cacher sa faiblesse.   Ordre alors est donné de tirer avec les pièces en ordre dans la direction supposée occupée par l’ennemi. Dans l’après-midi, une centaine de « piotten » du fort n°2 arrivent en renfort . Hélas, ces hommes sont « comme des corbeaux affamés, (ils)  ont cassé toutes les portes dans le fort, alors que nous étions à nos pièces… (ils ont) pillé et détruit tout ce qui leur tombait sous la main ». Le témoin raconte avoir retrouvé la photo de son épouse et de ses enfants  parmi les décombres. Le bombardement de la ville commence. De nombreux obus passent « au –dessus de nos têtes ». La nuit, le phare du fort balaie toutes les 5 minutes, les campagnes avoisinantes.

Le 7 octobre. Le bombardement de la ville recommence, peu important en journée mais la nuit, il prend de l’ampleur. Les hommes subissent les événements.

L’arrivée de Léon Juckler

Sachant la garnison insuffisamment importante, de nouveaux renforts sont envoyés au fort 1.

Parmi ces renforts, Léon Juckler

Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers,  Le 7, dans la matinée, le capitaine Noterman arrive sur les contreforts de la position à la tête de  d'une compagnie du Ier bataillon du 11ème régiment de forteresse. Léon Juckler est caporal dans cette compagnie. Un « piotte » dans une forteresse!

Achille Noterman, c’est lui qui était présent à Liège. Il vient d’être nommé capitaine pour son action d’éclat à Liège. Il arrive avec 320 hommes. De quoi restaurer le moral des défenseurs.  "Nous étions ( de nouveau) prêts à résister à une déferlante de l’infanterie ennemie » écrit notre témoin.

"Le 8 octobre, les Allemands percent la ligne de la Nèthe et la 2ième Division et la Naval Division britannique quittent Anvers. Le soir ils traversent l’Escaut par les ponts à Burcht et au Steen"

Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, Wijneghem, Liège,  Hasselt Le 8 octobre. Les obus passent toujours au-dessus de nos têtes, la ville se meurt doucement sous le feu ennemi. Les hommes se sentent pris « comme dans un piège » Le désarroi gagne les défenseurs qui doivent rester en poste alors  qu’ils apprennent que  les soldats de l’armée de campagne se retirent de la rive droite du fleuve. Ils se sentent abandonnés. On sauve les toupes jeunes et on laisse les hommes plus âgés couvrir leur retraite. Ils se savent "sacrifiés". Cela passe mal.

Le départ de la 2ème division, la dernière à quitter les lieux,  laissant les forts seuls assurer la défense de la ville.

 Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, Wijneghem, Liège,  Hasselt Le départ de la 2ème division concrétise leurs craintes.  La ceinture des forts 1 à 8 est seule!  Panique presque généralisée lorsque la nouvelle tombe:  le général commandant la place d'Anvers et son état-major se retirent sur la rive gauche du fleuve.

De plus l’attaque semble se dessiner

entre les forts 1 et 6.

Devant les forts (en rouge) les 1ère et 2ème brigades d'infanterie de marine se massent avant l'assaut final.

Une seconde rébellion.

Les « lâches investigateurs » reprennent leur travail de démoralisation. Ils deviennent de plus en plus menaçants. Beaucoup de soldats veulent , suite à leur influence, abandonner la position. Des menaces sont proférées à l’éncontre du commandant Raulier et des coups de feu sont même tirés en sa direction. Les officiers, dont le capitaine Noterman, interviennent et redressent la situation.

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Le lieutenant Janssens fait appel à la fibre patriotique de tout un chacun, parle de la grandeur de la mission, de l'amour de la patrie... Son discours semble convaincre. Mais la colère gronde et trouvera encore de quoi enfler.

Lèon Juckler a vécu les événements.

 La situation générale se dégrade « Plus moyen d’assurer le service des distributions de vivres à la troupe.  Ce fut l’une des principales causes d’actes d’indiscipline et de révolte qui se produisent le 9 octobre » lit-on dans les archives officielles.

Cela se vérifie dans le fort 1. A 10 heures du matin,….Plus de viande! Des vaches broutent  dans les prairies du château, juste devant le fort. Quelques hommes s’y aventurent et reviennent avec une bête qui est abattue sur le pont est immédiatement. découpée « morceau par morceau ».  Cela donne un repas « comme on en rêvait ». Le calme revient. Pour un bref instant car bien vite l' atmosphère  se dégrade de nouveau. Il n’y a plus aucune défense entre eux et les troupes d’assaut ennemies .

13h30, une voiture s’arrête devant le fort et des officiers en descendent. « On pense que ce sont des Anglais ».

Lesve, Juckler, fort d' Anvers, le 9 octobre 1914, chute d'Anvers, 11ème régiment de ligne, Profondeville, Bois-de-Villers, Wijneghem, Liège,  Hasselt  Et, s’adressant en français,  l'un d'entre eux demande à parler au commandant du fort.

« Qui dois-je annoncer ? ».. la réponse de l’officier surprend les sentinelles

« Commandant Brickx, officier allemand ». Il vient prendre possession du fort car, affirme-t-il, la ville d’Anvers vient de capituler.

Priver de communications téléphoniques avec les autorités tant civiles que militaires, la garnison n’est pas au courant de l’évolution de la situation. La ville est en feu ! Cela, ils le voient de leur fort mais qu'en est-il de la situation. Le commandant et deux de ses officiers, (Janssens et Perret)  prennent place dans la voiture allemande et sous la conduite de ce commandant Brickx, se rendent à la ville. Pendant ce temps, des fantassins de marine allemands  se massent devant le fort. La menace est bien présente!

15h30. La voiture revient d’Anvers. Les officiers discutent entre eux. Les hommes attendent les nouvelles.

18 heures ; La décision est prise. Vu que la ville a capitulé, « notre tâche de défenseur est terminée » Le fort  se rend. Les 628 hommes et les 15 officiers et sous-officiers  sont désarmés . Ils l’ont échappé belle car ils apprennent que leur fort a évité deux bombardements. L’un du fort N° 2 qui croyait le fort N° 1 investi par l’ennemi. Heureusement, le commandant du fort 2 envoya un soldat pour se rendre compte de la situation. Il n’en était rien ! Le deuxième serait venu des lignes allemandes qui pensaient le fort occupé par des troupes anglaises.

Léon Juckler est donc prisonnier

« Nous étions désarmés et prisonniers » déclare le témoin. Les défenseurs sont parqués dans une prairie voisine, le temps que les Allemands prennent possession de LEUR fort.  Puis, en colonne, entre deux lignes de fantassins allemands, ils quittent leur fort.

1ère cie/II bn du 11ème de forteresse                          9 octobre 1914, fort 1, Anvers

infanterie de marine,                                                        Parchim, Manheim

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Fin de la première partie

Les sources seront données à la fin de la seconde page consacrée à la captivité de  Léon Juckler.

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