04/11/2017

Tous appelés...

le 148ème RI, Givet, Fumay, Charleville Mézières, Revin, Rocroi, Haybes, Ham sur Meuse, Vireux

Quelques considérations au vu des fiches matricules relevées. Classe 1912, soldats du 148ème RI dans les registres N° 255, (au nombre de 5)

Chaque année, les maires des villages dressent la liste des jeunes gens âgés de 20 ans qui résident dans leur commune. Sur base de ces listes centralisées par l’administration départementale, un conseil de révision, des militaires et un médecin,  est constitué et sillonne le département (chef-lieu de canton) afin d’examiner les aptitudes physiques de cette jeunesse en âge de porter les armes. Les données récoltées constitueront la fiche matricule de chaque « futur » soldat.

Établir son état civil

le 148ème RI, Givet, Fumay, Charleville Mézières, Revin, Rocroi, Haybes, Ham sur Meuse, Vireux  Chaque jeune appelé est placé sur la liste dans ce cas, « inscrit sous le n° 110 de la liste du canton de Fumay ».

Nom et Prénom

Né le… à…. Canton de…..département…. et résidant à… et profession.

Suit ensuite un bref crayon généalogique afin d’éviter des confusions entre les homonymes.

 rarement complété: Marié à...

Sur les 175* fiches relevées, seuls 8 appelés avaient convolé avant de passer le conseil de révision. L’un d’eux, marié en 1913 et tué en 1914, laissera une jeune veuve d’une vingtaine d’années.

Les fiches matricules réservent quelques surprises

Nous allons épingler les plus représentatives dans le seul but de l’illustration.

Un certain Méresse Marceau, né à Wangenies, en 1892, a émigré vers les Etats-Unis où il réside avec ses parents au 5525, Sprage Avenue, à Philadelphie. Appelé en 1912, il fait suivre un dossier médical au conseil de révision qui le juge, « sur pièces », inapte pour ostéite. Toutefois, le jeune homme devra repasser une visite médicale au vice-consulat de France à Philadelphie qui le déclarera apte à servir. Il rejoindra donc le 148ème !

le 148ème RI, Givet, Fumay, Charleville Mézières, Revin, Rocroi, Haybes, Ham sur Meuse, VireuxViennent ensuite tous les jeunes gens,  qui bien que nés en France, résident en Belgique, dans les régions circonvoisines de Givet, comme Vencimont, Dinant, Couvin, Felenne, Winenne voir même plus éloignées comme Gerpinnes ou Bruxelles….

Charles Erisman, né à Givet, qui vit à Molenbeek Saint-Jean avec ses parents. Il y exerce le métier de garçon de course.

Ils reviendront se présenter devant le Conseil à l’instar de Lucien Bomblet, né à Fourmies en 1892 mais qui réside à Dinant, la ville où, le 15 août 1914, il sera fait prisonnier ! Une coïncidence de l’histoire !

le 148ème RI, Givet, Fumay, Charleville Mézières, Revin, Rocroi, Haybes, Ham sur Meuse, VireuxD’autres ont un ancrage encore plus fort. Ils sont nés en Belgique  Emile Pire, né à Gerpinnes et y exerçant la profession d’employé alors que ses parents résident, en 1912, à Fumay.

 Georges de la Hamaïde, qui est né à Schaerbeth lez Bruxelles (Schaarbeek) et( y) réside, rue des Palais. Il est étudiant.

Les naturalisés, prendre la nationalité française.

Henri Jacquemain est né en  1884 à Ars-en-Moselles en Lorraine « annexée ». Il se fait naturaliser en 1905 et réside à Fumay. Appelé comme Français dans la classe 1912, alors qu’il est âgé de 30 ans, il est réformé pour raison de santé mais néanmoins rappelé à l’activité en 1914.

Et les Belges, une dizaine sur les registres dépouillés. Plusieurs se sont fait naturaliser en 1911 ou 1912 et donc appelés lors de la classe 1912. Le cas des deux plus « anciens ».

Gustave Courtois, journalier, né le 3 juin 1865 à Sart-Custines (Belgique), est venu s’installer à Vireux-Molhain. Naturalisé en 1912, il est appelé avec cette classe. Il est alors âgé de 47 ans lorsqu’il se présente devant le conseil de révision ! Il est, de ce fait, envoyé dans la disponibilité puis réformé, en 1913, pour faiblesse générale. Rappelé en août 1914 il est néanmoins maintenu en position de réforme et « libéré définitivement de toutes obligations militaires en 1915 atteint par la limite d’âge ». Sébastien Longrée est, lui-aussi, né en 1865 à Assesse (Belgique)  mais réside à Rancennes où il est maréchal-ferrant. Naturalisé en 1911, il suivra le même parcours militaire (réformé pour emphysème) puis libéré de toutes obligations militaires en 1915.

Le métier 

À l’époque où la mobilité ne se jauge que par la vigueur de ses jambes, les métiers sont déterminés par l’offre locale. On ne se déplace guère et on travaille « dans la proximité ». Les travailleurs trouvent de l’embauche dans les entreprises implantées dans la région. C’est donc la présence d’une industrie qui déterminera l’orientation des emplois. Une analyse sommaire (175 fiches) des matricules des appelés du 148èmeRI semble coller à ce déterminisme.  Ainsi à Fumay qui offre deux alternatives à l’embauche: les ardoisières et les usines métallurgiques , les jeunes gens appelés devant le conseil déclarent, pour beaucoup, être MOULEUR voire un métier en relation avec cette usine. Dans une moindre mesure, les ardoisières locales attirent quelques travailleurs, des ardoisiers.  (repris dans le sens ceux qui travaillent dans une ardoisières) .

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Les ardoisières de Fumay.

classe 1912,Registre 255 ( 2201- 2300), 38 fiches Fumay

1) 13 se déclarent mouleurs

2) 7 sont monteurs

3) 6 travaillent à l'usine ( ajusteur, cloutier, modeleur, mécaniciens(2) et manœuvre).

Un total de 26 sur 38 appelés ont un métier en rapport avec l'entreprise locale.

4) 7 ont trouvé de l'embauche dans les ardoisières.

5) 5 métiers étrangers au contexte économique local, cultivateur, employé, agent de police, typographe et un étudiant (mention 5). L'employé travaille peut-être dans une usine!

Par contre dans L’Avesnois, là où on recrute également pour le 148ème, les jeunes gens signalent une profession dépendant de l’industrie lainière ou dérivée. Il y a des tisseurs, des tullistes, des fileurs, des peigneurs, des rattacheurs, des dessinateurs de dentelles, des brodeurs, quelques-uns se déclarent ouvriers d’usine…. Il est vrai que les fabriques textiles sont nombreuses dans la région d’Anor, Glageon, Feron, Fourmies.

Pas de photo d’identité

Vient alors la description de la recrue, des informations qui permettront, à l’heure où la photographie n’est pas encore employée dans le milieu officiel, d’identifier le récipiendaire. La couleur des cheveux des sourcils, des yeux, la forme du menton, du nez, du visage en général et des signes particuliers viennent consolider le portrait du candidat.

le 148ème RI, Givet, Fumay, Charleville Mézières, Revin, Rocroi, Haybes, Ham sur Meuse, Vireux Des oreilles décollées, un nez épaté, des tâches de rousseur, des tatouages, une cicatrice…

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Un soldat arbore des tatouages sur les deux genoux, un autre sur l’épaule, un troisième dans le cou…. Des fleurs, des ancres, voire un prénom, une date... autant de signes de reconnaissance indélébiles. Bien que le préposé l’identification doive choisir dans une liste préétablie, on peut s’étonner de nouveau sur l’interprétation qu’il fait dans certaines descriptions, .

le 148ème RI, Givet, Fumay, Charleville Mézières, Revin, Rocroi, Haybes, Ham sur Meuse, Vireux Un nez rectiligne sinueux ?

Des yeux bleu jaunâtre ?

Un nez d’une hauteur moyenne ?

 

 La taille

Puis c’est le passage sous la toise. La loi donne un minima, 1,54m. En deçà, le candidat est momentanément réformé et reporté à l’année suivante. Aura-t-il grandi ? Ils sont plusieurs à ne mesurer que de 1,51m à 1,53m. Deux seront repris malgré le déficit de taille, les autres seront de nouveau réformés temporairement.

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175 fiches d'appelés pour le 148ème RI,  classe 1912.

Les Registres 255.

1) 7 appelés n'étaient pas classés (oubli du secrétaire?)

2) 5 appelés mesurant entre 1,51m et 1,55m.

3) 16 entre 1,56m et 1,60m

4) 43 entre 1,61m et 1,65m

5) 54 entre 1,66m et 1,70m

6) 36 entre 1,71m et 1,75m

7) 6 entre 1,76m et 1,80m

8) 3 plus de 1,81m le plus grand mesurait 1,86m

 

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Des différences de tailles, dans la musique du régiment,  la 3ème compagnie, parmi les sous-officiers

Le degré d’instruction.

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175 fiches d'appelés pour le 148ème RI, pour la classe 1912.

1) 3 ne sont pas classés.

2) 2 ont la mention 0 et 0= ne sait ni lire ni écrire

3) 3 ont la mention 1 et 1= sait lire

4) 88 ont la mention 2 et 2=  sait lire et écrire

5) 68 ont la mention 3 et 3= sait lire écrire et compter

6) 6 ont la mention 4 et 4= dépasse le niveau primaire

7) 5 ont la mention 5 et 5= études supérieures

Pour ces 5 étudiants, commençant comme soldat de 2ème classe, ils monteront en grade et trois d'entre eux seront officiers à la fin du conflit.

La hiérarchie a défini des catégories afin de faciliter le classement des appelés. Malgré cette échelle, que de disparités ! Comment  comprendre qu'un typographe ne soit reconnu qu'avec la mention 2, que Jean Briquet (tué à Anseremme, le 15 août 14 ) « séminariste, étudiant en latin » n’ait que l’annotation 3. Que les instituteurs ne s’en sortent qu’avec un 4 ! Qu'un étudiant en pharmacie (mention 4) soit moins « bien noté » qu’un autre universitaire étudiant en droit ou en économie et qui, eux, sont évalués 5 enfin  que cet « artiste dramatique » ne reçoive pas de mention….

La santé

Si le conseil de révision pose un état sanitaire de chaque appelé, il se peut que lors de l’arrivée au corps, le service médical régimentaire pose un diagnostic différent et réforme le soldat à l’exemple de ce cas :  « Incorporé à compter du 9 octobre 1913 et arrivé au corps le dit jour », ce milicien se voit « réformé temporairement pour faiblesse organique ». Beaucoup d'autres seront également réformés pour une santé fragile. Des pathologies découlant des conditions de vie, Manque de masse musculaire, fracture ancienne du genou, insuffisance de poids, tuberculose, mais aussi pour faiblesse générale et… pour absence de dents. Par contre étonnant le cas de cet appelé qui bien que présentant « une déformation rachitique des deux tibias » est retenu et considéré comme bon pour le service armé. Il sera capturé en septembre 1914. Un cas extrême :  Cornu Henri ne peut se déplacer, il est visité à son domicile. Réformé pour santé déficiente. Il décède le 14 avril 1914.

le 148ème RI, Givet, Fumay, Charleville Mézières, Revin, Rocroi, Haybes, Ham sur Meuse, Vireux Les autres seront « reconnus bon pour le service armé » et rejoindront le régiment au mois d’octobre de l’année suivante. Le voyage du mois d’octobre !

Et les « Bon absent »

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Plusieurs conscrits qui ne se présentaient pas devant le Conseil de révision étaient automatiquement considérés comme bon pour le service armé. L’excuse donnée  pouvait être considérée comme recevable. Par contre… « Si leur omission a un caractère frauduleux, en plus de leur passage devant la justice, l'homme est envoyé dans les troupes coloniales d'office* ».

 Les volontaires

Ils s’engagent pour plusieurs années et renouvellent plusieurs fois leur engagement.

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 Eugène Voyennes, classe 1912, Fumay, mouleur (Un de ceux dans le tableau des coefficients d'instruction à ne pas être mentionné). Resté en arrière des lignes allemandes lors des combats de Namur (Wartet- Beauloye-Champion ) est parvenu à rejoindre le régiment le lendemain.

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 Désiré Gommeaux, classe 1913, Charleville, employé de banque, engagé volontaire  le 17 10 1913, soldat de 1ère classe, sergent-fourrier puis sergent-major. Une carrière de sous-officier.

 Sources

Archives départementales des Ardennes et du Nord, la matricule

Cartes postales anciennes

Album du régiment 1912

* 175 fiches relevées Pour la classe 1912, registres 255 (5 registres)

 * voir le blog  pour le parcours d'un combattant de la guerre 14 18

http://combattant.14-18.pagesperso-orange.fr/Pasapas/E308...

 

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