20/11/2017

Améliorer sans cesse les conditions de vie dans les camps... question de survie

Ils ont faim, ils ont froid, ils manquent de tout

Rappelons-nous cette phrase de Théophile Cuvelier: « Pour moi, je me porte  à merveille». Est-ce la réalité ou bien ne veut-il pas inquiéter sa famille ? Si l’on rassemble les bribes d’informations recueillies dans leurs courriers, on apprend qu'ils manquent de tout, la nourriture est insuffisante et de piètre qualité, ils n’ont pas de vêtements adaptés à la l’humidité de l’automne, à la froideur de l’hiver… L’Allemagne nourrit ses troupes avant tout! Les prisonniers seront "servi" en second lieu! De plus, les autorités allemandes sont dépassées devant l’afflux de prisonniers. La propagande tente de dissimuler le problème. Dans certains camps, il y aurait des cantines dans lesquelles ils peuvent s’approvisionner! Un leurre pour les autorités sanitaires internationales qui vérifient la « qualité » des  conditions de vie de ces captifs.

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La cantine du camp de Soltau... Du vin au tonneau, de la bière en bouteilles, des fruits, des légumes....des conserves! La population allemande ne dispose certainement pas tout ce luxe alimentaire! Que dire alors pour des prisonniers!

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"La laiterie qui reste ouverte un mois pour le bluff". Juste le temps de la visite des autorités de la Croix-Rouge. Des petits marchés s'organisent entre les prisonniers. Des Russes et des Français marchandent en plein air.

L'aide des familles

Souffrant donc de la faim et du froid, ces hommes n’ont d’autres recours que de solliciter l’aide de leur famille. Ils ne savent rien de la situation économique de leur village dont l’occupant réquisitionne les productions. Leur famille a faim elle aussi!   Malgré la détresse vécue dans les foyers, les épouses et les mères vont trouver les moyens d’envoyer quelques vivres ou autres « douceurs » à leur parent retenu en Allemagne. Des privations en plus afin de satisfaire la demande de « leur prisonnier ». Malgré leur modicité : une boîte de sardines, un peu de sucre, des galettes et des confitures ou quelques pommes, les colis envoyés par les proches sont salutaires et améliorent, ne fut-ce qu’au niveau du moral,  grandement le quotidien de ces hommes. A cela, les mères ou épouses y ajoutent des lainages, des chaussettes, des écharpes ou des gants pour combattre le froid.

Arbre, lesve, Bois-de-Villers, Lustin, profondeville, les camps de prisonniers, les colis de nourriture, malades au lazaretL'envoi des colis est pris en charge par la poste militaire (?) allemande. Grâce à son organisation, la majorité des colis arrivent à destination et en entier. On pourrait craindre des détournements, ceux de nos villages n'en ont pas souffert. Certes, il y eut  quelques retours de colis car le destinataire n'a pas été trouvé à l'adresse mentionnée. Il a changé de camp ou bien l'adresse est mal rédigée. Mais le colis est revenu à l'expéditeur.

Les familles Thone, Jacquet et Hermanne de Lustin, Dave de Bois-de-Viollers et les Collet et Marchal de Lesve sont concernées. Elles iront rechercher leur colis à Namur.

Le contenu de colis envoyés par les familles

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 Les autorités locales témoignent du dénuement des familles. Quelques exemples

Lors de la constitution des colis, les administrations communales classaient les familles dans trois catégories, les non nécessiteuses (très rares), les nécessiteuses et les très nécessiteuses. Le colis (contenu et fréquence) déprendra de la situation de la famille dans cette liste. Avant la guerre, ces familles pouvaient vivre décemment de leurs revenus. L’état de nécessité est le fait du manque de travail, de l’absence du parent qui « gagnait » le salaire et suite également aux différentes réquisitions. De plus, il est légitime de penser que ces mêmes autorités voulaient aider ces familles en les déclarant pour la plupart nécessiteuses voire très nécessiteuses.

Voir les déclarations des autorités communales sur la richesse des familles concernées en 1917

http://ceuxde14-18.skynetblogs.be/archive/2016/11/24/3eme-partie-malgre-l-absence-d-un-mari-ou-d-un-fils-il-faut-8673822.html

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 A Rivière, trois prisonniers,  de jeunes hommes non mariés. Les parents, privés d'un revenu, "vivent difficilement".

Ci-dessous, quelques exemples de familles lustinoises. Des veuves privées du salaire de leur fils, des épouses sans le salaire de leur époux... des parents assez âgés dont le fils assurait les rentrées familiales.

Lustin, Lesve, Arbre, profondeville, Bois-de-Villers et Rivière, prisonniers de guerre, 14-18, camps en allemagne, colis de nourriture

 

 

 

 

 

 

 

 

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 Pour ceux de Bois-de-Villers, quelques familles:  les Bacq, Colard, Cuvelliez et Dardenne, ne sont pas retenues comme nécessiteuses.

Ceci pour l'extrait que nous en donnons

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 Ceux de Lesve, à part la famille Beguin dont nous avons retracé le parcours du fils blessé gravement à Wartet, le 22 août 14, les autres familles sont considérées comme nécessiteuses. Ici également, il y a des mères veuves et des épouses qui éprouvent, vu l'absence de revenus, de grandes difficultés à vivre. La Commune interviendra dans l'envoi de colis.

Aucune intervention pour la commune d'Arbre

 

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La commune de Profondeville. Des familles nécessiteuses mais beaucoup moins  de "très nécessiteuses"

1 très nécessiteuses

2 nécessiteuses,

3 non nécessiteuses.

Afin de pallier un tel dénuement, des mécanismes se mettent en place. Les paroisses, les communes, la jeunesse, la Croix-Rouge et les sociétés privées de bienfaisance s’activent. Des collectes sont faites dans les églises, la jeunesse organise des "ramassages " de vivres, les communes dégagent des fonds... mais à force de demander à une population exsangue, les rentrées s'amenuisent comme le constate le curé de Bois-de-Villers. Encore 440, 10 francs de récoltés en mai 1915, mais que de sacrifices pour la population! La Croix-rouge intervient, certains pays participent à cet élan de solidarité.

Un des premiers envois

La paroisse et la commune s'investissent dans cette action. Le nombre des colis envoyés, curieusement, ne correspond pas au décompte des prisonniers de nos villages.

Profondevelle, Arbre, Besinne, Burnot, Rivière, Lesve, Lustin, Bois-de-Villers, Rivière , 3 prisonniers 3 colis

Pour les autres villages…. Pourquoi ces différences ?

Arbre 0 colis, alors qu’ il y aurait au moins 8 prisonniers. Bois-de-Villers 24 colis, Lesve 15 colis, Lustin 14 colis, Profondeville 9 colis!

 Profondevelle, Arbre, Besinne, Burnot, Rivière, Lesve, Lustin, Bois-de-Villers,Mais les difficultés s'amoncellent, les démarches  sont compliquées.  Les responsables locaux s’adressent dès lors à des sociétés qui se sont créées afin d’assurer les envois ainsi que la composition des colis. Solution plus rationnelle!

le 10 mai 1915, le curé de Bois-de-Villers peut encore verser 440,1 francs.

Monsieur le curé, nous avons l'honneur... Arbre, lesve, Bois-de-Villers, Lustin, profondeville, les camps de prisonniers, les colis de nourriture, malades au lazaret

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La composition des colis est standardisée. Trois sortes de colis, en alternance, sans compter les envois de vêtements.

Un colis varié et consistant basé essentiellement sur la nourriture mais avec également du tabac, cigarettes ou à fumer à la pipe, un jeu de cartes, voire des boules de sureau pour la gorge. De quoi pallier les carences alimentaires des prisonniers.

L’Évêque de Namur participe lui-aussi. Deux colis par an sont envoyés à chaque prisonnier du diocèse. Une attention particulière que cet étui en métal pour y protéger les cigarettes. Avec la photo de l'évêque, Mgr. Thomas Louis Heylens

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Mais l'évêque rencontre lui aussi quelques difficultés... certains colis suscitent quelques réticences chez l'ennemi. Ainsi ce colis de 1917 :

Extrait du rapport du secrétaire de l’évêque, le chanoine Schmitz

« Le projet avait été accepté par le censeur… mais il en vint sans doute à le regretter car le 17 novembre 1916, au moment où se préparait l’envoi du colis, il transmit l’ordre de faire l’expédition depuis la Hollande ou de la saisir. En vain Monseigneur insista-t-il pour la raison que le but poursuivi qui était de procurer à ses diocésains un réconfort moral, ne serait pas atteint si l’expédition était faite d’un pays étranger et non pas de la patrie. L’envoi de pays occupé fut interdit et l’étui à cigarettes, objet de faible valeur en lui-même mais qui était de nature a faire tant de bien aux infortunés captifs….. ne put quitter Namur. Il fallut pour leur faire parvenir (l’ajouter) dans un colis envoyé par les familles ou par le comité ».

Les prisonniers ont-ils reçu ce cadeau ?

Ils s'organisent

De leur côté, les prisonniers ne restent pas inactifs. Un comité d’aide se constitue dans chaque camp et gère les demandes. Lors de dons plus conséquents, des stocks sont constitués et distribués au fur et à mesure des besoins. Ces comités organisent également les envois des demandes d’aides aux différents organismes installés dans les pays étrangers, principalement (pour nos prisonniers) la Croix-rouge et autres organismes de secours  belges installés au Havre,  la Suisse, la Grande-Bretagne,  afin de solliciter toutes les aides possibles. Des circuits d’adresses de bienfaiteurs circulent et ils sont nombreux à leur écrire 

Culot Arthur de Lustin

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Suite à sa demande, on apprend que:

des réserves de vêtements et de sous-vêtements sont constituées dans les camps.

Chaque prisonnier peut d'adresser au comité responsable.

des vêtements ajustés à la taille du demandeur et en bon état.

De nouveaux envois viennent reconstituer les stocks.

La gestion de tous ces courriers demande beaucoup d'attention et de rigueur afin d'éviter les gaspillages, voire les abus. Un suivi est donné à chaque demande et des contrôles ont lieu, comme ne témoignent les fiches du prisonnier Berthulot Alexis de Lesve. On apprend par le biais de sa fiche que son épouse est momentanément retournée à Bioul dans sa famille.

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Le camp de Senne, le 25 décembre 1917. Des contrôles et une gestion rigoureuse organisés par le président du comité de secours du camp qui doit rendre des "comptes" au comité central du Havre.

La situation en décembre 1917 d'Alexis Berthulot: "depuis quelques temps, je reçois du comité bernois deux petits colis par mois, si ces envois continuent, cela me suffit. Comme vêtements, une veste et un pantalon me sont nécessaires (ainsi qu') une chemise, un caleçon, une paire de chaussettes et une vareuse. Recevez mes remerciements anticipés"

colis prisonniers, camp, envoi de colis, organisme de bienfaisance, comité de secours, colis de nourriture, colis de vêtements,  Sa fiche de réception dûment vérifiée.

Quelques exemples de demandes, qui sont pour la plupart identiques dans leur contenu

  Gustave Capelle,  le 25 février 1918, envoie un courrier à la baronne  Germaine de Dudezele à Berne, « Je viens solliciter de votre haute bienveillance de l’œuvre de charité que vous faites aux prisonniers belges. Je serais très heureux si vous voudriez vous intéresser un peu à moi car je suis orphelin et en captivité depuis 3 ans. Je ne reçois aucun secours de personne, je suis soldat belge, né à Lustin en 1884. Dans l’espoir que ma demande sera prise en considération, veuillez agréer Madame la Baronne l’expression du grand respect du prisonnier de guerre».

Les courriers de Gustave Capelle

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L.(?) Briot de Lustin, prisonnier à Soltau

 Le 22 juin 1918 , "Je viens par la présente vous demander si je ne pourrais pas de temps en temps recevoir un colis, je suis très nécessiteux voilà plus de trois ans que je suis prisonnier et ce que je reçois est insignifiant concernant l'habillement et les chaussures, j'en ai très grand besoin. j'espère que vous voudrez bien faire votre possible. En attendant, recevez Monsieur mes salutations".

Une demande d'Ernest Louis, ce jeune volontaire de guerre qui a fêté ses 18 ans.... dans un camp de prisonniers.

Ernest Louis de Bois-de-Villers qui, le 12 novembre 1917,  écrit au comité d’aide aux prisonniers en Angleterre : « Monsieur le président, je viens de recevoir votre adresse par un ami et je prends la respectueuse liberté de vous adresser cette petite carte pour vous demander un peu de secours à ma situation, depuis trois ans que je suis prisonnier, et ne pouvant recevoir de secours de ma mère, je vous serais bien  reconnaissant si vous pouviez venir à mon aide et agréer ma demande respectueuse ».

colis prisonniers, camp, envoi de colis, organisme de bienfaisance, comité de secours, colis de nourriture, colis de vêtements, La distribution des colis est un événement dans les camps. Léon Juckler de Lesve est facteur au camp de Parchim et il assure  la distribution de ces colis à ses concitoyens.

 

 Léon Juckler dans son bureau de poste au camp de Parchim

 Les colis reçus de toutes ces œuvres de charité ou comité d’aide de la Croix-Rouge, des familles et du village permettent d’améliorer l’ordinaire du camp et de garder un certain moral.

 

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